🏑 L Oeil D Horus Résumé Par Chapitre

Lestrois autres parties (pp. 519 à 589) constituent respectivement un résumé de la première, un survol de tous les autres chapitres du Livre des morts, et quelques considérations sur l’origine égyptienne des mystères d’Éleusis. «Le “saint et juste” est donc le mâ-kherou (mâ-khrou), le “juste de voix” ou le “justifié” des initiés égyptiens, et le mak£rioj

Meurtres sur le Nil - L'oeil d'Horus - Grand Format Sur la balustrade un oiseau me regardait. Mon oiseau ! C'était une hallucination... Le psychiatre m'avait expliqué ce processus diabolique... Lorsque... Lire la suite 10,00 € En stock en ligne Livré chez vous à partir du 30 août Sur la balustrade un oiseau me regardait. Mon oiseau ! C'était une hallucination... Le psychiatre m'avait expliqué ce processus diabolique... Lorsque mon cerveau se mettait au travail, qu'il élaborait des hypothèses fumeuses et tortueuses, lorsqu'il cherchait avec énergie l'astuce capable de confondre un criminel, cela au prix d'une immense cogitation, un oiseau apparaissait et me causait dans un langage que moi seul comprenait. Le commissaire Visconti est désigné par le maire de Toulouse pour aller aider la police égyptienne à résoudre la disparition d'un de ses vieux amis, un éminent égyptologue qui faisait partie d'une croisière sur le Nil. Les cadavres sur lesquels on retrouve à chaque fois, un exemplaire du roman d'Agatha Christie, "Mort sur le Nil", vont jalonner la croisière, pas si paisible que cela, entre Louxor et Abou Simbel. Le commissaire Marcello Visconti et son piaf vont seconder le lieutenant Dalida, une jeune femme aux multiples talents, au cours de ce dangereux périple. Cependant, notre commissaire sera dans l'obligation de rentrer à Toulouse, une première fois, puis de repartir, pour enfin revenir et percer, au final, le fameux secret de l'oeil d'Horus. Date de parution 05/02/2021 Editeur ISBN 978-2-322-19873-3 EAN 9782322198733 Format Grand Format Présentation Broché Nb. de pages 238 pages Poids Kg Dimensions 12,0 cm × 19,0 cm × 1,4 cm
DUNAVIRE GREC AU NAVIRE ROMAIN. L'art gallo-romain nous offre quelques-unes des plus belles images de navires que l'Antiquité nous ait léguées : les reliefs du Musée de Narbonne et de l'arc d'Orange, les ex-voto en bronze d'Autun et de Dijon1, les monnaies des «empereurs gaulois» du IIIe siècle, et tant d'autres documents moins complets ou moins bien conservés, permettent
Voici des fiches rallye-lecture pour des élèves de niveau CM. Pour chaque fiche, je vous mets un résumé du livre un niveau de lecture parce que certains romans sont très simples et d’autres très ardus mon propre avis sur le livre à l’aide de petits cœurs comme ça => la fiche questionnaire la fiche correction le lien direct vers amazon Tout en bas de l’article je vous propose le chargement de la totalité des fiches en 2 fichiers et 12 fiches. De même pour les corrections. Chaque nuit, dans un village d’Écosse, des hurlements terrifiants empêchent les gens de dormir. Le jeune Scott est persuadé que ces cris proviennent de l’île des Géants, une île déserte et mystérieuse. Pour en avoir le cœur net, il ne voit qu’une solution y aller ! L’île des géants L’île des géants – Correction Harry a toujours rêvé d’avoir un chien. Plus qu’une envie, c’est un besoin depuis que ses parents ont divorcé et qu’il a emménagé avec sa mère dans une ville où il ne connaît personne. Le chien de ses rêves est très grand, tout noir et très intelligent. Il n’a donc rien à voir avec la petite boule blanche ridicule que sa mère a trouvée à la SPA. Harry décrète aussitôt qu’il n’a rien à faire d’un chien de fille. Pétula La petite chienne aux idées géantes Pétula La petite chienne aux idées géantes – Correction Sophie ne rêve pas, cette nuit-là, quand elle aperçoit de la fenêtre de l’orphelinat une silhouette immense vêtue d’une longue cape et munie d’une curieuse trompette. Une main énorme s’approche et saisit la petite fille terrifiée pour l’emmener au pays des géants. Mais heureusement, Sophie est tombée entre les mains d’un géant peu ordinaire le Bon Gros Géant, qui se nourrit de légumes et souffle des rêves dans les chambres des enfants… Le Bon Gros Géant Le Bon Gros Géant – Correction Cette nuit, la Vomille est revenue. Maman m’a regardé de son regard Je-t’aime. Elle a posé la couverture sur moi pour me refaire un radeau neuf, avec des draps qui sentent bon le large. Puis Melchior Lescale s’est assis sur mon lit. C’est mon voisin. Avant, il était pirate ! A la vie, à la… A la vie, à la… – Correction Il est vraiment bizarre Esteban, le nouveau de la classe dont toute l’école se moque. Non seulement il a des vêtements démodés, des cheveux en bataille et un air de se foutre de tout, mais en plus il ne parle presque pas. Aurait-il un secret si lourd à porter qu’il ne peut le partager avec personne ? Le mystère Esteban Le mystère Esteban – Correction Nicolas est un petit gamin de maternelle qui réussit, alors que la vie à la maison n’est pas drôle du tout, à prendre la vie comme elle vient et à la réinventer, avec ses copains imaginaires, Petit Toiseau et Fourmisseau. Sur un sujet délicat, un roman très drôle, qu’on peut déguster à tous les âges… Les tartines au ketcheupe Les tartines au ketcheupe – Correction Pour tous les habitants de l’île de Bryher, au large de l’Angleterre, Zacharie Pétrel, surnommé l’Homme-Oiseau, est un vieux fou un peu sorcier. Pour tous, sauf pour Gracie et Daniel qui, devenus ses amis, découvrent un homme solitaire, entouré d’animaux. Mais les deux enfants restent intrigués par le lien mystérieux qui unit l’Homme-Oiseau à l’île de Samson, sur laquelle plane l’ombre d’une ancienne malédiction … Le jour des baleines Le jour des baleines – Correction Mes parents n’ont jamais vraiment aimé la vie à la ferme. Alors que moi j’adore jouer dans la grange, sur le vieux tracteur, et surtout écouter Grand-père parler de son enfance, de son père, le fameux Caporal, et de Joey, son cheval. Peut-être même me racontera-t-il un jour l’histoire de ce vieux tracteur auquel il tient tant. Mais parfois, il devient triste, silencieux et fuit mon regard. Je sens que quelque chose le tourmente… Quel est le secret de Grand-père ? Et comment puis-je l’aider ? » Le secret de grand-père Le secret de grand-père – Correction Joey le cheval de ferme, devenu cheval de guerre, en 1914, nous raconte son histoire, avec simplicité. Témoin de la Grande Guerre, il va vivre l’horreur des combats auprès des Britanniques, des Allemands, ou du côté des Français. Pour lui, les soldats, les paysans, les officiers, les vétérinaires ne sont pas des ennemis, mais des hommes, chez qui il rencontre la bonté comme la méchanceté. Joey partage leurs souffrances et leurs peurs, et sait leur redonner de l’espoir. Cheval de guerre Cheval de guerre – Correction Courageux, Le Chien ! Pas joli, joli, mais un sacré cabot ! Comme il se bagarre pour vivre ! Ce qu’il cherche ? Une maîtresse. Une vraie, qui l’aime pour de bon. Pomme lui plaît beaucoup, au Chien. Un grand rire, des cheveux comme un soleil… Hélas, elle est tellement capricieuse ! Une vraie caboche, cette Pomme. Comment Le Chien va-t-il l’apprivoiser ? Cabot-Caboche Cabot-Caboche – Correction Affamé et trottinant, Berger parcourt la ville à la recherche d’un enfant. Sa mère lui a souvent répété les premiers mots que prononce un enfant quand il rencontre un chien inconnu et séduisant Je peux le garder ? » Berger est sûr de son succès. Les mémoires d’un chien Les mémoires d’un chien – Correction La maman de Bastien est partie, le laissant seul avec son père. Pour son anniversaire, elle lui a offert un chien, Toufdepoil, qui est devenu son meilleur ami. L’arrivée d’une Belle-doche » à la maison va tout remettre en question. En effet, elle déterre la hache de guerre c’est Toufdepoil ou elle ! Bastien sent que son père va céder au chantage… Toufdepoil Toufdepoil – Correction Nous vivions à Paris dans un trois-pièces tout moche quand une lettre mystérieuse est arrivée, avec un kangourou sur le timbre rose et vert. Maman venait d’hériter d’un cousin australien inconnu la fortune et une splendide maison à Barbizon… Le déménagement éclair, le bonheur, la forêt, les peintres, les nouveaux amis, à nous la belle vie ! Mais hasard ou coïncidence ? Voilà que j’apprends que, rien que dans mon école, deux autres enfants viennent de vivre la même aventure. Le paradis d’en bas – Tome 1 Le paradis d’en bas – Tome 1 – Correction Léopold et ses cousins sont en mal de grand-père… Le vieux Walter est mort trop vite et trop tôt après avoir révélé son existence à sa nombreuse descendance. Depuis, personne dans sa grande famille n’a eu le courage de s’occuper de ses biens. Sa maison est restée telle quelle, comme s’il allait revenir, comme s’il existait encore… Alors, quand Léopold apprend que le fantôme de Walter rôderait dans son ancienne demeure, il est à peine surpris. Le paradis d’en bas – Tome 2 Le paradis d’en bas – Tome 2 – Correction Tim a disparu. Après son cours d’équitation, il n’est pas rentré chez lui. Le clan Soshimof est en émoi. Léopold, Holly et Manon, les cousins et meilleurs amis de Tim, se posent des questions. Que s’est-il passé ? Tim supportait de moins en moins les remarques incessantes de sa mère, surnommée la méprisenfants par Léopold. Si ma mère continue, j’me casse », a même dit Tim à Léopold quelques jours avant sa disparition. Tim a-t-il fait une fugue ? Où a-t-il bien pu aller ? Le paradis d’en bas – Tome 3 Le paradis d’en bas – Tome 3 – Correction Je suis un chat. Mes maîtres m’ont oublié sans le vouloir dans la forêt où ils s’étaient arrêtés pour pique-niquer. Je pense qu’ils s’inquiètent de mon absence. Surtout le jeune Rodrigue, avec qui j’aime tant dormir la nuit, blotti à ses pieds. Dans la nature, je peux chasser, jouer, courir à perdre haleine. Mais la nature est aussi pleine de dangers. Je découvre la souffrance et la faim. Je voudrais tant rentrer chez moi… Chat perdu Chat perdu – Correction Quoi de plus banal qu’un chat noir, comme celui que Sébasto trouve posté, un matin, devant la maison de Da, son grand-père adoptif ? Pourtant, l’animal le met mal à l’aise. Peut-être à cause de l’étrange éclat métallique luisant dans son regard ? Lorsqu’un deuxième chat apparaît, puis un troisième, l’inquiétude s’installe et se mue bientôt en peur… Les chats Les chats – Correction Dante termine tant bien que mal l’année scolaire à Venise, chez sa grand-mère. Un vieux professeur à la retraite doit l’aider à passer son examen. Dante craint le pire. Mais dès sa première rencontre avec le professeur, il est ébloui. Casimo Dolent est doux, drôle, patient et facétieux. Il prépare le chocolat chaud comme personne, il est amoureux d’une jeune fille étrusque vieille de 2000 ans, il élève une ribambelle de chats, et dans son laboratoire secret, il est en passe de découvrir la recette de la transmission de pensée… Un chat dans l’oeil Un chat dans l’oeil – Correction Dans la vallée, il y avait trois fermiers, éleveurs de volailles dodues. Le premier était gros et gourmand ; le deuxième était petit et bilieux ; le troisième était maigre et se nourrissait de cidre. Tous les trois étaient laids et méchants. Dans le bois qui surplombait la vallée vivaient Maître Renard, Dame Renard et leurs quatre renardeaux, affamés et malins… Fantastique Maître Renard Fantastique Maître Renard – Correction A l’âge de cinq ans, Matilda sait lire et a dévoré tous les classiques de la littérature. Pourtant, son existence est loin d’être facile, entre une mère indifférente, abrutie par la télévision et un père d’une franche malhonnêteté. Sans oublier Mlle Legourdin, la directrice de l’école, personnage redoutable qui voue à tous les enfants une haine implacable. Matilda Matilda – Correction La plupart des grand-mères sont d’adorables vieilles dames, gentilles et serviables. Hélas, ce n’est pas le cas de la grand-mère de Georges ! Grincheuse, égoïste, elle ressemble à une sorcière et elle a des goûts bizarres elle aime se régaler de limaces, de chenilles … Un jour, alors qu’elle vient une fois de plus de le terroriser, Georges décide de lui préparer une potion magique. Une potion aux effets surprenants… et durables ! La potion magique de Georges Bouillon La potion magique de Georges Bouillon – Correction Au royaume de Vavassava, toute princesse en âge de se marier se fait enlever par un dragon. C’est la tradition. Un prince des environs vient alors la délivrer et demander sa main. Mais Scarole peut toujours attendre, elle est bien trop peste ! Vexée, elle s’enfuit du château escortée de sa petite troupe. Ce dragon de malheur lui doit une explication… Princesse dragon et autres salades Princesse dragon et autres salades – Correction Panique au château le prince Colombe a été enlevé la veille de son mariage. Radegonde, sa promise, peut heureusement compter sur l’aide de ses deux cousines pour retrouver son fiancé. Les voilà lancées sur ses traces. Et elles papotent et se disputent et patati et patata… Trois princesses pour un prince, c’est un peu trop, vous ne croyez pas ? Trois princesses et patati et patata Trois princesses et patati et patata – Correction Sommé par son père d’aller quérir une princesse, le prince Fulbert de Crêpovent part en compagnie de Messire de Bavert, spécialiste de la gargoulette, pour une expédition dans les glaces. Ils en profitent pour faire un crochet par le Royaume des mille princesses. Au cours de cette équipée, le jeune Fulbert apprendra à lire dans la nature et dans les cœurs, et à maîtriser l’art périlleux du bisou. Mission princesse et gargoulette Mission princesse et gargoulette – Correction Si vous voulez télécharger toutes les fiches de façon plus rapide, c’est ici Télécharger 12 fiches et leurs corrections Télécharger 12 autres fiches et leurs corrections Sur le même thème Navigation de l’article
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Hitlera collaboré avec Staline, de signature de traité jusqu'à sa rupture, (le pacte germano-soviétique signé le 24 Août 1939, scellé le 26 du même mois, sera rompu le 22 juin 1941), pendant une période de 666 jours. L'équivalent grec du mot " Bête " en lettre-nombres grecques (1 + 300 + 300 + 5 + 10 + 50 ) vaut 666.
Le monstre, aux limites de l’humain Découvrir des œuvres, des textes et des documents mettant en scène des figures de monstresComprendre le sens des émotions fortes que suscitent la description ou la représentation des monstres et le récit ou la mise en scène de l’affrontement avec sur les limites de l’humain que le monstre permet de figurer et d’explorer. extraits choisis de l’Odyssée et/ou des Métamorphoses + hdades contes merveilleux et des récits adaptés de la mythologie et des légendes antiques, ou des contes et légendes de France et d’autres pays et culturesOU des extraits de romans et de nouvelles de différentes époquesRécits d’aventure Découvrir des œuvres et des textes qui, par le monde qu’ils représentent et par l’histoire qu’ils racontent, tiennent en haleine le lecteur et l’entrainent dans la pourquoi le récit capte l’attention du lecteur et la sur les raisons de l’intérêt que l’on prend à leur lecture. un classique du roman d’aventures lecture intégraledes extraits de différents classiques du roman d’aventures, d’époques variées et relevant de différentes catégoriesOU des extraits de films d’aventures ou un film d’aventures autant que possible adapté de l’un des livres étudiés ou proposés en lecture de création et création poétique Découvrir différents récits de création, appartenant à différentes cultures et des poèmes de célébration du monde et/ou manifestant la puissance créatrice de la parole poétiqueComprendre en quoi ces récits et ces créations poétiques répondent à des questions fondamentales, et en quoi ils témoignent d’une conception du monde S’interroger sur le statut de ces textes, sur les valeurs qu’ils expriment, sur leurs ressemblances et leurs différences. Résister au plus fort ruses, mensonges et masques un extrait long de La Genèse dans la Bible lecture intégrale // thème 2 HG Croyances et récits fondateurs dans la Méditerranée antique au Ier millénaire avant extraits significatifs de plusieurs des grands récits de création d’autres cultures, choisis de manière à pouvoir opérer des comparaisonsdes poèmes de siècles différents, célébrant le monde et/ou témoignant du pouvoir créateur de la parole poétiqueRésister au plus fort ruses, mensonges et masques Découvrir des textes de différents genres mettant en scène les ruses et détours qu’invente le faible pour résister au plus fortComprendre comment s’inventent et se déploient les ruses de l’intelligence aux dépens des puissants et quels sont les effets produits sur le lecteur ou le spectateurS’interroger sur la finalité, le sens de la ruse, sur la notion d’intrigue et sur les valeurs mises en jeu. des fables et fabliaux, des farces ou soties développant des intrigues fondées sur la ruse et les rapports de pouvoirune pièce de théâtre de l’Antiquité à nos jours ou un film sur le même type de sujet lecture ou étude intégraleRetourHautMise à jour 15 février 2022
ESNA- temple d'Horus antichambre de la salle au trésor - IMOTEP l'héritier de celui qui est au sud de son mur (Gd mur de Memphis ?) qui guérit à sa façon chaque maladie PHILAE : Pylône tour ouest - Paroles d'Imhotep le Grand , fils de Ptah, le dieu bienfaisant et secourable , issu de Tatenen , le Seigneur de la vie, du don qui AIME le dieu par lequel vit tout homme.
Véronique Dasen et Armand M. Leroi Texte intégral 1Lors de la séance du 9 janvier 1826 de l’Académie royale des Sciences de Paris, l’anatomiste français Étienne Geoffroy Saint-Hilaire présenta à l’assemblée une étrange momie humaine provenant d’Égypte. Elle lui avait été remise par Joseph Giuseppe Passalacqua qui le prenait pour un singe cynocéphale. 1 À côté de l’ibis, plus de trente espèces d’oiseaux ont ainsi été identifiées par J. Boessneck et A ... 2Que J. Passalacqua ait identifié la créature à un animal n’est pas surprenant. Il l’avait trouvée dans le cimetière de Touna el-Gebel, situé à l’orée du désert en Moyenne Égypte, à environ 10 km de la cité d’Hermopolis Magna el-Ashmunein. Cette nécropole, composée d’un vaste réseau de galeries souterraines, était réservée aux animaux consacrés au dieu lunaire Thot, vénéré sous la forme d’un babouin ou d’un ibis. La momie provenait d’un secteur occupé par des singes Papio cynocephalus anubis, embaumés, comme elle, en position accroupie ; on avait même glissé dans ses bandelettes une amulette en forme de babouin Hamadryas. Les catacombes recelaient d’autres animaux momifiés à travers lesquels la puissance divine pouvait se manifester, en majorité des ibis, mais aussi des bœufs, béliers, crocodiles, chiens, chats, poissons, gazelles, ainsi que différentes espèces d’oiseaux et de petits animaux1. La plupart de ces animaux avaient probablement grandi dans des élevages spécialisés aux environs du temple avant d’être tués, puis vendus embaumés aux pèlerins pour être consacrés à la divinité. 2 J. Passalacqua, Catalogue raisonné et historique des antiquités découvertes en Égypte, Paris, Gale ... 3 J. Passalacqua, op. cit., 1826, p. 230 ; D. Kessler, Forschungsstand bis 1983 », in J. Boessneck... 4 D. Kessler, A. El Halim Nurredin, Der Tierfriedhof von Tuna el-Gebel, Stand der Grabungen bis 19 ... 3Les informations sur les circonstances de la découverte de la momie examinée par É. Geoffroy Saint-Hilaire sont malheureusement très incomplètes. J. Passalacqua se contente d’indiquer qu’il la trouva dans un tombeau de cynocéphales »2. Était-elle déposée dans un sarcophage en bois, comme d’autres spécimens logés dans les niches des galeries ?3 Le reste de la galerie C, où étaient concentrées les momies de cynocéphales, fut fouillé de 1931 à 1952 par S. Gabra de l’Université du Caire, mais sans faire l’objet de publications. Les investigations furent reprises sur le site en 1989 par l’Université de Munich sous la direction de Dieter Kessler4. 5 D. Kessler, Die heiligen Tiere und der König, I, Beiträge zu Organisation, Kult und Theologie der ... 6 D. Kessler, op. cit., 1987, p. 12 ; D. Kessler, A. El Halim Nurredin, op. cit., p. 262, fig. 14. 4On sait aujourd’hui que la nécropole se développa sous la XXVIe dynastie au moment où la représentation divine sous forme animale connut un nouvel essor. Le culte des animaux sacrés devint alors très important5. Le complexe cultuel comprenait un temple de Thot qui fut probablement construit sous le règne du pharaon Amasis vers 570 av. et restauré ou agrandi sous le règne de Ptolémée Ier vers 300 av. Une voie processionnelle le reliait au temple de l’Osiris-babouin et de l’Osiris-ibis, d’où un escalier menait aux catacombes. Des chapelles souterraines furent aménagées à l’époque ptolémaïque. Elles étaient dédiées à des babouins déifiés dont les momies, rarement conservées, avaient fait l’objet de soins qui témoignent de leur statut particulier collier Ménat, amulettes d’œil oudjat, pilier Djed, Bès...6. 7 É. Geoffroy Saint-Hilaire in J. Passalacqua, op. cit., 1826, p. 230. 5Nous ne connaissons pas les raisons qui amenèrent J. Passalacqua à juger cette momie digne de l’attention de l’un des plus grands anatomistes de son époque. Des détails singuliers, peut-être sa taille, l’incitèrent à la présenter à É. Geoffroy Saint-Hilaire pour qu’il en détermine l’espèce. É. Geoffroy Saint-Hilaire en fut ravi ; il écrit ... qu’il ne me fut point difficile d’y reconnaître, dès qu’elle fut entièrement développée, une des monstruosités de l’espèce humaine dont j’avais eu occasion de m’occuper. »7 Il ajoute qu’il fut si enthousiasmé à la vue d’une production aussi singulière et aussi inattendue, que j’ai prié M. Passalacqua d’autoriser que je pusse de suite informer d’un fait aussi curieux le monde savant et l’Institut de France. » 8 I. Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire générale et particulière des anomalies de l’organisation chez ... 9 Histoire des Monstres, Paris, Reinwald, 1880 ; rééd. Grenoble, Jérôme Millon, 2002, p. 29-30. 10 Monstres. Histoire du corps et de ses défauts, Paris, Syros, 1991, p. 26-28. 6Cette momie constitue une découverte remarquable car elle représente l’un des plus anciens témoignages paléopathologiques de nouveau-né atteint d’anomalie congénitale. Le discours d’É. Geoffroy Saint-Hilaire est régulièrement cité par les historiens de la tératologie, tel son fils Isidore Geoffroy Saint-Hilaire 1832-18368, Ernest Martin 18809 et, plus récemment, Jean-Louis Fischer 199110. En dépit de sa célébrité, la momie tomba soudain dans l’oubli, et longtemps certains la crurent même perdue. Nous avons récemment retrouvé sa trace dans le dépôt du Musée égyptien de Berlin où elle porte le numéro d’inventaire SMB 724. Après un bref rappel de son histoire, de sa découverte vers 1820 à l’époque contemporaine, nous passerons en revue les différentes réactions qu’elle éveilla, des Égyptiens de l’époque ptolémaïque aux tératologues contemporains, en passant par les naturalistes du XIXe siècle. Les tribulations de la momie 11 É. Geoffroy Saint-Hilaire, Description d’un monstre humain né avant l’ère chrétienne et considér ... 12 W. R. Dawson, E. P. Uphill, M. L. Bierbrier, Who was who in Egyptology, London, Egypt Exploration ... 7J. Passalacqua, comme tant d’anciens découvreurs, occupe une position ambiguë dans l’histoire de l’archéologie. Pilleur de tombes à ses heures, il fut aussi le fondateur et le conservateur de l’Ägyptisches Museum und Papyrussammlung à Berlin-Charlottenburg, l’une des plus grandes collections d’archéologie d’Europe. Né en 1797 à Trieste, il était parti en Égypte comme marchand de chevaux. Ses affaires n’ayant pas prospéré, il entreprit des fouilles et rassembla une importante collection d’antiquités provenant de Thèbes et d’autres sites. Après avoir ramené sa collection à Paris en 1826, il l’exposa dans l’espoir de la vendre au gouvernement français pour la somme de 400 000 francs. Geoffroy Saint-Hilaire examina la momie monstrueuse alors que la collection était à Paris ; il la commenta puis l’illustra dans au moins deux articles fig. 111. En 1827, après avoir en vain attendu une offre du Louvre, J. Passalacqua vendit sa collection à Frédéric-Guillaume IV de Prusse pour 100 000 francs. Il devint conservateur du Musée des antiquités égyptiennes à Berlin en 1828, et y demeura jusqu’à sa mort en 186512. 1 - L’anencéphale en 1826. D’après É. Geoffroy Saint-Hilaire 1825, pl. 18. 1-4. A. mumia 1. Vue ventrale ; 2. Vue dorsale ; 3. Vue latérale ; 4. Detail du dos du crâne. 5. Amulette de babouin. 6-8. Trois autres types d’Anencephalus, A. perforatus, A. cotyla and A. icthyoïdes 8A. Erman décrit ainsi la momie dans le catalogue du musée de Berlin 13 A. Erman, Ausführliches Verzeichnis der Ägyptischen Altertümer und Gipsabgüsse, Berlin, W. Spemann ... 724. Mumie einer menschlichen Missgeburt, die in einem Affengrab in Schmun beigesetzt war ; in ihre Binden war die FayenceFigur eines hockenden Affen hineingelegt. Man nahm also wohl an, die betreffende Frau habe einen Affen geboren Pass. »13 14 Communication du Dr. H. Kischkewitz. 15 Lettre du 9Pendant la seconde guerre mondiale, les bombardements des Alliés causèrent d’importantes pertes au musée de Berlin. Probablement cachée dans les caves du nouveau musée, la momie ne fut toutefois pas détruite14. En juillet 1974, Fritz Dick, Regisseur und Kameramann Medizin-Film » put encore la radiographier et livrer le rapport suivant fig. 215 2 - L’anencéphale en 1974. Radiographie de Fritz Dick. Berlin-Charlottenburg, Ägyptisches Museum und Papyrussammlung 16 Trad. Constat radiologique de l’anencéphale objet 724. Âge de développement environ 7 mois. ... Röntgenbefund des Anencephalus Objekt 724.Entwicklungsalter etwa 7 Monate. Infolge der erzwungenen Sitzhaltung ist der A. röntgenologisch schlecht auswertbar. Es fällt auf, das der Unterkiefer 1 fehlt, daher die vogelkopfartige Oberkiefergesichtspartie. Abnorm grosse Augenhölen 2. Nach der Röntgenaufnahme könnte der Unterkiefer eventuell stark nach unten geklappt worden sein, so dass er der ventralen Thoraxwand anliegt 3. Das Fehlen des Unterkiefers ist aber nicht auszuschliessen. Anstelle des nicht ausgebildeten Hirnschädels stellen sich knöcherne Deformitäten dar 4. Die Halswirbelsäule ist krückstockartig eingebogen 5. Die zarten Knochen des Präparates sind wahrscheinlich beim Mumifizieren und beim Verbringen in die Sitzhaltung stark frakturiert worden, so ist u. a. eine deutliche Fraktur des Oberschenkelknochens 6 zu erkennen. Ferner sind die Unterschenkelknochen durch Gewalteinwirkung vom Fussskelett 7 getrennt, verlagert und auch z. T. frakturiert. Die Knochen der oberen Extremitäten sind ebenfalls durch das Bandagieren stark verlagert. Die Knochen wirken im Verhältnis zur Grösse des A. sehr plump. An der Wirbelsäule zeigt sich die typische spina bifida 8. »16 17 Gorlin, M. M. Cohen, R. C. M. Hennekam, Syndromes of the Head and Neck, Oxford, Oxford Unive ... 18 Cf. R. J. Oostra, B. Baljet, R. C. M. Hennekam, Congenital anomalies in the teratological collec ... 10Depuis lors, la momie n’a plus fait l’objet d’étude ni de publication. Son état de conservation a continué de se détériorer à tel point qu’aujourd’hui n’en subsiste plus qu’une collection de fragments dont le plus grand correspond au bras gauche fig. 3. La figure 4 montre à quoi pouvait ressembler l’enfant à sa naissance. Les anencéphales n’ont pas de voûte crânienne et leur cerveau est réduit à une masse de tissus nécrosés17. Une tête renversée, des yeux globuleux et l’absence de front et de cou sont des traits caractéristiques. L’illustration de Geoffroy Saint-Hilaire et la radiographie suggèrent que la momie SMB 724 avait une forme particulière d’anencéphalie holoacrania avec rachischisis »18. Le crâne ne s’est pas formé et la colonne vertébrale est restée ouverte dans la région dorsale et près de la tête. Cette malformation n’est pas viable, et l’enfant fut soit mort-né ou mourut rapidement peu après sa naissance. 3 - L’anencéphale en 2004. Photo H. Kischkewitz, Berlin-Charlottenburg, Ägyptisches Museum und Papyrussammlung. Le plus grand des fragments conservés. Il s’agit essentiellement d’une partie du bras gauche A. main ; B. coude ; C. haut du bras Regards égyptiens 19 Voir F. Drilhon, Un fœtus humain dans un obélisque égyptien en bois », Archéologie et médecine. ... 20 Cf. C. Andrews, Amulets of Ancient Egypt, London, British Museum Press, 1994, spéc. p. 39-40 Bès ... 11Les premiers examens avaient fait apparaître plusieurs détails inhabituels qui semblaient traduire le statut ambigu de l’enfant momifié, entre l’homme et l’animal. Alors que les membres des êtres humains sont allongés, même au stade de fœtus, le nouveau-né monstrueux était en position accroupie, les mains posées sur les genoux, comme un cynocéphale19. Il avait reçu le même traitement qu’un singe sans se soucier de ses anomalies, les embaumeurs avaient soigneusement éviscéré son crâne par le nez, alors que la tête ne contenait pas de matière cérébrale. Comme un être humain, la momie portait une amulette en faïence, mais d’un type particulier au lieu du dieu nain Bès, gardien des enfants, on lui avait joint une figurine en forme de babouin, assis dans la même attitude que la momie fig. 1-520. 4 - Enfant anencéphale. Amsterdam, musée Vrolik. Photo Jeremy Pollard mai 2003 21 J. Passalacqua, op. cit., 1826, p. 232-233. 22 Man nahm wohl an, die betreffende Frau habe einen Affen geboren », op. cit. 23 E. Martin, op. cit., 2002, p. 30. 12É. Geoffroy Saint-Hilaire en déduisit que l’enfant, exclu des sépultures humaines, avait été assimilé à un animal. Le port de l’amulette le soulignait, par une sorte de comparaison entre l’infériorité organique accidentelle de la monstruosité embaumée, et l’infériorité normale de l’être le plus dégradé parmi les animaux à face humaine »21. A. Erman affirme que l’on avait pensé qu’» une femme avait accouché d’un singe »22. Pour E. Martin, l’anencéphale constituait ainsi le témoignage irréfutable de la croyance des Égyptiens dans l’origine bestiale des êtres humains monstrueux »23. Les Anciens auraient identifié la créature à un être né d’une femme, mais dont on regardait l’origine comme bestiale ; on l’avait assimilé à un animal, mais d’une espèce qui, dans la symbolique égyptienne, occupait le premier rang et dont la religion prescrivait de conserver pieusement les restes ; on l’avait, en un mot, honoré comme un animal sacré. » 13Ce jugement, régulièrement répété dans les ouvrages de tératologie, ne correspond toutefois pas aux croyances égyptiennes. L’enfant ne fut pas considéré à sa naissance comme un animal, et ne constitue pas un témoignage de zoolâtrie. Ce point de vue plaque sur le monde égyptien des attitudes propres à d’autres périodes. 24 Par ex. Pline, Histoire naturelle, ; Tite-Live, ; ; Valère Maxime Sur le... 25 Pline, Histoire naturelle, 26 Génération des Animaux, ; Lucrèce, De la nature, 27 Soranos, Des maladies des femmes, ; D. Gourevitch, Se mettre à trois pour faire un bel enfa ... 14Dans la Rome républicaine, différentes sources racontent l’enfantement d’une créature animale ou hybride. Pline, Tite-Live, Valère-Maxime et d’autres auteurs rapportent qu’une femme aurait accouché d’une créature avec une tête d’éléphant atteint de cyclopie ?, d’un porc à tête humaine, ou d’un serpent24. D’Égypte serait venu un mystérieux embryon d’hippocentaure que Pline l’Ancien aurait pu observer, conservé dans du miel sous le règne de l’empereur Claude. À la même époque, un autre hippocentaure serait né et mort le même jour en Thessalie25. Si l’opinion populaire y croit peut-être, les biologistes et médecins antiques rejettent l’existence du mélange des espèces. Aristote, et à sa suite Lucrèce, démontrent l’invraisemblance de telles conceptions à cause des différents temps de gestation propres à chaque catégorie. Le veau à tête d’enfant, le mouton à tête de bœuf ne sont jamais ce que l’on en dit, ils n’en n’ont que la ressemblance »26. Les explications rationnelles attribuent la présence de traits hybrides à l’effet d’impressions maternelles pendant la grossesse. Pour Soranos IIe s. apr. la naissance de créatures simiesques vient de la vision d’un singe, et il conseille aux femmes d’arriver sobres au rapport sexuel », parce que les visions extravagantes que procure l’ivresse pourraient influencer la formation du fœtus27. 28 P. Derchain, Anthropologie. Égypte pharaonique », in Y. Bonnefoy dir., Dictionnaire des mythol ... 15En Égypte ancienne, aucun récit ne mentionne la naissance d’un animal issu d’une femme. Le fait que l’imagerie divine soit composite, mêlant les espèces, n’implique pas que les Égyptiens aient cru en l’existence d’êtres hybrides réels. Les formes mixtes constituent des signes picturaux ; elles révèlent que le divin peut s’incarner dans des formes animales aussi bien qu’humaines. À chaque animal correspond une des facettes des pouvoirs du dieu, mais son aspect véritable reste caché28. 29 Sur les compétences de Thot, voir par exemple D. Kurth, Thot », Lexikon der Ägyptologie, VI, Wie ... 30 L. Lortet, C. Gaillard, La faune momifiée de l’ancienne Égypte, IIe série, Archives du muséum d’hi ... 16Rien ne permet donc d’affirmer que la présence de l’anencéphale parmi les singes tient au fait que son apparence étrange fut interprétée comme le résultat de l’union d’une femme et d’un animal. Les soins exceptionnels qu’on lui a prodigués peuvent aussi résulter de l’aspect inachevé de l’enfant, privé de boîte crânienne, les vertèbres ouvertes. Sa momification ne pourrait-elle exprimer le souci de lui permettre de terminer sa gestation et de se régénérer dans l’au-delà ? Sa position accroupie et le port de l’amulette de singe le placent sous la protection de Thot, intimement lié au concept de croissance et de complétude. Divinité lunaire, Thot préside aux phases de l’astre dont il assure la régularité ; dans le mythe de l’œil solaire, il guérit Horus, l’enfant par excellence, et rend à son œil blessé sa perfection sous la forme symbolique de l’œil oudjat29. Ce rapport à la complétude pourrait aussi expliquer la coutume de placer des fœtus dans des sarcophages en forme de singe30. Associé à Maât, Thot assure l’équilibre de l’univers. À la Basse Époque, ses compétences de dieu guérisseur s’ajoutent à celles de patron des magiciens sous la forme d’Hermès Trismégiste. 31 S. Sauneron, J. Yoyotte, La naissance du monde selon l’Égypte ancienne », La naissance du monde ... 32 Cf. l’enfant à face de grenouille né en 1517 ; A. Paré, Des monstres et des prodiges, ch. IX, Ex ... 17L’anencéphale ne fut probablement ni assimilé à un singe, ni transformé en singe, mais marqué de la présence d’un dieu lunaire bénéfique, capable de le parfaire et de l’intégrer à l’ordre cosmique. D’autres références pourraient expliquer la présence de la momie dans la nécropole d’Hermopolis. L’apparence incomplète du nouveau-né, aux yeux globuleux et au crâne fuyant, évoque certains aspects de la cosmogonie hermopolitaine où des entités composent une assemblée de huit dieux primordiaux31. Cette Ogdoade, formée de quatre couples, personnifie les forces obscures du chaos précédant la création. À la Basse Époque, ces dieux sont représentés comme des êtres semi-anthropomorphes, les hommes avec une tête de grenouille, les femmes avec une tête de serpent. Associé à un batracien, symbole de renaissance et de résurrection, l’anencéphale était symboliquement intégré aux forces créatrices de l’univers. Les spéculations liant l’enfant à l’Ogdoade et à Thot ont aussi pu se combiner32. Momies de fœtus et de nouveau-nés 33 Je remercie C. Spieser de ces informations. Voir aussi E. Feucht, Der Weg ins Leben », in Dasen ... 34 J. Assman, Ägyptische Hymnen und Gebete, Fribourg/Göttingen, Universitätsverlag/Vandenhoeck & Rupr ... 35 Sur le rôle protecteur d’Atoum, Khnoum, Chou E. Feucht, op. cit., 2004, p. 42-43. Serket C. Sp ... 36 V. Dasen, Dwarfs in Ancient Egypt and Greece, Oxford, Clarendon Press, 1993, spéc. p. 52-53, 67-75 ... 18Le traitement exceptionnel de l’anencéphale doit être replacé dans le contexte plus large des soins réservés à l’enfant à naître et au nouveau-né en Égypte ancienne. De nombreuses divinités étaient invoquées pour assurer une grossesse et un accouchement réussis. Perçu comme un être vivant, le fœtus était l’objet de protections divines33. Dans l’hymne solaire d’Amarna, Aton doit ainsi apaiser les larmes d’un fœtus qui éprouve déjà des sentiments34. Ailleurs, Atoum promet à Isis de veiller sur l’enfant qu’elle porte, Serket, Celle qui fait respirer », protège la croissance de l’embryon, Khnoum s’occupe de le façonner sur son tour et d’ouvrir la matrice pour l’accouchement35. Les dieux nains Bès, seigneur de la matrice », et Ptah-Patèque, aux proportions fœtales, patronnent l’ensemble du processus de la procréation, de la grossesse à la naissance36. 37 Sur ces trouvailles, voir aussi J. Baines, P. Lacovara, Burial and the dead in ancient Egyptian ... 38 B. Bruyère, Rapport sur les fouilles de Deir el Médineh 1934-1935, II, La nécropole de l’est, Le ... 39 E. Feucht, op. cit., 2004, p. 128-130. Plus rarement, l’enfant se trouve avec le père, ou avec le ... 40 Louvre E 3708, N 3959 Basse époque ; Drilhon, op. cit., 1987, p. 503-506, fig. 4-6. 41 F. Filce Leek, The Human Remains from the Tomb of Tut’ankhamun, Oxford, Griffith Institute, 1972, ... 42 Louvre, Coll. Rousset Bey, E 5723 n° 1945 ; Coll. Clot Bey, n° 4205, 1940 ; Lortet/ Gaillard, op. ... 19Des fœtus ont reçu différents types de sépulture37. À Deir el-Medineh, la nécropole de l’est fut apparemment réservée aux enfants en bas âge. B. Bruyère y dénombre plusieurs fœtus et nouveau-nés simplement enveloppés d’un tissu et déposés dans une amphore ou un panier de vannerie38. Les enfants de l’élite étaient parfois embaumés. La plupart ont été retrouvés aux côtés de leur mère, probablement morte en couches39, d’autres ont été conservés séparément. Un fœtus humain de 3 à 4 mois fut ainsi placé dans un obélisque miniature en bois servant de pilier dorsal à une statue de Ptah-Sokar-Osiris ; ses membres étaient dépliés, allongés le long du corps comme pour l’humaniser40. Deux fœtus de 5 mois et demi et de 7 mois furent retrouvés dans des sarcophages anthropoïdes miniatures dans la tombe de Toutankhamon. L’un d’eux montrait au niveau de des os une déformation de Sprengel, peut-être associée à d’autres malformations létales41. D’autres spécimens étaient logés dans le dos de statues à l’image du dieu Bès, garant de leur survie dans l’au-delà42. 43 Lortet/ Gaillard, op. cit., 1907 et 1909. 44 G. E. Smith, The Royal Mummies, Le Caire, Institut français d’archéologie orientale, 1912 CGC, p ... 20Parfois la frontière entre l’homme et l’animal est ambiguë. Deux sarcophages ou statues en forme de babouin accroupi semblent avoir renfermé un fœtus d’enfant, à moins qu’il ne s’agisse de jeunes singes aux membres disposés comme ceux d’un être humain, allongés le long du corps ou repliés sur la poitrine43. À l’inverse, la petite momie déposée dans le sarcophage de la princesse Maâtkare-Moutemhet XXIe dynastie, ca 1020 av. fut longtemps prise pour celle de son nouveau-né jusqu’au jour où une radiographie permit de l’identifier comme une femelle babouin Hamadryas, probablement l’animal favori de la princesse44. Le traitement des nouveau-nés et des enfants anormaux 21L’attitude religieuse des Égyptiens envers les enfants présentant des malformations congénitales diffère profondément de celles d’autres peuples par sa capacité à corriger symboliquement une anomalie pour l’intégrer dans l’ordre du monde. Loin d’être l’expression d’une colère divine, synonyme d’une souillure qu’il faut éliminer, ces naissances sont perçues comme la manifestation d’une présence divine. 22Les préceptes des moralistes conseillent d’accepter avec résignation les imperfections corporelles. Au Nouvel-Empire, le sage Aménémopé préconise d’être charitable et de ne pas se moquer des infirmes Ne ris pas de l’aveugle ni ne te moque du nainNi ne réduis à rien la condition d’un te moque pas d’un homme qui est dans la main du dieu, 45 Trad. P. Vernus, Sagesses de l’Égypte pharaonique, Paris, Imprimerie nationale, 2001, p. 324. Ni ne lui sois hostile jusqu’à l’ est argile et paille,Le dieu est son démolit et re bâtit quotidiennement. » XXIV, 8-1645 46 Dasen, op. cit., 1993, p. 50, fig. 47 M. de Rochemonteix, S. Cauville, D. Devauchelle, Le temple d’Edfou, I, Le Caire, Institut français ... 23Parmi les anomalies congénitales, le nanisme semble avoir bénéficié d’une sympathie particulière. Dès l’Ancien Empire, les nains furent associés au symbolisme solaire grâce à différents jeux de correspondances qu’illustre un papyrus mythologique du Nouvel Empire46. Dans le disque solaire se tient le bélier, qui incarne le soleil à son coucher, et un nain qui remplace l’image attendue du scarabée sacré Khépri, symbole du soleil levant comme l’indique l’homophonie des mots kheprer, scarabée, et kheper, venir à l’existence. Au jeu de mots s’ajoute un jeu d’images. Avec ses membres incurvés et son long torse, le nain présente la même silhouette que le scarabée, avec un gros abdomen et de petites pattes courbes. Inachevé, le nain va donc incarner dans la pensée religieuse égyptienne la notion de croissance, de régénération et de jeunesse éternelle. Un hymne du temple ptolémaïque d’Edfou décrit l’enfant Horus comme un nain Un lotus surgit dans lequel se trouvait un bel enfant qui illuminait la terre de ses rayons.... un bourgeon dans lequel se trouvait un nain »47. Cette identification s’explique par l’apparence ambiguë du nain, à la fois enfant et adulte, comme un jeune dieu à peine né mais déjà sage et savant. 24Deux petits dieux familiers témoignent de la valorisation du nain dans la religion et la magie égyptiennes. Le plus populaire est Bès, un nain trapu aux membres torses, avec une grosse tête à la langue pendante, auxquels s’ajoutent les oreilles, la queue et même la crinière d’un lion. Son image apparaît dès le Moyen Empire vers 2040 av. jusqu’à l’époque romaine sur une grande variété de supports, notamment des amulettes et des intailles magiques. C’est l’un des principaux génies protecteurs de la famille ; avec la déesse Hathor et la déesse hippopotame Taouret, il écarte les influences malignes des femmes enceintes et préside aux accouchements. Un autre dieu nain, nommé conventionnellement Ptah-Patèque, apparaît sous la forme d’amulettes dès le Nouvel-Empire vers 1550 av. Comme Bès, ce petit dieu protège les enfants de tout mal, en particulier des morsures et piqûres d’animaux dangereux. Sur certaines figurines, l’absence de pilosité et l’hypotrophie des traits faciaux évoquent l’image d’un fœtus, peut-être pour signaler que la protection du dieu s’étendait à la femme enceinte et à l’embryon. 25Dans la vie quotidienne, des nains apparaissent dès l’époque prédynastique dans l’entourage des grands dignitaires de la cour. Ils semblent avoir assumé des tâches bien définies, comme l’entretien des habits, des objets de toilette et la fabrication de bijoux. Ils sont parfois accompagnés par d’autres personnes avec des anomalies physiques. Dans la tombe de Baqt I à Beni Hassan Moyen Empire, XIe-XIIe dyn., 2040-1783 av. la suite du défunt est composée d’un nain, d’un bossu et d’un boiteux qui portent chacun le nom de leur malformation inscrit au-dessus de leur tête nmw, jw, dnb. Les nains ont aussi la garde des animaux favoris, généralement des singes cercopithèques et des chiens. Certains nains ont même occupé des fonctions importantes. L’exemple le plus célèbre est celui de Seneb qui reçut le privilège d’être enterré dans la nécropole royale de Gizeh Ve dyn., vers 2475 av. 48 Par ex. la momie d’enfant atteint d’osteogenesis imperfecta Nouvel empire ; H. K. Gray, Mummies ... 49 Histoire naturelle, 26D’autres documents confirment que les enfants présentant des anomalies physiques à la naissance avaient des chances de survivre et d’être élevés48. Adultes, ils n’étaient pas exclus de la vie sociale et religieuse à cause de leur handicap. C’est d’ailleurs en Égypte que l’on jugea bon, selon Pline l’Ancien, d’élever un monstre portentum c’était un humain qui avait les deux yeux aussi derrière la tête, mais qui ne voyaient pas »49. 27L’intégration réussie des nains et d’autres infirmes dans la société égyptienne explique le soin particulier que reçut l’anencéphale d’Hermopolis. Contrairement à la Mésopotamie voisine ou aux sociétés italique et romaine, la naissance d’un enfant difforme n’y représentait pas un signe inquiétant pour les parents ou l’ensemble de la communauté. Ni bête, ni hybride, ni monstre, l’anencéphale fut accueilli comme un être hors du commun, inachevé, à l’image des créatures divines des temps primordiaux, qu’il fallait remettre à la protection du dieu Thot pour assurer sa finition. 50 I. E. S. Edwards, Hieratic Papyri in the British Museum, Fourth Series, Oracular Amuletic Decrees ... 28Le sort de cet enfant ne permet toutefois pas d’affirmer que toutes les imperfections corporelles étaient bien accueillies. Quelques documents laissent entrevoir une réalité plus complexe. Ainsi, un texte magique du VIIIe s. av. XXIIe ou XXIIIe dyn. énumère les motifs d’anxiété d’une femme enceinte. Il figure sur un petit papyrus que la future mère portait autour du cou, glissé dans un étui, en guise de talisman50. Le texte invoque protection contre toutes sortes d’influences néfastes. Trois malheurs notamment concernent le nouveau-né Nous la protégerons d’une naissance d’Horus une naissance prématurée ?, d’une fausse-couche, et de la naissance de jumeaux ». Le terme d3jt traduit par fausse-couche » pourrait aussi désigner une irrégularité », c’est-à-dire une malformation de l’enfant. Les naissances gémellaires sont une autre cause de souci, probablement parce qu’elles représentaient des naissances à risque, susceptibles de coûter la vie à la mère et aux enfants. 29Des absences laissent supposer que les nouveau-nés présentant des anomalies majeures étaient discrètement supprimés à la naissance, même si cette pratique était officiellement désapprouvée. On ne possède ainsi pas de description ni de représentation égyptiennes d’êtres humains atteints de graves malformations, privés d’un ou plusieurs membres, avec des parties surnuméraires ou joints ensemble, comme les jumeaux siamois, qui témoigneraient de leur survie et de leur intégration. La mythologie égyptienne compte pourtant de nombreux monstres, mais ce sont toujours des êtres composites, formés de parties animales et humaines, sans rapport avec un état pathologique réel. Le regard d’É. Geoffroy Saint-Hilaire 51 T. Appel, The Cuvier-Geoffroy Debate French Biology in the Decade before Darwin, Oxford, Oxford ... 30É. Geoffroy Saint-Hilaire chercha bien sûr à deviner ce que cette momie monstrueuse avait pu signifier aux yeux des Égyptiens qui l’avaient faite, mais il était avant tout un anatomiste. Bien qu’il soit passé à la postérité d’abord pour ses aphorismes et ses brillantes recherches dans le domaine de la zoologie, il était aussi le fondateur de la tératologie moderne, c’est-à-dire, littéralement, de la science des monstres51. En particulier, c’est en 1822 qu’il publia le second volume de sa Philosophie Anatomique. Or, c’est dans cet ouvrage qu’il entreprit de classer systématiquement les difformités congénitales, de rechercher par l’expérimentation leurs causes, et qu’il mit en relation la question des difformités avec celle de la formation embryonnaire du corps humain normal ». Quatre ans plus tard, la momie monstrueuse lui fournit l’occasion de se pencher à nouveau sur cette question. 31Pour É. Geoffroy Saint-Hilaire, SMB Inv. Nr. 724 représenta une sorte de triomphe taxonomique. Dans sa Philosophie Anatomique, il avait commencé à classer les nouveau-nés monstrueux de la même manière que les taxonomistes classaient les animaux. Il créa ainsi plusieurs petites familles » ou genres », à la manière linnéenne. Un de ces groupes reunissait les cas du type Anencéphale, qu’il décrivait ainsi Anencéphale Tête sans cerveauPoint de cerveau ni de moelle épinière ; la face et tous les organes des sens dans l’état normal ; la boîte cérébrale ouverte vers la ligne médiane, est composée de deux moitiés renversées et écartées de chaque côté en ailes de pigeon. 52 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1822 ; 1825 ; I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1836 p. 61-68. 53 Voir bibliographie dans I. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1836 ; p. 61-68 ; I. Geoffroy Saint-H ... 54 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1825, p. 68. 32Cette description se basait sur plusieurs cas observés à Paris par Geoffroy. Il n’était d’ailleurs pas le seul, notait-il, à avoir observé et répertorié cette difformité particulière52 – mais il était en revanche le premier à lui donner une place précise dans une taxonomie qui considérait les nouveau-nés privés de tête comme un tout cohérent fig. 5. Dans des publications ultérieures sur l’anencéphalie53, Geoffroy poussa plus loin la logique linnéenne et décrivit 9 espèces » d’anencéphales comme par exemple A. ichthyoïdes, A. perforatus et A. mumia – la momie montrueuse54 Anenchephalus-MumiaCaract. spéc. Tête renversée en arrière ; bouche béante ; les sur-occipitaux fort écartés et maintenus à la hauteur de l’articulation scapulo-humérale ; les corps vertébraux autant hauts que larges. 55 I. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1836, p. 63. 33Les distinctions entre les espèces » monstrueuses de Geoffroy reposaient sur des différences minimes quant au degré de difformité ; elles furent par conséquent peu utilisées. Mais le principe linnéen est resté d’actualité dans les ouvrages récents de tératologie qui sont parfois organisés selon les axes de la taxonomie plus fine d’Isidore, le fils d’Étienne Geoffroy Saint-Hilaire. C’est lui, en effet, dans son Histoire Générale et Particulière des Anomalies, qui plaça le genre anencéphale » dans la famille des Anencéphaliens », ordre des Monstres Autosites », classe des Monstres Unitaires » et enfin, embranchement des Anomalies Complexes »55. 34Ces projets taxonomiques imposaient un ordre, si arbitraire soit-il, sur une partie de la Nature qui en avait manqué jusque-là, – une partie, qui plus est, dans laquelle le désordre régnait en maître. Pour Geoffroy père, découvrir que son système fonctionnait sur un nouveau-né de 2000 ans était la preuve même de sa validité universelle. 5 - Nouveau-nés anencéphales. D’après É. Geoffroy Saint-Hilaire, Philosophie anatomique, Paris, Deville-Cavellin, 1822, pl. IV première description du genus Anencéphale ». 1 et 2 vues latérale et dorsale de l’enfant ; 3 "Notencéphale" ; 4-8 parties du squelette 56 I. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1822, p. 523-529. 35Mais Geoffroy ne voulait pas seulement classer les difformités, il voulait en expliquer la genèse. Dans la Philosophie Anatomique, il suggère qu’une forme particulière d’anencéphalie a pu être causée par un retardement de développement », imputable à des lésions subies au premier stade de la vie embryonnaire, et causées par le surmenage de la mère pendant sa grossesse56. Assez curieusement, Geoffroy ne fait aucun commentaire sur les causes de l’anencéphalie de la momie ; il semble juste considérer comme admis que ce sont des causes identiques aux causes actuelles qui ont pu jouer deux ou trois mille ans auparavant ». 36Geoffroy saisit en tout cas l’occasion fournie par SMB Inv. Nr. 724 pour réaffirmer quelques-unes de ses pensées favorites concernant les mécanismes de l’ontogenèse humaine. Il commence par le faire dans un exposé à l’Académie des sciences 57 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1825. On s’est plus occupé des Anencéphalies que des autres cas de monstruosités l’absence de tout le système médullaire cérébro-spinal a paru, en effet, une singularité du plus haut intérêt d’abord pendant le règne du cartésianisme, comme fournissant un fait contraire à l’hypothèse que des esprits animaux s’engendraient dans le cerveau, et tout récemment, depuis qu’a paru la loi du développement excentrique des organes, loi reconnue et posée par le docteur Serres, cette absence étant opposée aux opinions reçues, que les nerfs naissent des parties médullaires contenues dans les étuis crânien et vertébral. »57 58 Descartes, La description du corps humain ; De la formation de l’animal », 1648, in C. Adam, P. ... 59 I. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1822. 37La première affirmation renvoie à l’idée de Descartes selon laquelle les esprits animaux » – un fluide mystérieux issu du sang – naissaient dans le cerveau et se répandaient par les nerfs jusqu’aux extrémités, pour y provoquer le mouvement et en assurer le développement58. Les anencéphales infirmaient cette doctrine, puisque, quoique dépourvus de cerveau, ils étaient par ailleurs complètement constitués59. 60 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1822, p. 88-89. 61 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1822, p. 88. 38La deuxième déclaration, concernant la loi du développement excentrique », nous amène au cœur même de la Philosophie anatomique de Geoffroy. Il s’agissait d’une série de lois permettant selon lui d’expliquer la diversité anatomique offerte par le monde animal et son origine dans l’œuf ou la matrice60. Ces lois pouvaient expliquer les formes prises par les individus monstrueux, et les individus monstrueux pouvaient, en retour, servir à confirmer leur validité. Pour Geoffroy, ses lois constituaient un véritable instrument de découvertes »61 – à l’instar de son disciple Étienne Serres, qui avait baptisé ce système l’anatomie transcendante ». 62 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1822 ; 1825 ; 1826. 63 De Beer, op. cit., 1937, p. 7-15. 64 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1822 ; 1825, 373-375. 65 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1825, p. 371-372. 66 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1825, p. 388. 39Dans une série d’articles62, Geoffroy montre comment les nouveaux nés anencéphales et plus particulièrement SMB Inv. Nr. 724, confirment ou infirment un certain nombre de théories concernant le développement et l’identité des organes. Selon une de ces théories, avancée à la fois par Goethe, Oken, Geoffroy et d’autres, le crâne est composé d’une série de vertèbres modifiées63. Les anencéphales, avance-t-il, permettent de voir les morceaux du crâne comme des os séparés, là où ils seraient normalement fusionnés – révélant ainsi leur vraie nature64. La spina bifida des anencéphales fournit ainsi à Geoffroy l’occasion d’élaborer une autre théorie selon laquelle la plupart des organes se développent d’abord comme des primordia distincts éléments primitifs, qui fusionnent ensuite sous l’effet d’une force attractive inhérente, un processus en l’espèce interrompu, laissant la colonne vertébrale divisée en deux65. Cette idée allait devenir sa loi d’affinité de soi pour soi », une sorte de loi universelle de l’attraction expliquant non seulement les formes de développement organiques mais bien d’autres encore, et qui devait sans doute beaucoup à la notion d’ affinités électives » de Goethe. Le dédoublement de la colonne vertébrale autorise également Geoffroy à faire allusion au passage à l’une des ses idées favorites, à savoir que les squelettes des vertébrés peuvent être rapprochés des exosquelettes des crustacés et des insectes fig. 1. Dans la légende d’une figure décrivant A. perforatus, il note que sa spina bifida provient d’une séparation des éléments vertébraux comme dans le cas des Crustacés et des Insectes »66. 67 E. Serres, Recherches d’anatomie transcendante et pathologique. Théorie des formations et des défo ... 68 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1825, p. 381-386. 40Rien de tout cela ne pouvait être déduit de SMB Inv. Nr. 724, dont le squelette ne pouvait être atteint sans dommage. Aussi peu claire est sa démonstration de la loi du développement excentrique » qui proclamait de façon générale que les organes trouvaient leur origine dans divers primordia qui se développaient ensuite vers l’intérieur avant de fusionner67, et en particulier que les nerfs spinaux se développaient des extrémités vers le cordon médullaire plutôt que l’inverse. De façon plus convaincante, Geoffroy se sert de SMB Inv. Nr. 724 pour critiquer l’idée courante d’alors selon laquelle les organes génitaux masculins représentent une sorte d’extension des organes génitaux féminins. Si tel était le cas, raisonne-t-il, et compte tenu du fait que l’anencéphalie résulte d’un arrêt du développement global, on devrait n’en trouver que des nouveau-nés féminins68. Or, SMB Inv. Nr. 724 est un mâle. Il est donc plus vraisemblable d’imaginer que les organes génitaux féminins et masculins ont un développement indépendant – ce qui correspond peu ou prou à nos conceptions actuelles. De l’utilité du monstre aujourd’hui 69 L. D. Botto et al., Neural tube defects », New England Journal of Medicine, 341, 1999, p. 1509-1 ... 41Dans les travaux modernes de tératologie, l’anencéphalie est généralement regroupée avec la Spina Bifida sous un syndrome unique ASB », dans la mesure où les caractéristiques de ces difformités se confondent. C’est une des tares congénitales les plus communes, affectant 1 naissance pour 1 000 aux États Unis, mais l’incidence de cette difformité varie du simple au quintuple selon la géographie, la race et le niveau socio-économique69. 70 J. Coppa, Greene, J. N. Murdoch, The genetic basis of mammalian neurulation », Nature Gen ... 71 M. Lucock, Folic Acid nutritional biochemistry, molecular biology and role in disease processe ... 42L’opinion de Geoffroy selon laquelle l’anencéphalie serait due à un retard de développement causé par le travail de la mère aux premiers mois de la grossesse n’est plus soutenable aujourd’hui. Mais les causes de l’ASB ainsi que les variations de sa fréquence dans la population restent obscures. On connaît de rares mutations entraînant des cas d’ASB, soit chez l’homme, soit chez la souris, mais elles ne sont pas la cause de la plupart d’entre eux70. Ce trouble semble au contraire résulter de l’interaction de plusieurs facteurs de risques environnementaux et génétiques mal définis. Un de ces facteurs est la carence en folate ou en vitamine B. Personne ne sait comment cette carence entraîne l’échec de la soudure du canal neural, mais il est clair que l’administration d’acide folique pendant la grossesse permet de prévenir efficacement l’ASB71. 72 A. M. Leroi, Mutants On the Form, Variety and Errors of the Human Body, London, Harper Collins, ... 43Comme le pressentait Geoffroy, l’ASB trouve son origine dans les débuts de l’embryogenèse. Dix-neuf jours environ après la conception, une zone de tissu nerveux se forme le long du dos de l’embryon. Affectant la forme d’une feuille de tulipe, cette zone tissulaire est d’abord plate. Plus tard, toutefois, elle se replie longitudinalement pour former un canal. Les bords de ce canal se collent ensuite au sommet pour former un tube creux qui court tout le long de l’embryon les futurs cordon médullaire et cerveau72. Le scellement, ou fermeture », du canal neural semble être une opération délicate, qui peut fréquemment échouer. Le résultat est alors un canal neural ouvert, une colonne vertébrale ouverte ou même un cerveau et une voûte crânienne béants. 73 G. R. De Beer, The Development of the Vertebrate Skull, Oxford, Clarendon, 1937. 74 T. Appel, The Cuvier-Geoffroy Debate French Biology in the Decade before Darwin, Oxford, Oxford ... 75 B. I. Balinsky, An Introduction to Embryology, Philadelphia, W. B. Saunders, 1965 2e éd., p. 351 ... 44Bien peu de théories spécifiques de l’anatomie transcendantale ont passé l’épreuve du temps. La théorie vertébrale du crâne a été anéantie par Thomas Henry Huxley en 185873 ; l’idée de Geoffroy selon laquelle les squelettes des vertébrés et des crustacés étaient homologues lui est restée personnelle74 ; de même, les nerfs spinaux ne prennent pas naissance dans la moelle, mais dans une série de ganglions spinaux en direction des extrémités qu’ils innervent75. 76 T. Lufkin et al., Homeotic transformation of the occipital bones of the skull by ectopic express ... 77 B. I. Balinsky, op. cit., p. 351-352. 45Ceci dit, à la décharge de Geoffroy, beaucoup de ses théories ont au moins un fond de vérité. Bien que l’ensemble du crâne ne soit pas constitué de vertèbres modifiées, la perturbation d’un gène HOX chez les souris montre que l’os occipital celui qui intéressait particulièrement Geoffroy chez ses nouveau-nés monstrueux peut se transformer en vertèbres76 ; la spina bifida résulte en effet d’un défaut d’attraction », ou si l’on préfère la terminologie actuelle, d’adhésion cellulaire ; alors que les nerfs peuvent trouver leur origine dans le ganglion spinal, les ganglions spinaux ne proviennent pas directement de la moelle épinière, mais plutôt de cellules de crêtes neuronales ayant subi une migration élaborée à partir d’autres localisations77. 46Voilà qui concorde grosso modo avec la loi du développement excentrique », du moins dans la mesure où elle conçoit la formation du corps comme résultant de migrations et de fusions cellulaires et tissulaires diverses. 78 A. Leroi, op. cit., 2004. 47En outre, alors que les théories de l’anatomie transcendantale dérivent invariablement vers des généralités – certes pourvues d’un peu de vérité mais incapables de restituer les subtilités du développement organique, l’attitude de Geoffroy frappe par sa modernité. Ainsi en est-il de sa quête d’une preuve des lois » de la fabrication du corps dans les nouveau-nés monstrueux les généticiens modernes cherchent eux aussi dans les difformités la logique moléculaire des programmes du développement mais en se servant de mutants produits à partir d’animaux de laboratoire comme les vers, les mouches et les souris. Alors qu’on découvre un nombre sans cesse croissant de mutations humaines responsables de difformités congénitales, il devient toutefois évident que celles-ci peuvent être utilisées pour déconstruire et comprendre la formation du corps78. 79 OMIM. Sept. 2004. Online Mendelian Inheritance in ... 48Au moment où nous écrivons le 10 septembre 2004, on a ainsi identifié les mutations responsables de la perturbation de 1 622 gènes causant des difformités congénitales79. Quand les gènes responsables de l’anencéphalie seront identifiés – et ils le seront à coup sûr, ils lèveront un peu le voile sur le programme génétique qui élabore la structure la plus complexe du corps humain, le cerveau. Conclusion 80 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1826, p. 233. 81 Nous remercions Dr. Hannelore Kischkewitz de l’Ägyptisches Museum und Papyrussammlung à Berlin pou ... 49De l’ancienne Égypte à l’époque contemporaine, le destin étrange de l’anencéphale fut de révéler les lois cachées du monde. Loin de l’interpréter comme une rupture effrayante de l’ordre cosmique, les Égyptiens le classèrent parmi les êtres en formation et le marquèrent de l’empreinte du dieu Thot, capable de le régénérer. Tenu de naître et de mourir au même moment »80, son existence éphémère épargna à ses semblables toute exhibition. Pour les tératologues et biologistes du XIXe siècle et d’aujourd’hui, l’anencéphale démontre la qualité du monstre » comme instrument de découvertes », dont les écarts permettent de saisir la structure du vivant81. Notes 1 À côté de l’ibis, plus de trente espèces d’oiseaux ont ainsi été identifiées par J. Boessneck et A. von den Driesch in J. Boessneck éd., Tuna el-Gebel I, Die Tiergalerien, Hildesheim, Gerstenberg, 1987, p. 56-202. 2 J. Passalacqua, Catalogue raisonné et historique des antiquités découvertes en Égypte, Paris, Galeries d’antiquités égyptiennes, 1826, p. 148-149. 3 J. Passalacqua, op. cit., 1826, p. 230 ; D. Kessler, Forschungsstand bis 1983 », in J. Boessneck, op. cit., 1987, p. 6 ; D. Kessler, Die Galerie C von Tuna el-Gebel », Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts, Abteilung Kairo, 39, 1983, p. 107-124. 4 D. Kessler, A. El Halim Nurredin, Der Tierfriedhof von Tuna el-Gebel, Stand der Grabungen bis 1993 », Antike Welt, 25, 1994, p. 252-266. 5 D. Kessler, Die heiligen Tiere und der König, I, Beiträge zu Organisation, Kult und Theologie der spätzeitlichen Tierfriedhöfe, Wiesbaden, Harrassowitz, 1989, spéc., p. 194-219 ; id. Tierkult », Lexikon der Ägyptologie, VI, Wiesbaden, Harrassowitz, 1986, col. 571-587 ; id. Tuna el Gebel », ibid., col. 797-804. 6 D. Kessler, op. cit., 1987, p. 12 ; D. Kessler, A. El Halim Nurredin, op. cit., p. 262, fig. 14. 7 É. Geoffroy Saint-Hilaire in J. Passalacqua, op. cit., 1826, p. 230. 8 I. Geoffroy Saint-Hilaire, Histoire générale et particulière des anomalies de l’organisation chez l’homme et les animaux, Paris, Baillière, 1832-1836. 9 Histoire des Monstres, Paris, Reinwald, 1880 ; rééd. Grenoble, Jérôme Millon, 2002, p. 29-30. 10 Monstres. Histoire du corps et de ses défauts, Paris, Syros, 1991, p. 26-28. 11 É. Geoffroy Saint-Hilaire, Description d’un monstre humain né avant l’ère chrétienne et considérations sur le caractère des monstres dits Anencéphales », Annales des Sciences Naturelles, 6, 1825, p. 357-388, pl. 18. ; id. Communication faite à l’Académie royale des Sciences », in J. Passalacqua, op. cit., 1826, p. 231-233. 12 W. R. Dawson, E. P. Uphill, M. L. Bierbrier, Who was who in Egyptology, London, Egypt Exploration Society, 1995 3e éd., p. 321. 13 A. Erman, Ausführliches Verzeichnis der Ägyptischen Altertümer und Gipsabgüsse, Berlin, W. Spemann, 1899, p. 314. Trad. Momie d’un fœtus mal formé qui était enterré dans une tombe de singe à Schmun, avec dans ses bandelettes la figurine en faïence d’un singe accroupi. On a donc supposé que la femme concernée avait accouché d’un singe ». 14 Communication du Dr. H. Kischkewitz. 15 Lettre du 16 Trad. Constat radiologique de l’anencéphale objet 724. Âge de développement environ 7 mois. En raison de la position assise forcée l’a. est difficile à interpréter du point de vue radiologique. On remarque que la mâchoire inférieure 1 manque, d’où l’aspect de tête d’oiseau de la partie supérieure de la face. Cavités orbitales anormalement grandes 2. Selon la radiographie, la mâchoire inférieure a pu éventuellement être rabattue vers le bas pour reposer sur la paroi ventrale du thorax 3. Il n’est cependant pas exclu que la mâchoire inférieure ait manqué. À la place de la calotte crânienne inachevée on trouve des déformations osseuses 4. Les vertèbres cervicales sont recourbées en forme de crosse 5. Les os tendres du spécimen ont probablement été fortement fracturés lors de la momification et au cours de la mise en position assise ; c’est ainsi que l’on observe nettement une fracture de l’os du fémur 6. En outre les os du tibia ont été séparés du squelette du pied 7 avec brutalité et partiellement fracturés. Les os des extrémités supérieures ont été également fortement disloqués lors du bandelettage. Les os paraissent très épais par rapport à la taille de l’a. La colonne vertébrale présente la spina bifida typique 8 ». 17 Gorlin, M. M. Cohen, R. C. M. Hennekam, Syndromes of the Head and Neck, Oxford, Oxford University Press, 2001 4e éd.. 18 Cf. R. J. Oostra, B. Baljet, R. C. M. Hennekam, Congenital anomalies in the teratological collection of the Museum Vrolik in Amsterdam, The Netherlands. IV Closure Defects of the Neural Tube », American Journal of Medical Genetics, 80, 1998, p. 60-73. 19 Voir F. Drilhon, Un fœtus humain dans un obélisque égyptien en bois », Archéologie et médecine. VIIe rencontres internationales d’archéologie et d’histoire, Antibes, Octobre 1986, Juan-les-Pins, APDCA, 1987, p. 499-521. 20 Cf. C. Andrews, Amulets of Ancient Egypt, London, British Museum Press, 1994, spéc. p. 39-40 Bès, p. 49, p. 66-67 singe. 21 J. Passalacqua, op. cit., 1826, p. 232-233. 22 Man nahm wohl an, die betreffende Frau habe einen Affen geboren », op. cit. 23 E. Martin, op. cit., 2002, p. 30. 24 Par ex. Pline, Histoire naturelle, ; Tite-Live, ; ; Valère Maxime Sur le topos littéraire du serpent, voir A. Allély, Les enfants mal formés et considérés comme prodigia à Rome et en Italie sous la République », Revue des Études Anciennes, 105 1, 2003, p. 144. 25 Pline, Histoire naturelle, 26 Génération des Animaux, ; Lucrèce, De la nature, 27 Soranos, Des maladies des femmes, ; D. Gourevitch, Se mettre à trois pour faire un bel enfant, ou l’imprégnation par le regard », L’évolution psychiatrique, 52 2, 1987, p. 559-563. Sur l’inscription de cette croyance dans la longue durée, P. Darmon, Le mythe de la procréation à l’âge baroque, Paris, Seuil, 1981, p. 158-178. 28 P. Derchain, Anthropologie. Égypte pharaonique », in Y. Bonnefoy dir., Dictionnaire des mythologies, Paris, Flammarion, 1981, p. 87-95 ; D. Meeks, Zoomorphie et image des dieux dans l’Égypte ancienne », in C. Malamoud, Vernant dir., Le corps des dieux, Le temps de la réflexion VIII, Paris, Gallimard, 1986, p. 171-191 ; E. Hornung, Les dieux de l’Égypte. Le un et le multiple, Paris, 1986. Hérodote ne s’y trompe pas en affirmant que les Égyptiens ne croient pas que le dieu de Mendès Pan/Khnoum a une tête de bouc, même s’ils le figurent ainsi. 29 Sur les compétences de Thot, voir par exemple D. Kurth, Thot », Lexikon der Ägyptologie, VI, Wiesbaden, Harrassowitz, 1986, col. 498-523, spéc. 505-509, sur ses rapports au cycle lunaire, à la médecine et à la magie. 30 L. Lortet, C. Gaillard, La faune momifiée de l’ancienne Égypte, IIe série, Archives du muséum d’histoire naturelle de Lyon, IX, Lyon, H. Georg, 1907, p. 32-38 momies de singes ? ; id., X, 1909, p. 188-189 nouvelle interprétation momies de fœtus humain ?. 31 S. Sauneron, J. Yoyotte, La naissance du monde selon l’Égypte ancienne », La naissance du monde Sources Orientales I, Paris, Seuil, 1959, p. 52-67. 32 Cf. l’enfant à face de grenouille né en 1517 ; A. Paré, Des monstres et des prodiges, ch. IX, Exemple des monstres qui se font par imagination », Genève, Droz, 1971, fig. 28 le jour la conception, la mère a tenu une grenouille dans la main pour guérir une fièvre. 33 Je remercie C. Spieser de ces informations. Voir aussi E. Feucht, Der Weg ins Leben », in Dasen V. éd., Naissance et petite enfance dans l’Antiquité, Actes du colloque de Fribourg, 28 novembre-1er décembre 2001, Fribourg/Göttingen, Academic Press/Vandenhoeck Ruprecht, 2004, p. 33-54 ; C. Spieser, Femmes et divinités enceintes dans l’Égypte du Nouvel Empire », ibid., p. 55-70. 34 J. Assman, Ägyptische Hymnen und Gebete, Fribourg/Göttingen, Universitätsverlag/Vandenhoeck & Ruprecht, 1999, p. 219, n° 92, 1. 62. 35 Sur le rôle protecteur d’Atoum, Khnoum, Chou E. Feucht, op. cit., 2004, p. 42-43. Serket C. Spieser, Serket, protectrice des enfants à naître et des défunts à renaître », Revue d’Égyptologie, 52, 2001, p. 251-264. De manière plus générale, C. Spieser, Les dieux et la naissance dans l’Égypte ancienne, in Dasen V. éd., Regards croisés sur la naissance et la petite enfance. Actes du cycle de conférences Naître en 2001 », Fribourg, Éditions universitaires, 2002, p. 285-296. 36 V. Dasen, Dwarfs in Ancient Egypt and Greece, Oxford, Clarendon Press, 1993, spéc. p. 52-53, 67-75, 84-98 ; ead., Der Gott Bes und die Zwergin. Eine Figur zum Schutz der Mutterschaft », in S. Bickel éd., In Ägyptischer Gesellschaft. Aegyptiaca der Sammlungen Bibel + Orient der Universität Freiburg, Freiburg, Academic Press, 2004, p. 64-69. 37 Sur ces trouvailles, voir aussi J. Baines, P. Lacovara, Burial and the dead in ancient Egyptian society. Respect, formalism, respect », Journal of Social archaeology, 2 1, 2002, p. 5-36, spéc. 14. 38 B. Bruyère, Rapport sur les fouilles de Deir el Médineh 1934-1935, II, La nécropole de l’est, Le Caire, Institut français d’archéologie orientale, 1937 FIFAO 15, p. 11-15. Voir aussi E. Feucht, op. cit., 2004, p. 128, n. 632. 39 E. Feucht, op. cit., 2004, p. 128-130. Plus rarement, l’enfant se trouve avec le père, ou avec le couple ; ibid., p. 130. 40 Louvre E 3708, N 3959 Basse époque ; Drilhon, op. cit., 1987, p. 503-506, fig. 4-6. 41 F. Filce Leek, The Human Remains from the Tomb of Tut’ankhamun, Oxford, Griffith Institute, 1972, p. 21-23 ; Drilhon, op. cit., 1987, p. 512-514. 42 Louvre, Coll. Rousset Bey, E 5723 n° 1945 ; Coll. Clot Bey, n° 4205, 1940 ; Lortet/ Gaillard, op. cit., IX, p. 201-205. 43 Lortet/ Gaillard, op. cit., 1907 et 1909. 44 G. E. Smith, The Royal Mummies, Le Caire, Institut français d’archéologie orientale, 1912 CGC, p. 98-101 n° 61088-61089 ; R. B. Partridge, Faces of Pharaohs. Royal Mummies and Coffins from Ancient Thebes, London, The Rubicon Press, 1994, p. 195-197, fig. 174 ; F. Dunand, R. Lichtenberg, Les momies et la mort en Égypte, Paris, Errance, 1998, p. 145 et 242. 45 Trad. P. Vernus, Sagesses de l’Égypte pharaonique, Paris, Imprimerie nationale, 2001, p. 324. 46 Dasen, op. cit., 1993, p. 50, fig. 47 M. de Rochemonteix, S. Cauville, D. Devauchelle, Le temple d’Edfou, I, Le Caire, Institut français d’archéologie orientale, 1984 2e éd., p. 289, pl. XXIXb. 48 Par ex. la momie d’enfant atteint d’osteogenesis imperfecta Nouvel empire ; H. K. Gray, Mummies and Human Remains. Catalogue of Egyptian Antiquities in the British Museum, I, London, 1968, p. 13-13, n° 24 ; Dasen, op. cit., 1993, p. 19-20, 323, cat. S 18. Voir aussi à Deir el-Medineh le sarcophage du petit Itiky présentant des anomalies du squelette une forme de nanisme ? ; Bruyère, op. cit., 1937, p. 14. 49 Histoire naturelle, 50 I. E. S. Edwards, Hieratic Papyri in the British Museum, Fourth Series, Oracular Amuletic Decrees of the Late New Kingdom, London, British Museum, 1960, p. 65-67 ; Dasen, op. cit., 1993, p. 99. 51 T. Appel, The Cuvier-Geoffroy Debate French Biology in the Decade before Darwin, Oxford, Oxford University Press, 1987 ; H. Le Guyader, Geoffroy Saint-Hilaire un naturaliste visionnaire, Paris, Belin, 1998. 52 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1822 ; 1825 ; I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1836 p. 61-68. 53 Voir bibliographie dans I. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1836 ; p. 61-68 ; I. Geoffroy Saint-Hilaire, Vie, travaux et doctrine scientifique d’É. Geoffroy Saint-Hilaire, Paris, Strasbourg, P. Bertrand-Levrault, 1847, p. 459-464. 54 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1825, p. 68. 55 I. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1836, p. 63. 56 I. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1822, p. 523-529. 57 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1825. 58 Descartes, La description du corps humain ; De la formation de l’animal », 1648, in C. Adam, P. Tannerry éd., Œuvres de Descartes, Paris, Vrin, 1974. 59 I. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1822. 60 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1822, p. 88-89. 61 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1822, p. 88. 62 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1822 ; 1825 ; 1826. 63 De Beer, op. cit., 1937, p. 7-15. 64 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1822 ; 1825, 373-375. 65 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1825, p. 371-372. 66 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1825, p. 388. 67 E. Serres, Recherches d’anatomie transcendante et pathologique. Théorie des formations et des déformations organiques, appliquée à l’anatomie de Christina, et de la duplicité monstrueuse, Paris, Firmin Didot, 1832, p. 4. 68 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1825, p. 381-386. 69 L. D. Botto et al., Neural tube defects », New England Journal of Medicine, 341, 1999, p. 1509-1519. 70 J. Coppa, Greene, J. N. Murdoch, The genetic basis of mammalian neurulation », Nature Genetics Reviews, 4, 2003, p. 784-793. 71 M. Lucock, Folic Acid nutritional biochemistry, molecular biology and role in disease processes », Molecular Genetics and Metabolism, 71, 2000, p. 121-138. 72 A. M. Leroi, Mutants On the Form, Variety and Errors of the Human Body, London, Harper Collins, 2004. 73 G. R. De Beer, The Development of the Vertebrate Skull, Oxford, Clarendon, 1937. 74 T. Appel, The Cuvier-Geoffroy Debate French Biology in the Decade before Darwin, Oxford, Oxford University Press, 1987 ; H. Le Guyader, op. cit. 75 B. I. Balinsky, An Introduction to Embryology, Philadelphia, W. B. Saunders, 1965 2e éd., p. 351-352. 76 T. Lufkin et al., Homeotic transformation of the occipital bones of the skull by ectopic expression of a homeobox gene », Nature, 356, 1992, p. 835-841. 77 B. I. Balinsky, op. cit., p. 351-352. 78 A. Leroi, op. cit., 2004. 79 OMIM. Sept. 2004. Online Mendelian Inheritance in USA. 80 É. Geoffroy Saint-Hilaire, op. cit., 1826, p. 233. 81 Nous remercions Dr. Hannelore Kischkewitz de l’Ägyptisches Museum und Papyrussammlung à Berlin pour toutes ses informations sur le destin de la momie et les illustrations ainsi que Jeremy Pollard pour nous avoir autorisés à reproduire leurs photographies ; merci aussi à Saskia Bode pour son aide lors de nos recherches. Les recherches d’Armand M. Leroi ont été soutenues par des subsides du Biology and Biotechnology Research Council. Texte Chapitre 86 Formule pour prendre l'aspect d'une hirondelle. En récitant les formules de de ce chapitre Ani se transforme en hirondelle une incarnation de Serket, la déesse Scorpion, la fille de Râ et d'Isis. Ani proclame son innocence et sa pureté de corps et d’âme et réclame le droit d'entrer parmi les dieux, car il est saint. Toutes les routes lui sont connues, aucune porte ne
Écrit par Alain Surget un écrivain français, L’œil d’Horus est un roman historique paru en France en 1999 aux éditions Flammarion. Ce livre d’aventure et de jeunesse relate une histoire qui se déroule à l’époque de l’Égypte antique, c’est-à-dire de manière approximative vers 3150 avant notre ère. Cet ouvrage retrace l’histoire de Menîn jeune fils et digne héritier Antaref, roi de Haute-Egypte. Ce dernier a un destin tout tracé celui de succéder à son père. Cependant, le roi trouve son fils trop mou et donc incapable de diriger son royaume. Menîn doit donc prouver à son père et partant à tout le peuple qu’il dispose d’atouts nécessaires pour conduire convenablement les affaires du royaume. Pour ce faire, il doit subir trois épreuves afin de prouver qu’il a toutes les capacités pour être un pharaon digne de ce nom. Cela dit, Alain Surget va tout au long des 159 pages de ce roman montrer aux lecteurs les différentes épreuves par lesquelles le fils du roi est passé pour prouver à tous et principalement à son père qu’il est capable de lui succéder. Menîn doit faire ses preuves Un pharaon symbolise la force et la puissance. Et le roi de Haute-Egypte Antaref ne retrouve pas de telles qualités chez son fils. Pourtant ce dernier doit lui succéder au trône. Le Pharaon doit se rassurer et avec lui son peuple que son héritier est digne de diriger son royaume au temps opportun. La seule manière de s’en convaincre est de faire subir à ce dernier des tests. Et trois épreuves de taille sont choisies par le roi. L’objectif étant de démontrer que Minîn possède les atouts nécessaires pour diriger les affaires du royaume. Comme première épreuve, il doit affronter et vaincre le grand dieu crocodile nommé Solek. Celui-ci habite une caverne connue pour être humide et sombre. Pour ce qui est du deuxième test, le fils du roi devra livrer bataille contre Sekhmet la lionne qui se distingue à la fois par sa cruauté et surtout son côté sanguinaire. Pour y parvenir, il faudra se rendre dans les étendues arides du désert. Quant à la troisième épreuve, elle consiste à soutenir le dieu faucon Horus en contrant par tous les moyens les plans maléfiques de Seth. Au total, les tests sont spécifiquement choisis pour permettre à Minîn d’asseoir de manière définitive sa légitimité. Ce qui lui permettra de gouverner avec toute l’autorité nécessaire à son rang de pharaon. La question se pose dès lors de savoir si ce fils présenté comme mou et incapable parviendra à surmonter toutes ces différentes épreuves. A ce stade de l’analyse, il serait de difficile de répondre avec précision à cette question essentielle dans la mesure où Minîn ne montre aucun signe permettant de croire qu’il reviendra victorieux de ces différents tests. En effet, ce dernier a pour seul centre d’intérêt les animaux qui lui sont familiers. La rencontre avec Thouyi, un facteur déterminant dans la victoire de Minîn Pour chacune des épreuves auxquelles il est confronté, personne ne pouvait dire avec certitude si oui ou non Minîn avait la capacité de les surmonter de toutes. Toutefois, on peut dire que sa rencontre avec Thouyi, la voleuse surnommée l’hirondelle va aider le fils du roi à réussir les trois tests l’un après l’autre. Pour l’histoire, Thouyi est poursuivie pour avoir volé la pâtisserie du boulanger Natsi. C’est donc dans sa fuite qu’elle rencontre Minîn qui lui ne manque pas de lui dévoiler son identité et les raisons de sa présence aux abords du Nil. Après que les présentations soient faites, les deux vont unir leurs forces pour affronter ensemble les différentes épreuves. Pour ce faire, ils devront combattre les montagnes abruptes ainsi que l’hostilité d’un désert aride. Nos deux jeunes avec un courage extraordinaire affrontent avec la plus grande détermination les épreuves imposées par le roi Antaref à son fils. Ainsi, au prix de mille efforts, c’est d’abord Solek, le tout puissant dieu crocodile qui sera combattu par les deux jeunes plus jamais que liés. Ensuite, ils sortent victorieux de leur confrontation avec la lionne Sekhmet connue pour être non seulement très sanguinaire mais surtout d’une cruauté indescriptible. Enfin, ce sont les plans machiavéliques de Seth qui sont contrés par ce duo afin de soutenir Horus. On peut remarquer qu’au fil des épreuves, les deux jeunes sont plus déterminés et gagnent plus en assurance. Le prix du courage Minîn aidé de Thouyi dite l’hirondelle est parvenu à surmonter les différents tests que son père le roi Antaref lui a imposés afin de savoir s’il est capable de diriger de son royaume. Ce dernier a su fait montre d’un courage que personne dans cette Égypte antique ne pouvait prédire. En effet, les trois épreuves choisies par le pharaon son père sont très difficiles et même terrifiantes à en juger par l’identité des divinités à affronter. Mais malgré cela, Minîn qui avait l’apparence d’une personne molle et incapable va réussir ses différents tests. Avec cette histoire, on peut retenir qu’il ne faut pas juger les personnes sur l’apparence. Qui pouvait imaginer un seul instant que ce jeune fils de roi qui ne s’intéresse qu’aux animaux puisse affronter de telles épreuves ? Minîn a parfaitement démontré que le courage et la force sont souvent cachés en chaque homme et qu’il suffit d’un rien pour les mettre en mouvement. Grâce à son courage légendaire, ce dernier est parvenu à prouver à son père qu’il est capable de régner sur le peuple. Mieux grâce à son intelligence et sa sagesse, il réussit à réunifier les deux Égypte au cours de son règne.
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Bannide son chapitre par Maneus Calgar, le capitaine Urile Ventris doit s'enfoncer dans les profondeurs de l'effroyable Oeil de la Terreur pour faire pénitence et
L'OEIL D'HORUS 478697287 Notation Informations Données Documents Avis Situation Résumé Représentant légal personnalisez votre page logo, site web, réseaux sociaux, téléphone et description Vous connaissez les pratiques de paiement de cette société ? Donnez votre avis Cette société ne vous a pas réglé une facture ? Lancez une procédure Être alerté gratuitement en cas d’évolution Aucun retard de paiement signalé En savoir plus En savoir plus sur le traitement des données à caractère personnel
Oui être lycéen et avoir la rude tâche de contrer la Légion de l'oeil d'Horus n'est pas facile tous les jours. Heureusement, il peut compter sur les chasseurs de reliques de Vigilance, mais aussi sur son amie Louise et, bien entendu, sur sa grand-mère. Il peut aussi compter sur son humour, et il lui en faut, quand on voit ce qu'il doit affronter :
ENIM 1 - Bernard Mathieu - Les Enfants d`Horus, théologie et Institut d’égyptologie François Daumas UMR 5140 Archéologie des Sociétés Méditerranéennes » Cnrs – Université Paul Valéry Montpellier III Les Enfants d’Horus, théologie et astronomie Bernard Mathieu Citer cet article B. Mathieu, Les Enfants d’Horus, théologie et astronomie », ENIM 1, 2008, p. 7-14 ENiM – Une revue d’égyptologie sur internet est librement téléchargeable depuis le site internet de l’équipe Égypte nilotique et méditerranéenne » de l’UMR 5140, Archéologie des sociétés méditerranéennes » Les Enfants d’Horus, théologie et astronomie Enquêtes dans les Textes des Pyramides, 1 Bernard Mathieu Institut d’égyptologie François Daumas UMR 5140 CNRS - Université Paul-Valéry - Montpellier III F des relevés systématiques et par conséquent aussi exhaustifs que possible, en l’état actuel de la documentation, ces enquêtes proposent de faire le point, pour tenter d’en saisir la signification et la fonction, sur un acteur, un thème, une notion rencontrés dans les Textes des Pyramides TP 1. ONDÉES SUR Les Enfants d’Horus graphies et attestations Îr les Enfants d’Horus § 24d [N] § 643b [T] TP 1004 [P/F/Se 50] ses Enfants § 49+4 [Nt] § 766d [P] les Enfants de tes Enfants § 1983a [N] § 24d [TP 33], § 49+4 [TP N71 E], § 619b [TP 364], § 637b [TP 368], § 643b [TP 369], § 766d [TP 423], § 1338a, b [TP 544], § 1548a [TP 580], § *1823a [TP *644], § *1824h [TP N645 B], § 1828a, 1829a [TP 648], § *1859d [TP N658 A], § *1897a [TP N664 D], § 1983a [TP 670], § 2221b [TP N715 B], TP 1004. 1 Les conventions utilisées sont celles de la Mission archéologique française de Saqqâra MAFS voir notamment J. LECLANT, À la pyramide de Pépi I, la paroi Nord du passage A-F Antichambre - Chambre funéraire », RdE 27, 1975, p. 137, n. 3 ; A. LABROUSSE, L’Architecture des pyramides à textes, I. Saqqara Nord, BdE 114/1, 1996, p. 229231 ; C. BERGER-EL NAGGAR, J. LECLANT, B. MATHIEU, I. PIERRE-CROISIAU, Les textes de la pyramide de Pépy Ier. Édition. Description et analyse, MIFAO 118/1, Le Caire, 2001, p. 6-9. Ainsi, P/A/N 12-14 signifie Pépy Ier, antichambre, paroi nord, col. 12-14 », ce qui permet de localiser aussitôt le texte concerné. Sur la nécessité d’interpréter les Textes des Pyramides en fonction de leur emplacement, voir B. MATHIEU, La signification du serdab dans la pyramide d’Ounas. L’architecture des appartements funéraires royaux à la lumière des Textes des Pyramides », dans C. Berger, B. Mathieu éd., Études sur l’Ancien Empire et la nécropole de Saqqara dédiées à Jean-Philippe Lauer, OrMonsp IX/2, Univ. Paul Valéry, Montpellier, 1997, p. 289. 8 Bernard Mathieu Autres désignations Les Enfants d’Horus plutôt que Fils d’Horus », qui serait *S“.w Îr 2 sont appelés aussi les Bouclés § 339b [TP 263], § 355b [TP 265], § 360c [TP 266], § 724c [TP 412], § 1560b [TP 582], § 1841b [TP 654], les Connus du dieu R≈.w n†r § 815d [TP 440], version N, les Enfants d’Atoum Tm § 2057 [TP 684], les Enfants de Geb Gb § 1510a [TP 576], TP 1003, les Enfants de Nout § 2057 [TP 684], les Nobles du dieu nÚr § 815d [TP 440], la Progéniture d’Horus / Îr § 647b [TP 370], § 1333a [TP 541], § 1339c [TP 545], la Progéniture d’Horus de Khem Îr ⁄m § 2078c [TP 688], les Quatre Adolescents fdw Ω“.w § 1104c, 1105a, c [TP 507], les Quatre Connus du roi fdw R≈.w-nsw § 2078a [TP 688], les Quatre Dieux fdw § 1510a [TP 576], § 1548a [TP 580], TP 1046, les Quatre Esprits des Domaines fdw ”≈.w § 842b [TP 452], § 1092b [TP 505], TP 1069, les Quatre Émanations fdw § 2057 [TP 684], les Quatre Héliopolitains fdw § *1955a [TP N667 D] ?, les Quatre Passants fdw Sw“ § 355b [TP 265], les Quatre qui président Bouclés fdw ≈ § 1221a [TP 520], ou encore les Quatre Rasés ? fdw ‡©q[.w... ]n“ TP 1024. Enfin, les Enfants d’Horus peuvent être cités nommément, et dans un ordre, on le verra, qui n’est sans doute pas arbitraire § 149a-b [TP 215], § 552b [TP 338], § 601c [TP 359], § 1092c [TP 505], § 1097b-c [TP 506], § 1228a [TP 522], § 1333b [TP 541], § 1339c [TP 545], § 1483b [TP 573], § 1548b [TP 580], § 1983b [TP 670], § 2078b [TP 688], § 2101b [TP 690], TP 1069. Identité conceptuelle Il s’agit bien sûr d’Imséti, Hâpy, Douamoutef et Qébehsénouf, que l’iconographie traditionnelle dote respectivement d’une tête d’homme, de cynocéphale, de chacal et de faucon, mais on notera que rien, dans les TP, ne fait allusion à cette iconographie différenciée. Les Enfants d’Horus constituent aussi les Baou » dont Horus est pourvu Ìtm § 2101a, le papyrus MAFS T 2147 remplaçant justement Baou » par Enfants » dans sa version du TP 690 3. 2 Pour la traduction Enfants d’Horus » plutôt que Fils d’Horus », cf. CT VI, 110e [TS 520] Úwt s“≠k msw Îr, tu Imséti es son fils, un Enfant d’Horus ». 3 C. BERGER-EL NAGGAR, Des Textes des Pyramides sur papyrus dans les archives du temple funéraire de Pépy Ier », dans S. Bickel, B. Mathieu éd., D’un monde à l’autre. Textes des Pyramides et Textes des Sarcophages, BiEtud 139, 2004, p. 90, fig. 2. ENIM 1, 2008, p. 7-14 Les Enfants d’Horus, théologie et astronomie 9 Il s’agit en réalité non des enfants d’Horus le Jeune rnpwtj, le fils d’Osiris, mais de ceux d’Horus l’Ancien – une forme funéraire du créateur et donc d’Osiris – et d’Isis, comme l’explicitent les Textes des Sarcophages 4 Jmstj Îpy Dw“ jt≠sny Îr smsw ” pw. Imséti, Hâpy, Douamoutef et Qébehsénouf, leur père, c’est Horus l’Ancien, leur mère, c’est Isis. Ce passage des TS permet de bien interpréter le nom Horus » dans le chapitre 112 du Livre des Morts 5 Jr Jmstj Îpy Dw“ jt≠sn Îr ” Quant à Imséti, Hâpy, Douamoutef et Qébehsénouf, leur père, c’est Horus l’Ancien, leur mère, c’est Isis. C’est en fonction de leur identité foncière de fils ou descendants du créateur qu’on peut aussi nommer les Enfants d’Horus, selon les cas, Enfants d’Atoum § 2057, Enfants de Geb § 1510a, Enfants de Nout § 2057 ou encore Progéniture d’Horus de Khem § 2078c. De ce point de vue, les Enfants d’Horus tiennent par rapport au créateur une position strictement équivalente à celle qu’occupent Chou et Tefnout, les enfants jumeaux d’Atoum ou de Rê. Illustration de cette équivalence paradigmatique, après avoir établi que les bras et les jambes du défunt n’étaient autres que les Enfants d’Horus, la formule TP 215 associe ses membres aux jumeaux d’Atoum tes bras, ce sont Hâpy et Douamoutef – quand tu as besoin de monter au ciel, et tu monteras –, tes jambes, Imséti et Qebehsénouf – quand tu as besoin de descendre au Ciel inversé, et tu descendras – tes membres, les jumeaux d’Atoum, les Impérissables » § 149a-c. De même, dans la formule TP 452, la mention de la pureté de Chou et de la pureté de Tefnout est immédiatement suivie de celle de la pureté des Quatre Esprits § 842a-b. Une équivalence similaire ressort de la formule TP 338 N n’aura pas soif grâce à Chou, N n’aura pas faim grâce à Tefnout, ce sont Hâpy, Douamoutef, Qébehsénouf et Imséti qui chasseront cette faim qui est dans le ventre de N, cette soif qui est sur les lèvres de N » § 552a-d. Autre indice clair de ce parallélisme, de même que Chou et Tefnout incarnent la Vie et la Maât, selon un passage célèbre des TS 6, on dit précisément des Enfants d’Horus dans les TP qu’ils vivent de Maât » ©n≈.jw m M“©.t § 1483b. Autant dire que ces quadruplés » forment une émanation quadripartite du créateur dont la fonction est à considérer d’une manière plus conceptuelle que généalogique ; les nommer les Quatre Émanations fdw § 2057, en effet, revient à voir en eux, avant tout, une expansion de l’unité du principe créateur Tm. Il est important de préciser ici que le créateur, précisément, ne les engendre pas jrj, mais qu’il les enfante msj, de même qu’il crée leur nom § 1983c, TP 1069, un rôle traditionnellement dévolu, comme on sait, à la mère 7. C’est qu’il est question ici de génétique divine, où le géniteur est à la fois père et mère, et, plus encore, d’un discours métaphorique sur l’essence du divin. Identité fonctionnelle Plus conceptuelle aussi qu’anatomique est l’association de Hâpy et Douamoutef aux bras du défunt et de Imséti et Qebehsénouf à ses jambes § 149a-b. C’est à ce titre bien sûr que les Enfants d’Horus peuvent porter » le défunt f“j § 637c, 1338c, 1340a, *1823b, 1829b, le soulever » 4 CT II, 345c-346a [TS 157]. Papyrus de Nou, BM 10477. 6 CT II, 32d-e [TS 80] ¢n≈ rn≠f M“©.t rn≠s, son nom à lui est Vie, son nom à elle est Maât ». 7 G. POSENER Sur l’attribution d’un nom à un enfant », RdE 22, 1970, p. 204-205. 5 10 Bernard Mathieu wÚs § 619b, *1824h ou le redresser » Ús § *1897a, 1983a. On rappellera que ce jeu d’association est clairement illustré par un principe de décoration des cercueils, où les inscriptions concernant deux des Enfants d’Horus généralement Hâpy et Imséti sont situées près de la tête nord tandis que les inscriptions concernant les deux autres sont situées près des pieds sud 8. C’est parce qu’ils portent le défunt que les Enfants d’Horus sont susceptibles de lui apporter le bac du passeur confectionné par Khnoum § 1228a-b ou de fabriquer l’échelle qui lui permettra de monter au ciel § 2078a-2079d. Soutiens du défunt et étais du cercueil, les Enfants d’Horus sont fort logiquement susceptibles de représenter, dans les TS, les quatre piliers du ciel. Dès les TP, du reste, les Enfants d’Horus sont répartis par couple de part et d’autre du défunt Ces quatre Esprits qui sont avec N, ce sont Hâpy, Douamoutef, Imséti et Qébehsénouf, deux d’un côté et deux de l’autre » § 1092b-d. On les trouve également assis sur le côté oriental du ciel…, ces quatre adolescents aux cheveux noirs de jais, assis à l’ombre de la tour de Qati » § 1105b-d, comme s’ils gardaient l’Orient de l’univers. C’est une répartition nord-sud, on s’en souvient, qui sera adoptée dans la tombe royale d’Aÿ, où Douamoutef et Qebehsénouf portent la couronne blanche, tandis qu’Imséti et Hâpy portent la couronne rouge. De manière plus élaborée encore, les Enfants d’Horus peuvent ne constituer que le flanc droit gs jmnj du défunt, assimilé à Horus, tandis que le flanc gauche gs j“btj, à savoir Seth, est composé du groupe quadripartite et partiellement féminin Celui qui a frappé Djénédérou, Celui qui préside à ses deux colonnes, Nephthys et Mékhenti-irti § 601c-f. On voit clairement à l’œuvre ici un processus rationnel, presque cartésien », de subdivision, depuis le créateur unique jusqu’à la répartition en huit instances divines en passant par le couple Chou et Tefnout et les quatre Enfants d’Horus, processus destiné à expliciter la définition d’un concept compact. Ce passage annonce aussi le couplage futur de chacun des Enfants d’Horus avec l’une des quatre déesses protectrices que sont Isis Imséti, Nephthys Hâpy, Neith Douamoutef et Serqet Qébehsénouf, dont le coffret d’albâtre de Toutânkhamon fournit l’une des plus célèbres illustrations. Les Enfants d’Horus sont censés avoir frappé au sang l’adversaire du défunt § 643b. Une formule leur attribue, comme offrande carnée, le contenu des entrailles de l’adversaire d’Osiris § 1548a-b ; une autre leur réserve à chacun une partie du corps de cet adversaire Ils les Quatre Esprits te l’amèreront, sacrifié comme un taureau de sacrifice, étendu comme un taureau étendu, transpercé comme un taureau transpercé, sa tête étant pour Hâpy, son épaule pour Douamoutef, ses côtes pour Qébehsénouf, le contenu de ses entrailles pour Imséti » TP 1069. Enfants d’Horus et génétique funéraire Du point de vue des conceptions funéraires, les Enfants d’Horus, répartis dans la cuve à canopes » ou les vases canopes », permettent de compléter la reconstitution du corps du défunt en lui restituant ses viscères ou éléments mous » et en recomposant ainsi son ventre » ou tronc » réceptacle matériel ou contenant » dont la conscience jb est le contenu » immatériel 9. 8 Sur le lien entre Hâpy et Imséti et les bras, d’une part, et Douamoutef et Qebehsénouf avec les jambes, d’autre part, qui s’explique par ou qui explique la décoration des cercueils, cf. CT VI, 391r-392d [TS 761] et H. WILLEMS, Chests of Life, MVEOL 25, Leiden, 1988, p. 140-141 ; G. MEURER, Die Feinde des Königs in den Pyramidentexten, OBO 189, 2002, p. 186-187. 9 Sur l’association des Enfants d’Horus avec les viscères du défunt, voir par exemple GARDINER, AEO II, p. 245*253* ; S. AUFRÈRE, RdE 36, 1985, p. 23-24 et n. 25. Sur le rôle des Enfants d’Horus / vases canopes dans la génétique » funéraire, voir principalement Th. BARDINET, Les Papyrus médicaux de l’Égypte pharaonique, Fayard, ENIM 1, 2008, p. 7-14 Les Enfants d’Horus, théologie et astronomie 11 Le processus est évoqué dans la formule TP 580 le contenu de ses entrailles appartient à ces quatre dieux, les Enfants d’Horus bien-aimés, Hâpy, Imséti, Douamoutef, Qébehsénouf » § 1548ab. Mais aussi dans le TP 595 Je t’apporte ta conscience pour te la placer dans ton ventre, comme Horus a apporté la conscience à sa mère Isis, comme Isis a apporté la conscience à son fils Horus » § 1640a-c. Ces nouveaux viscères », à la différence des organes humains, sont imputrescibles C’est N, l’unique de ces Quatre Êtres, les Enfants d’Atoum et les Enfants de Nout, qui ne sauraient se putréfier – ce N ne se putréfiera pas, qui ne sauraient se corrompre – ce N ne se corrompra pas, qui ne sauraient tomber du ciel à terre – ce N ne tombera pas du ciel à terre » § 2057-2058d. C’est sans doute en raison de cette fonction spécifique qu’on voit les Enfants d’Horus intervenir dans des actes rituels comme celui de laver le visage du défunt § 601b-c, 1983b-d, de le purifier § 842b, de lui ouvrir la bouche § 1983b-e, ou d’apaiser sa faim et étancher sa soif § 552a-d. Rien ne permet d’affirmer que dès les TP les Enfants d’Horus sont associés chacun à un organe spécifique, même si la chose est probable. La documentation postérieure produit généralement le système suivant Imséti foie Hâpy poumons et bronches wf“w, parfois la rate n‡nm Douamoutef rate, parfois poumons ou estomac mnƒr Qébehsénouf *intestins et autres viscères Fondée sur une paronomase forte / l’association systématique Imséti-foie a de bonnes chances d’être particulièrement ancienne et déjà à l’œuvre au moment de la rédaction des TP. Quant à l’association Qébehsénouf-intestins, tout aussi systématique et sans doute ancienne elle aussi, elle pourrait expliquer le rôle majeur que joue manifestement ce personnage au sein du quatuor ; le mot intestin », en effet, signifie étymologiquement ce qui est dans le ventre » ; Qébehsénouf pouvait ainsi, à lui seul, représenter collectivement l’ensemble de la progéniture. Le caractère éminent de Qébehsénouf ressort également, comme on va le voir, dans le domaine des représentations astronomiques. Enfants d’Horus et astronomie un double astérisme Les Enfants d’Horus ont, de fait, suscité des astérismes chez les Égyptiens, c’est-à-dire que leur ont été attribués des correspondants astronomiques, dans le ciel du sud comme dans le ciel du nord 10. Le ciel du sud, en effet, offrait un bel exemple d’astérisme dans lequel un groupe de trois étoiles, notre Baudrier d’Orion, apparaît comme entouré de quatre autres ; il était aisé d’y reconnaître Osiris protégé par les quatre Enfants d’Horus, c’est-à-dire, rappelons-le, ses propres émanations. Coll. Penser la médecine », Paris, 1995, p. 74-79. Sur le motif iconographique des Enfants d’Horus dressés sur le lotus, voir Fr. SERVAJEAN, Le lotus émergeant et les quatre Enfants d’Horus analyse d’une métaphore physiologique », dans, S. Aufrère éd., Encyclopédie religieuse de l’univers végétal II, OrMonsp XI, 2001, p. 261-297 mais l’analyse de l’auteur entérine la confusion entre Horus l’Ancien et Horus le Jeune, ce dernier étant considéré comme le père des Enfants d’Horus. 10 Le sujet est abordé par W AINWRIGHT, A pair of Constellations », dans Studies presented to Ll. Griffith, London, 1932, p. 373-382 ; M. ROCHHOLZ, Schöpfung Feindvernichtung, Regeneration, Untersuchung zum Symbolgehalt der machtgeladenen Zahl 7 im alten Ägypten, ÄAT 56, Wiesbaden, 2002, p. 25-34. 12 Bernard Mathieu Ainsi se comprend la précision géographique donnée à propos des Nobles du dieu, penchés sur leurs supports djâm, qui veillent sur la Haute-Égypte » § 816a [TP 440]. La formule TP N570 A version P semble bien faire allusion elle aussi à cet astérisme Dieux du ciel inversé, Impérissables, qui parcourez le pays des Libyens appuyés sur vos sceptres djâm, ce N s’appuiera avec vous sur le sceptre ouas et le sceptre djâm, car c’est N, votre quatrième ! Dieux du ciel inversé, Impérissables, qui parcourez le pays des Libyens appuyés sur vos sceptres djâm, ce N s’appuiera avec vous sur le sceptre ouas et le sceptre djâm, car c’est N, votre cinquième ! » § 1456b-1458a. On est tenté de voir dans ces Impérissables les étoiles principales de l’astérisme de Sah notre Baudrier d’Orion. Le défunt serait ainsi assimilé, en tant que quatrième, à l’étoile de plus forte magnitude Rigel = Qébehsénouf parmi les quatre qui entourent le Baudrier Bételgeuse, Bellatrix, Saïph, Rigel = alpha, gamma, kappa, bêta Orionis, et, en tant que cinquième, au Baudrier d’Orion lui-même Osiris, entouré des quatre Enfants d’Horus. La cinquième stance de l’ hymne numérique » 11 évoque subtilement Osiris, sous le nom révélateur de Ténébreux », et sous la forme du Baudrier d’Orion S“Ì, dont les Enfants d’Horus sont les voisins s“ H“~n N n m““ Tnmw djw-nw≠Ún sb“.w s“ S“Ì. Ce N est descendu pour voir le Ténébreux, votre cinquième, astres qui êtes voisins d’Orion 12. Le ciel du nord fournissait lui aussi, avec notre Grande Ourse, un magnifique astérisme susceptible d’intégrer la figure d’Osiris et celles des Quatre Enfants. On sait par le chapitre 17 du Livre des Morts que les Enfants d’Horus faisaient partie intégrante de cette constellation Jr ƒ“ƒ“.t Ì“ Wsjr, Jmstj Îpy Dw“ n“ pw m-s“ p“ ⁄p‡ m Quant à l’assemblée qui entoure Osiris, à savoir Imséti, Hâpy, Douamoutef et Qébehsénouf, ce sont ceux qui se trouvent à l’arrière de la Patte avant Grande Ourse dans le ciel du nord 13. Mais à la différence de ce qui se passait dans le ciel du sud, Osiris y est invisible, et aux quatre Enfants d’Horus sont joints trois divinités supplémentaires qui complètent la constellation Jr ”≈.w 7 Jmstj Îpy Dw“ QbÌ-snw≠f M““-jt≠f ßry-b“q≠f Îr-⁄ rd≠tw≠sn jn Jnpw m s“ ny.t Wsjr. Et quant à ces sept Esprits, Imséti, Hâpy, Douamoutef, Qébehsénouf, Maaitef, Khérybaqef et HorusKhentyirty, ils ont été placés par Anubis comme protection de la sépulture d’Osiris. La présence parallèle des Enfants d’Horus dans les deux ciels apparaît dans la formule TP 576 C’est N, l’un de ces Quatre Dieux, Enfants de Geb, qui parcourent la Haute-Égypte et qui parcourent la Basse-Égypte, debout sur leurs sceptres djâm, oints d’huile hatet, vêtus d’étoffe idémi, qui vivent de figues et boivent du vin » § 1510a-1511b. Le fait qu’Osiris Horus l’Ancien soit 11 Il s’agit d’une suite de neuf formules, distinctes les unes des autres mais formant un groupe cohérent, dont chacune contient au moins un terme évoquant ou désignant un ordinal premier représenté par le mot Wr, Vénérable », deuxième sn-nw, troisième ≈mt-nw, quatrième fdw-nw, cinquième djw-nw, sixième sjsw-nw, septième sf≈-nw, huitième ≈mnw-nw et neuvième représenté par le verbe psƒ, briller. Cette composition, à présent, est attestée six fois dans le corpus des TP chez Téti, sur la paroi nord de l’antichambre T/A/N 47-52, en deux endroits chez Pépy Ier, sur la paroi nord de l’antichambre P/A/N 12-14 et sur la paroi ouest de la section antérieure » de la descenderie P/D ant/W 1-10 = P 791-798, chez Mérenrê, sur la partie ouest de la paroi nord de la chambre funéraire M/F/Nw B 40-42 et C 1-11, chez Pépy II, sur la partie ouest de la paroi nord de la chambre funéraire N/F/Nw A 3-7 = N 577-579+1, et enfin chez Neit, également sur la partie ouest de la paroi nord de la chambre funéraire Nt/F/Nw A 9-15 = Nt 9-15. 12 § 1579 [TP N585 E] = § 1852 [TP N657 C] = § *2268e [TP N738 C]. 13 Papyrus de Nebsény, BM 9900. ENIM 1, 2008, p. 7-14 Les Enfants d’Horus, théologie et astronomie 13 doublement présent, dans le ciel du sud et le ciel du nord, est magnifiquement exprimé dans le Spell 1143 des Textes des Sarcophages 14 Îr smsw Ìry-jb sb“.w Ìry.w ≈ft ßry.w. Horus l’Ancien qui es au cœur des astres d’en haut comme des astres d’en bas. Enfants d’Horus et astronomie ordres de succession En conclusion de ces analyses, la question se pose de la pertinence de l’ordre de présentation des Enfants d’Horus lorsqu’ils sont cités nominativement. La succession Hâpy, Douamoutef, Imséti, Qébehsénouf HDIQ, majoritaire dans les TP § 149a-b, 1092c, 1097b-c, 1333b, 1339c, 2101b, semble bien se rapporter aux étoiles entourant le Baudrier d’Orion S“Ì en égyptien Hâpy, Douamoutef correspondraient à Bételgeuse alpha et Bellatrix gamma, tandis que Imséti kappa et Qébehsénouf bêta correspondraient à Saïph et Rigel la plus brillante. La formule TP 215, déjà citée, paraît assez explicite tes bras, ce sont Hâpy et Douamoutef — quand tu as besoin de monter au ciel, et tu monteras –, tes jambes, Imséti et Qebehsénouf – quand tu as besoin de descendre au Ciel inversé, et tu descendras — tes membres, les jumeaux d’Atoum, les Impérissables » § 149a-c ; l’astérisme d’Orion comme figurant le tronc d’Osiris auquel se rattachent bras et jambes se dessine ici clairement, même si elle n’était pas encore explicite au moment de la rédaction des TP. La formule TP 505 va dans le même sens Ces quatre Esprits qui sont avec N, ce sont Hâpy, Douamoutef, Imséti et Qébehsénouf, deux d’un côté et deux de l’autre » § 1092b-d. La succession Imséti, Hâpy, Douamoutef, Qébehsénouf IHDQ, quant à elle, évoquerait plutôt les quatre étoiles formant le quadrilatère de la Grande Ourse Megrez, Phecda, Merak, Dubhe la plus brillante = delta, gamma, beta, alpha Ursa Major. C’est ce qui ressort du chapitre 17 de Livre des Morts cité plus haut quant à l’assemblée qui entoure Osiris, à savoir Imséti, Hâpy, Douamoutef et Qébehsénouf, ce sont ceux qui se trouvent à l’arrière de l’Épaule dans le ciel du nord », mais aussi de la formule TP 688, où les Enfants d’Horus, énumérés dans le même ordre, sont nommés Progéniture d’Horus de Khem Létopolis », et par conséquent localisée au Nord. On doit signaler un seul contre-exemple, sur les quatorze cas où les Enfants d’Horus sont listés, dans lequel la séquence IHDQ évoque Orion c’est ce N, l’unique de ces quatre dieux, Imséti, Hâpy, Douamoutef, Qébehsénouf, qui vivent de Maât, appuyés sur leur sceptres djâm, les veilleurs du Pays du Sud » § 1483a-d. Les autres configurations, dans cette hypothèse, n’ont pas de légitimité astronomique définie ; minoritaires, elles n’interviennent pas, de fait, dans un contexte astronomique mais dans celui du rituel funéraire il s’agit de HDQI § 552b, TP 1069 et de HIDQ § 1228a, 1548b. Les deux figures ci-dessous tentent de rendre compte, de la manière la plus simple, de ce qu’a pu être, dans les temps anciens, la double transposition astronomique des Enfants d’Horus, émanations conceptuelles du principe créateur. 14 CT VII, 491h. 14 Bernard Mathieu Ciel du sud, Orion. Osiris visible Baudrier entouré par les Enfants d’Horus Ciel du nord, Grande Ourse. Osiris invisible entouré par les Enfants d’Horus suivis de leurs trois compagnons ENIM 1, 2008, p. 7-14 Résumé Les Enfants d'Horus théologie et astronomie. Une enquête menée sur les Enfants d'Horus Hâpy, Douamoutef, Imséti et Qébehsénouf dans les Textes des Pyramides permet de mettre en relief leur véritable identité théologique, leurs fonctions essentielles, ainsi que les correspondants que les Égyptiens leur avaient attribués dans le ciel nocturne, au sein des constellations que nous nommons Orion et la Grande Ourse. Abstract The Sons of Horus Theology and Astronomy A synthetic study of the Sons of Horus Hâpy, Duamutef, Imseti and Qebehsenuf in the Pyramid Texts is proposed, showing their genuine theological nature, their main functions, and the celestial correspondants the Egyptian gave them in the night sky, inside the constellations we call Orion and Great Bear Ursa Major. ENiM – Une revue d’égyptologie sur internet.
Quantau rapport Vierge-Soleil, qu’indique la qualité de Garûda, fils de Vinâta, et d’Horus, fils d’Isis, elle nous est confirmée en plusieurs points du globe. Perséphone, la Vierge Perdue, est emportée par des chevaux blancs du Royaume des Morts au sommet de l’Olympe. Le Dumuzi de Kish et de Syrie était également le fils de la Déesse des Moissons, ainsi que le héros
peinture abstraite mythologie œil d'horus 40X50 CM SUR TOILE Envoie rapide et soigné À propos de cette œuvre Classification, Techniques & Styles Acrylique Peinture utilisant des pigments traditionnels... peinture abstraite mythologie œil d'horus 40X50 CM SUR TOILE Envoie rapide et soigné

Résumérapide de L'oeil d'Horus : Elle se passe durant l’Egypte antique, c’est à dire 3000 ans avant Jésus-Christ. Le livre raconte l’histoire du fils du roi de Haute-Egypte. Il est doux et n’a pas l’envergure d’être roi. Son père lui demande de partir accomplir trois exploits importants.

1 L’identité du macrocosme et du microcosme est semble-t-il ce qui a fasciné Marguerite Yourcenar da ... 1Œuvre méditative autant que narrative, les Mémoires d’Hadrien ont assez d’ampleur pour embrasser tout un empire, assez de hauteur pour relier l’avenir au souvenir. Si la profondeur du texte tient à la complexité du feuilletage générique et à la densité de l’expérience du protagoniste, elle relève également d’un vertigineux jeu de miroirs qui confine à la mise en abîme. L’histoire de l’homme dans l’empire est aussi l’histoire de l’un dans le tout. Tout nous échappe, et tous, et nous-même », concède Marguerite Yourcenar dans les Carnets de notes p. 331. Dans ce demi-aveu de faiblesse de l’écrivain réside sans doute la clef de sa force la certitude humaniste qu’il n’existe pas de solution de continuité de tout » à nous-même », que le microcosme d’un être peut refléter le macrocosme des hommes, et le microcosme d’un livre, le macrocosme du monde1. Aussi les Mémoires d’Hadrien peuvent-ils se lire comme une œuvre réflexive, voire autoréflexive. Dans le livre, la bibliothèque 2 Sur les rapports de Marguerite Yourcenar et Jorge Luis Borges, voir Achmy Halley, Marguerite Yourc ... 2Grande admiratrice de Borges2, auquel elle rendit visite six jours avant qu’il ne meure, Marguerite Yourcenar avait comme lui la fascination du labyrinthe Le Labyrinthe du monde, tel est le titre qu’elle donne à sa trilogie familiale, et le territoire que ne cesse d’explorer son œuvre. Comme Borges toujours, elle sait qu’une bibliothèque est tout ensemble un monde et un labyrinthe ; nouvelle Ariane, elle invite le lecteur à suivre le fil des lectures d’Hadrien, qui en disent aussi beaucoup sur son propre monde de livres. La bibliothèque d’Hadrien 3 L’une des meilleures manière de recréer la pensée d’un homme reconstituer sa bibliothèque » dans cette remarque des Carnets de notes p. 327, Marguerite Yourcenar livre l’un des secrets de fabrication » de son ouvrage, qui n’a cependant rien de la méthode servilement appliquée. La nécessité de cette reconstitution s’est, à l’en croire, imposée à elle comme en dépit d’elle Durant des années, d’avance, et sans le savoir, j’avais ainsi travaillé à remeubler les rayons de Tibur » ibid. De ces recherches mi-archéologiques, mi-bibliophiliques, les Mémoires d’Hadrien portent la trace. Ils sont jalonnés d’allusion aux lectures du protagoniste, qui agissent comme autant d’éléments de caractérisation d’Hadrien. Mais dans les goûts, les dégoûts et les engouements littéraires du personnage se lisent aussi, souvent en creux, certains choix littéraires de l’auteur. 4Que les préférences littéraires d’un individu contribuent à le définir, la diégèse le suggère comme les paratextes. Ainsi, lorsqu’Hadrien veut caractériser Lucius, il évoque le poète favori de l’adolescent, dont le nom seul suffit à dessiner l’audace séduisante du jeune patricien Martial était son Virgile il récitait ses poésies lascives avec une effronterie charmante » p. 122. Mais Lucius est surtout saisi à travers le prisme du regard et des lectures d’Hadrien très vite, c’est à ses propres goûts que celui-ci recourt pour compléter le portrait, et il affirme ainsi comme incidemment sa préférence pour la poésie amoureuse, qu’elle appartienne aux temps passé de la Grèce, avec Callimaque, ou qu’elle lui soit contemporaine, avec Straton L’image de Lucius adolescent se confine à des recoins plus secrets du souvenir un visage, un corps, l’albâtre d’un teint pâle et rose, l’exact équivalent d’une épigramme amoureuse de Callimaque, de quelques lignes nettes et nues du poète Straton » ibid. 5Très tôt dans sa lettre à Marc Aurèle, Hadrien a en effet affirmé sa passion de la poésie. Épris de rhétorique, il dit avoir été plus profondément marqué encore par ses lectures poétiques. L’amateur de la vie et de ses plaisirs est même alors tenté de donner la préséance à la littérature La lecture des poètes eut des effets plus bouleversants encore ; je ne suis pas sûr que la découverte de l’amour soit nécessairement plus délicieuse que celle de la poésie. Celle-ci me transforma l’initiation à la mort ne m’introduira pas plus loin dans un autre monde que tel crépuscule de Virgile. Plus tard, j’ai préféré la rudesse d’Ennius, si près des origines sacrées de la race, ou l’amertume savante de Lucrèce, ou, à la généreuse aisance d’Homère, l’humble parcimonie d’Hésiode. J’ai goûté surtout les poètes les plus compliqués et les plus obscurs, qui obligent ma pensée à la gymnastique la plus difficile, les plus récents ou les plus anciens, ceux qui me frayent des voies toutes nouvelles ou m’aident à retrouver les pistes perdues. Mais, à cette époque, j’aimais surtout dans l’art des vers ce qui tombe le plus immédiatement sous les sens, le métal poli d’Horace, Ovide et sa mollesse de chair. p. 44 6Dans cette énumération, Marguerite Yourcenar réunit bien des traits caractéristiques de son personnage, changeant, variable, attiré à la fois par la pureté de l’expression et la complexité de l’esprit humain, aimanté par les extrêmes, fasciné par la Grèce et attaché à Rome. Mais ce qu’Hadrien éprouve au fil de ses lectures reflète également ce que Marguerite Yourcenar offre à ses lecteurs une œuvre narrative, comme celles des poètes épiques, mythique, comme celle d’Hésiode et méditative, comme celle de Lucrèce, mais aussi une ouverture vers un autre monde » d’amour et de mort, que l’on pénètre au prix, sinon d’une gymnastique difficile », du moins d’un effort de compréhension, et dans lequel on parcourt autant de voies nouvelles » que de pistes perdues ». Ces pistes perdues », l’empereur les explore de nouveau après la mort d’Antinoüs, et les évoque dans une méditation sur ses lectures qui constitue en quelque sort le double endeuillé de celle de Varius, multiplex, multiformis ». Ses choix se sont alors resserrés, ses goûts se sont mués en obsessions, mais l’auteur entremêle de nouveau les caractéristiques de son personnage et celles de sa propre écriture Les poètes aussi m’occupèrent ; j’aimais à conjurer hors d’un passé lointain ces quelques voix pleines et pures. Je me fis un ami de Théognis, l’aristocrate, l’exilé, l’observateur sans illusion et sans indulgence des affaires humaines, toujours prêt à dénoncer ces erreurs et ces fautes que nous appelons nos maux. Cet homme avait goûté aux délices poignantes de l’amour ; [...] l’immortalité qu’il promettait au jeune homme de Mégare était mieux qu’un vain mot, puisque ce souvenir m’atteignait à une distance de plus de six siècles. Mais, parmi les anciens poètes, Antimaque surtout m’attacha ; j’appréciais ce style obscur et dense, ces phrases amples et pourtant condensées à l’extrême, grandes coupes de bronze emplies d’un vin lourd. [...] Il avait passionnément pleuré sa femme Lydé ; il avait donné le nom de cette morte à un long poème où trouvaient place toutes les légendes de douleur et de deuil. Cette Lydé, que je n’aurais peut-être pas remarquée vivante, devenait pour moi une figure familière, plus chère que bien des personnages féminins de ma propre vie. Ces poèmes, pourtant presque oubliés, me rendaient peu à peu ma confiance en l’immortalité. p. 235-236 7Les styles respectifs de Théognis et Antimaque ne sont pas sans rapport avec celui que Marguerite Yourcenar prête à Hadrien, sans illusion et sans indulgence », dense », ample et pourtant condensé à l’extrême », et de même que Théognis et Antimaque assurent l’immortalité de Cyrnus et Lydé, Marguerite Yourcenar fait revivre Hadrien et Antinoüs, les rend, le temps d’une lecture, plus familiers aux lecteurs que leurs contemporains. 3 Marguerite Yourcenar elle-même désigne très clairement Mémoires d’Hadrien comme une œuvre poétique ... 4 Sur ce sujet, voir Rémy Poignault, Hadrien et le monde des lettres », dans L’Antiquité dans l’œu ... 5 Les messages affluèrent ; Pancratès m’envoya son poème enfin terminé ; ce n’était qu’un médiocre ... 8La poésie, en particulier amoureuse ou élégiaque, occupe ainsi une large part de la bibliothèque d’Hadrien ; c’est encore à ce genre qu’il se réfère pour retracer l’atmosphère qui enveloppe ses liaisons adultères avec des patriciennes C’était le monde de Tibulle et de Properce une mélancolie, une ardeur un peu factice, mais entêtante comme une mélodie sur le mode phrygien » p. 74. Le théâtre en revanche semble tenir peu de place dans son paysage littéraire hormis le texte de Lycophron lu lors de la rencontre avec Antinoüs p. 169, l’unique évocation d’une pièce de théâtre réside dans l’anecdote sinistre de la tête de Crassus lancée de main en main comme une balle au cours d’une représentation des Bacchantes d’Euripide, qu’un roi barbare frotté d’hellénisme donnait au soir d’une victoire » p. 93 – la catharsis fait alors totalement défaut, puisque Crassus décapité redouble l’horreur de Penthée démembré. L’histoire, en revanche, figure en bonne place dans les lectures d’Hadrien. L’entreprise historique, même menée sans génie, lui semble toujours estimable, ainsi qu’en témoigne sa remarque à propos de Phlégon Le style de Phlégon est fâcheusement sec, mais ce serait déjà quelque chose que de rassembler et d’établir les faits » p. 235. Au même titre que la poésie, l’histoire est dotée d’une puissance émotionnelle telle que les vies lues transcendent l’expérience vécue ; la rencontre avec Plutarque, bien que relatée sur le mode pudique de l’allusion, constitue ainsi à n’en pas douter l’un des sommets de la vie littéraire d’Hadrien, et peut-être de toute son existence À Chéronée, où j’étais allé m’attendrir sur les antiques couples d’amis du Bataillon Sacré, je fus deux jours l’hôte de Plutarque. J’avais eu mon Bataillon Sacré bien à moi, mais, comme il m’arrive souvent, ma vie m’émouvait moins que l’histoire » p. 87. Poésie, histoire, les genres favoris de l’empereur sont donc ceux-là même qui constituent la matière des Mémoires d’Hadrien3. Si Marguerite Yourcenar cite les auteurs qu’a véritablement lus son personnage, et qu’elle-même a longuement fréquentés au cours de sa gigantesque entreprise de reconstruction documentée4, elle n’en met pas moins l’accent sur certaines préférences, ou certains aspects qui font signe vers sa propre écriture. Hadrien, laisse-t-elle entendre, n’a guère trouvé de poète ou d’historien à sa mesure pour chanter ses émotions ou retracer son règne les textes composés à l’occasion de la mort d’Antinoüs sont médiocres5, le style de Phlégon laisse à désirer. Aussi devient-elle ce patient biographe du futur dont, non sans ironie, elle fait décrire à Hadrien la tâche difficile Les Suétones de l’avenir auront fort peu d’anecdotes à récolter sur moi », présage-t-il en se félicitant de la discrétion de ses proches p. 140 ; une fois n’est pas coutume, les talents oraculaires d’Hadrien se trouvent démentis. 9Tout concorde dans la bibliothèque réinventée par Marguerite Yourcenar les événements de la vie d’Hadrien et ceux que retracent ses lectures, les goûts du personnage et les procédés de sa créatrice. Et c’est précisément dans des phénomènes d’étroites correspondances, gages de vérité, que réside le critère à l’aune duquel l’empereur juge de la qualité d’une œuvre littéraire. De Polémon notamment, il aime l’authenticité, perceptible dans l’inventio comme dans l’actio. La rhétorique chez lui n’est pas un masque mais un révélateur Le rhéteur Polémon, le grand homme de Laodicée, qui rivalisait avec Hérode d’éloquence, et surtout de richesses, m’enchanta par son style asiatique, ample et miroitant comme les flots d’un Pactole cet habile assembleur de mots vivait comme il parlait, avec faste » p. 176. De même, son jeu est on ne peut plus sérieux Il y avait de l’acteur en Polémon, mais les jeux de physionomie d’un grand comédien traduisent parfois une émotion à laquelle participent tout une foule, tout un siècle » p. 192. À l’inverse, dans la colère que Juvénal fait naître chez l’empereur, le dégoût de l’hypocrisie le dispute au sentiment de l’offense Juvénal osa insulter dans une de ses Satires le mime Pâris, qui me plaisait. J’étais las de ce poète enflé et grondeur ; j’appréciais peu son mépris pour l’Orient et la Grèce, son goût affecté pour la prétendue simplicité de nos pères, et ce mélange de descriptions détaillées du vice et de déclamations vertueuses qui titille les sens du lecteur tout en rassurant son hypocrisie. p. 249 10Trop conscient sans doute de ses propres faiblesses il ne cache pas que son attachement pour Pâris contribue à le dégoûter de Juvénal, Hadrien ne recourt lui-même que très rarement au registre de la satire, si ce n’est, précisément, pour railler Juvénal, ou pour dresser la galerie de portraits légèrement caricaturale des hommes de lettres dont il s’est entouré p. 139-140 – mais la raillerie se nuance alors de tendresse. Un personnage en particulier cristallise son mépris de la littérature inauthentique il s’agit de la bien nommée Julia Balbilla. Le nom de cette authentique poétesse proche de Sabine évoque irrésistiblement un babil ou un balbutiement au mieux insignifiant, au pire irritant. La première mention que fait d’elle Hadrien est déjà teintée de condescendance [Sabine] ne s’entourait que de femmes de lettres inoffensives. La confidente du moment, une certaine Julia Balbilla, faisait assez bien les vers grecs » p. 206. Mais bientôt, l’inoffensive faiseuse se métamorphose en personnage repoussoir, dont la prolixité est signe d’inauthenticité. Devant le colosse de Memnon, l’inépuisable Julia Balbilla enfant[e] sur-le-champ une série de poèmes » p. 222 qui contrastent avec l’inscription minimaliste laissée par Hadrien. Celui-ci grave en grec une forme abrégée et familière de son nom » p. 223 et, là où les vers de Julia Balbilla semblaient n’être que vacuité, cette inscription à proprement parler lapidaire suffit à faire naître la conscience de l’instant et le bouleversant souvenir des vingt ans qu’Antinoüs n’atteindra jamais. Au seuil de la mort, Hadrien se remémore sans le nommer cet épisode déchirant Audivi voces divinas... La sotte Julia Balbilla croyait entendre à l’aurore la voix mystérieuse de Memnon j’ai écouté les bruissements de la nuit » p. 309. L’obscur chant du monde peut être à de certains instants une poésie plus limpide que le verbe des hommes, parce qu’il dit sans détours ni faux-semblants l’exactitude de ce qui est. 11Un accord, tel semble être ce que recherche Hadrien dans le dédale de ses lectures – accord avec l’émotion, avec le monde, avec soi-même, avec d’autres hommes l’auteur, mais aussi ceux qui ont vécu et que les mots font renaître. Un accord, c’est également ce que compose Marguerite Yourcenar en parcourant la bibliothèque de l’empereur perdu, tant chacune des allusions intertextuelles qu’elle ménage est lourde de résonnances. Ainsi la rencontre avec Antinoüs, roman ou poème élégiaque vécu par Hadrien, est-elle placée sous le signe de la littérature On lut ce soir-là une pièce assez abstruse de Lycophron que j’aime pour ses folles juxtapositions de sons, d’allusions et d’images, son complexe système de reflets et d’échos » p. 169. Ce n’est certes pas le fait du hasard si cette notation prend place à l’orée du Sœculum aureum », à l’instant où le récit déploie au plus haut degré sa poésie de sons, d’allusions et d’images » alors qu’elle va faire apparaître Antinoüs au bord d’une source consacrée à Pan » ibid., c’est-à-dire à Tout, Marguerite Yourcenar fait résonner l’une des notes à la fois secrètes et claires du complexe système de reflets et d’échos » que sont les Mémoires d’Hadrien. La bibliothèque de Marguerite Yourcenar 12Il est un autre moment du Sœculum aureum » où Hadrien et Antinoüs écoutent de concert un texte bruissant d’échos. Alors qu’il relate ses expériences magiques et ses interrogations sur la nature de l’âme, l’empereur se souvient Vers la même époque, Phlégon, qui collectionnait les histoires de revenants, nous raconta un soir celle de La Fiancée de Corinthe dont il se porta garant. Cette aventure où l’amour ramenait une âme sur la terre, et lui rendait temporairement un corps, émut chacun de nous, mais à des profondeurs différentes. Plusieurs tentèrent d’amorcer une expérience analogue [...]. Aucune de ces tentatives ne réussit. Mais d’étranges portes s’étaient ouvertes. p. 199 6 Fantômes et statues sont explicitement mis en relation lors de la rencontre de la Sibylle bretonne ... 13L’épisode est troublant en ce qu’il préfigure les efforts à venir d’Hadrien pour ramener à la vie le fantôme d’Antinoüs par l’entremise de la statuaire6 ; il l’est également en ce qu’il éveille chez l’auteur et ses lecteurs des souvenirs nécessairement étrangers au narrateur. Marguerite Yourcenar fait état de sa surprise dans les Carnets de notes, où elle avoue Il faut s’enfoncer dans les recoins d’un sujet pour découvrir les choses les plus simples, et de l’intérêt littéraire le plus général. C’est seulement en étudiant Phlégon, secrétaire d’Hadrien, que j’ai appris qu’on doit à ce personnage oublié la première et l’une des plus belles entre les grandes histoires de revenants, cette sombre et voluptueuse Fiancée de Corinthe dont se sont inspirés Goethe et l’Anatole France des Noces corinthiennes p. 338-339. 14La superposition dans l’esprit du lecteur des textes de Phlégon, d’Anatole France et surtout de Goethe, dont le nom est spontanément associé au titre de La Fiancée de Corinthe, ouvre à son tour d’étranges portes », et fait partager au lecteur du XXe siècle l’émoi éprouvé par Hadrien et ses proches de même que l’apparition de la morte amoureuse, l’intertextualité brouille les frontières temporelles, et offre un moyen de rétrécir à son gré la distance des siècles » p. 331. 7 Dans Les Yeux ouverts, Marguerite Yourcenar dit plus explicitement encore son admiration pour Prou ... 8 Pierre Corneille, Sertorius, acte III, scène 1, dans Théâtre complet II, Pierre Lièvre et Roger Ca ... 15Dans la bibliothèque des Mémoires d’Hadrien, les volumens du narrateur cohabitent en effet avec les volumes de l’auteur, çà et là discrètement glissés sur les rayonnages du temps. Au-delà de ses recherches historiques, les lectures de Marguerite Yourcenar nourrissent nécessairement son écriture, comme en témoignent les Carnets de notes, qui évoquent abondamment les auteurs dans le sillage desquels elle se situe, et notamment Proust ; la reconstitution d’un passé perdu » qu’elle lui attribue p. 330 n’est sans doute pas tout à fait étrangère à cette recherche d’un temps perdu que sont les Mémoires d’Hadrien7. De tels souvenirs de lecture ont leur place dans les paratextes et les commentaires ; on s’attendrait en revanche moins à les trouver entremêlés au tissu même de la lettre d’Hadrien, dont l’auteur cherchait en quelque sorte à s’absenter, affirmant sa volonté de s’interdire les ombres portées ; ne pas permettre que la buée d’une haleine s’étale sur le tain du miroir » p. 332. Des réminiscences littéraires affleurent pourtant parfois en surimpression sur l’image d’Hadrien, sans jamais la ternir ni la troubler toutefois, tant elles sont discrètes. Un seul effet de citation clairement identifiable fait employer à l’empereur des mots d’un autre âge Rome n’est plus dans Rome elle doit périr ou s’égaler désormais à la moitié du monde », affirme Hadrien en préambule à l’exposé de ses principes politiques p. 124. Le roman résonne alors des accents classiques de la célèbre réplique de Sertorius Rome n’est plus dans Rome, elle est toute où je suis8 ». L’allusion est ludique Marguerite Yourcenar fait répéter à un empereur du IIe siècle les paroles d’un Romain de la République écrites quinze siècles après lui. La mise à distance est nette là où Sertorius affirme porter Rome en lui, Hadrien la veut universelle. Vertiges de l’espace et du temps, le jeu de la citation dit l’éternité de Rome dans la mémoire humaine. 16C’est également cette permanence de l’Antique que suggère le choix fait par Marguerite Yourcenar de traduire une citation de Virgile par ce qui est, peu ou prou, une phrase de Gide, ainsi que le remarque Rémy Poignault 9 Rémy Poignault, L’Antiquité dans l’œuvre de Marguerite Yourcenar, op. cit., t. II, p. 433. Quand, après avoir évoqué les portraits par lesquels il a essayé d’immortaliser Antinoüs, Hadrien explique sa conception esthétique du pouvoir – réaliser un idéal de beauté, et par conséquent d’harmonie et de justice alliées à la force –, il cite encore, mais sans se référer à son auteur, un extrait de Virgile, emprunté cette fois aux Bucoliques Trahit sua quemque uoluptas chacun est entraîné par son plaisir », qu’il rend par un à chacun sa pente » qui fait écho à la phrase des Faux-Monnayeurs 11 est bon de suivre sa pente, pourvu que ce soit en montant » ; dans l’églogue virgilienne, Corydon, déplorant qu’Alexis ne partageât pas son amour, prononçait ces mots avec quelque amertume, tandis qu’Hadrien exprime en toute sérénité son idéal de beauté glissant des œuvres d’art – et de l’amour – à la politique9. 17Le glissement subtil d’un intertexte à l’autre traduit le succès des vœux d’immortalité d’Hadrien au fil du temps et des livres, les mots se mêlent, se métamorphosent au gré de la pente » de ceux qui les prononcent, mais, mutatis mutandis, se survivent. S’élabore ainsi un imaginaire mythique des amours antiques, sédimenté autour de la figure d’Antinoüs, et qui se manifeste lorsque Marguerite Yourcenar se souvient de ceux qui, avant elle, ont fait revivre la silhouette du favori 10 Ibid., p. 480. L’image d’Antinoüs venant en canot à ce qui allait être sa dernière soirée et recevant de Lucius une guirlande doit peut-être quelque chose au tableau de Dorian Gray imaginé par Basil Hallward dans le roman d’Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, couronné de grandes fleurs de lotus, à la proue de la barque d’Adrien le regard perdu au loin par-delà les eux verdâtres du Nil », comme la suite même du texte d’Oscar Wilde fait penser à la scène d’Antinoüs se tenant au bord d’une vasque Vous vous êtes penché ensuite sur un lac tranquille à l’orée d’un bois grec et vous avez contemplé dans les eaux calmes et argentées le reflet merveilleux de votre beauté10. » 18Oscar Wilde avait fait de Dorian Gray un nouvel Antinoüs, idéal de beauté dorienne » ; imperceptiblement, Marguerite Yourcenar fait en retour d’Antinoüs un nouveau Dorian, celui qui jamais ne vieillit. 11 Voir Jean-Marcel Paquette, L’autre genre la forme de l’essai dans Mémoires d’Hadrien », Bullet ... 12 Voir Henri Vergniolle de Chantal, Mémoires d’Hadrien, L’Œuvre au noir, Un homme obscur un imag ... 19Même lorsqu’ils s’affranchissent de toute référence à l’Antiquité, les souvenirs des lectures de Marguerite Yourcenar ajoutent une densité temporelle au récit d’Hadrien, et rappellent que la substance, la structure humaine ne changent guère » p. 333. Rien d’étonnant par exemple à trouver en Hadrien, dont la lettre est aussi un essai11 » consacré à la connaissance de l’homme et de soi, un peu de Montaigne. L’admiration de Marguerite Yourcenar pour ce dernier est bien connue il compte parmi les auteurs qu’elle dit relire régulièrement YO, p. 234, la bibliothèque de Petite Plaisance recelait plusieurs éditions des Essais, et lorsqu’elle s’attarde sur le goût du nomadisme qui caractérise l’empereur, elle paraît se remémorer l’éloge des voyages que fait l’essayiste12. Comme lui, Hadrien articule en effet liberté de mouvement, liberté du corps, et liberté de l’esprit [...] la grande ressource était avant tout l’état parfait du corps une marche forcée de vingt lieu n’était rien, une nuit sans sommeil n’était considérée que comme une invitation à penser. Peu d’hommes aiment longtemps le voyage, ce bris perpétuel de toutes les habitudes, cette secousse sans cesse donnée à tous les préjugés. Mais je travaillais à n’avoir nul préjugé et peu d’habitudes. l’appréciais la profondeur délicieuse des lits, mais aussi le contact et l’odeur de la terre nue, les inégalités de chaque segment de la circonférence du monde. l’étais fait à la variété des nourritures, gruau britannique ou pastèque africaine. Il m’arriva un jour de goûter au gibier à demi pourri qui fait les délices de certaines peuplades germaniques j’en vomis, mais l’expérience fut tentée. p. 137 20Détails triviaux et presque incongrus, les expériences culinaires en pays étranger sont en vérité l’indice d’un esprit de tolérance sans doute directement emprunté à Montaigne Outre ces raisons, le voyager me semble un exercice profitable. L’ame y a une continuelle exercitation, à remarquer des choses incogneuës et nouvelles ; et je ne sçache point meilleure escolle, comme j’ay dict souvent, à former la vie que de luy proposer incessamment la diversité de tant d’autres vies, fantaisies et usances, et lui faire gouster une si perpetuelle variété de formes de nostre nature. Le corps n’y est ny oisif ny travaillé, et cette modérée agitation le met en haleine. Je me tien à cheval sans sans demonter, tout choliqueux que je suis, et sans m’y ennuyer, huict et dix heures [...]. 13 Michel de Montaigne, Les Essais, livre III, chap. ix De la vanité », Pierre Villey éd., Pari ... J’ay la complexion du corps libre, et le goust commun, autant qu’homme du monde. La diversité des façons d’une nation à autre, ne me touche que par le plaisir de la variété. Chaque usage a sa raison. Soyent des assiettes d’estain, de bois, de terre, bouilly ou rosty, beurre ou huyle de nois ou d’olive, chaut ou froit, tout m’est un, et si un que, vieillissant, j’accuse cette genereuse faculté, et auroy besoin que la délicatesse et le chois arrestat l’indiscretion de mon appetit et par fois soulageat mon estomac. Quand j’ay esté ailleurs qu’en France et que, pour me faire courtoisie, on m’a demandé si je vouloy estre servy à la Françoise, je m’en suis mocqué et me suis toujours jetté aux tables les plus espesses d’étrangers13. 21La liberté commune aux deux voyageurs que sont Hadrien et Montaigne, Marguerite Yourcenar la vagabonde en use elle aussi, et entraîne à sa suite le lecteur dans un périple en littérature au cours duquel elle lui propose incessamment la diversité de tant d’autres vies, fantaisies, et usances ». 14 L’arbre est un exilé, la roche est un proscrit » Victor Hugo, Ce que dit la bouche d’ombre »,... 22Plus étonnantes peut-être que les traces humanistes de Montaigne sont les réminiscences romantiques que l’on peut déceler dans les Mémoires d’Hadrien. Marguerite Yourcenar a fréquenté très tôt la littérature romantique adolescente, la jeune Mlle de Crayencour en avait déjà lu toutes les œuvres majeures. Elle semble s’en être quelque peu éloignée par la suite, et il est parfois difficile de déterminer si les échos romantiques qu’éveille le récit d’Hadrien relèvent d’allusions intertextuelles délibérées ou de souvenirs plus fortuits de lectures de jeunesse. Il semble peu probable néanmoins que l’auteur n’ait pas songé par exemple à Hugo, en choisissant de dépeindre comme des bouches d’ombre » les oracles de mauvais augure parmi lesquels figure la sorcière de Canope p. 210. Voix panthéiste des mystères de la vie et de la mort, la Bouche d’Ombre hugolienne, qui dit jusqu’à l’âme des pierres14, a bien sa place à l’heure où Antinoüs marche vers son sacrifice et sa demi-résurrection minérale. La présence d’échos à des textes postérieurs à l’existence d’Hadrien instille dans la lettre une dimension prophétique. Celle-ci se trouve accentuée lorsque les textes évoqués possèdent eux-mêmes un caractère oraculaire ; de même qu’elle conjure les ombres des Contemplations de Hugo, Marguerite Yourcenar ravive les flammes du Paris » de Vigny, lorsqu’Hadrien, après la dédicace du temple de Vénus et de Rome, médite devant la ville en flamme La nuit qui suivit ces célébrations, du haut d’une terrasse, je regardai brûler Rome. Ces feux de joie valaient bien les incendies allumés par Néron ils étaient presque aussi terribles. Rome le creuset, mais aussi la fournaise, et le métal qui bout, le marteau, mais aussi l’enclume, la preuve visible du changement et des recommencements de l’histoire, l’un des lieux au monde où l’homme aura le plus tumultueusement vécu. La conflagration de Troie, d’où un fugitif s’était échappé, emportant avec lui son vieux père, son jeune fils, et ses Lares, aboutissait ce soir-là à ces grandes flammes de fête. Je songeais aussi, avec une sorte de terreur sacrée, aux embrasements de l’avenir. p. 186-187 23Si les incendies du passé – celui de Troie, celui qu’allume Néron – sont clairement identifiés, les embrasements de l’avenir », eux, demeurent innommés. Parmi ceux-ci figure sans doute cette autre vision d’une ville-fournaise, également contemplée de nuit et depuis une hauteur 15 Alfred de Vigny, Paris », Poèmes antiques et modernes, dans Œuvres complètes I. Poésie et théâtr ... Le vertige parfois est prophétique. – Il faitQu’une Fournaise ardente éblouit ta paupière ?C’est la Fournaise aussi que tu vois. – Sa lumièreTeint de rouge les bords du ciel noir et profond ;C’est un feu sous un dôme obscur, large et sans dans les nuits d’hiver et d’été, quand les heuresFont du bruit en sonnant sur le toit des demeuresParce que l’homme y dort, là veillent des Esprits,Grands ouvriers d’une œuvre et sans nom et sans nuit leur lampe brûle, et le jour elle fume,Le jour elle a fumé, le soir elle s’allume,Et toujours et sans cesse alimente les feuxDe la Fournaise d’or que nous voyons tous deux15. 16 Là, tout fume, tout brûle, tout brille, tout bouillonne, tout flambe, s’évapore, s’éteint, se ra ... 24 Preuve visible du changement et des recommencements de l’histoire », la flamme de l’activité humaine embrase les tableaux des capitales d’un siècle à l’autre, d’un texte à l’autre. Le vertige prophétique » causé par le procédé est d’autant plus grand que la vision de Vigny a pu inspirer celle par laquelle Balzac ouvre cette étonnante Fille aux yeux d’or16 » que les Carnets de notes citent avec fascination parmi les romans historiques p. 330. Mais le regard jeté sur l’avenir ne s’arrête pas là la contemplation d’Hadrien, qui entrevoit un énorme écueil aperçu au loin dans l’ombre » p. 187, se résout en pressentiment à la fois sombre et résigné, comme le poème de Vigny dans lequel un autre écueil menace Paris 17 Paris », op. cit., p. 111. Et je chancelle encor, n’osant plus sur la terreContempler votre ville et son double je crains bien pour elle et pour vous, car voilàQuelque chose de noir, de lourd, de vaste, là,Au plus haut point du ciel, où ne sauraient atteindreLes feux dont l’horizon ne cesse de se teindre ;Et je crois entrevoir ce rocher ténébreuxQu’annoncèrent jadis les prophètes hébreux17. 18 Deux enfants du classicisme Chateaubriand et Yourcenar », Bulletin de la SIEY, no 25, décembre ... 19 François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIV, chap. I, Jean-Claude Berchet é ... 25Le regard prophétique d’Hadrien sur Rome reflète ainsi le brasier de Paris », poème qui déjà recelait le souvenir d’autres prophètes ce que l’empereur contemple ainsi d’en haut, c’est sans doute également la profondeur des pouvoirs de la littérature mis en abîme. C’est également cette profondeur que Marguerite Yourcenar rencontre chez un autre penseur romantique du temps, qu’elle n’évoque jamais directement, mais dont l’ombre plane sur les Mémoires d’Hadrien Chateaubriand. Écrits dans une Italie bien connue de Chateaubriand voyageur et secrétaire de légation, mais aussi composés au bord de la mort, et après cette traversée du Styx que représente le suicide d’Antinoüs, les souvenirs de l’empereur sont à proprement parler des Mémoires d’outre-tombe. Lorsqu’il conçoit les divisions d’Antinoé, Hadrien se souvient Tout y entrait, Hestia et Bacchus, les dieux du foyer et ceux de l’orgie, les divinités célestes et celles d’outre-tombe » p. 237. De même, tout entre dans l’œuvre de Marguerite Yourcenar, jusqu’à la mémoire d’autres Mémoires Laura Brignoli18 a signalé la parenté qui unit le dernier souffle d’Hadrien Un instant encore, regardons ensemble les rives familières, les objets que sans doute nous ne reverrons plus... », p. 316, et la conclusion du célèbre épisode de la grive de Montboissier Mettons à profit le peu d’instants qui me restent ; hâtons-nous de peindre ma jeunesse, tandis que j’y touche encore le navigateur, abandonnant pour jamais un rivage enchanté, écrit son journal à la vue de la terre qui s’éloigne et qui va bientôt disparaître19. » La réminiscence littéraire est ici très estompée ; elle se perd dans l’émotion poignante qui saisit le lecteur à l’instant des adieux d’Hadrien ; il n’en demeure pas moins que l’effet d’écho fait de celui qui se prépare à entrer dans la mort les yeux ouverts » le frère d’un navigateur en partance et qui touche encore » à sa jeunesse. Prestige et vertige de l’écriture et du souvenir, le dédale de la bibliothèque ouvre à un voyage qui pourrait ne finir jamais. Hadrien, lector in fabula 26La présence discrète des lectures de Marguerite Yourcenar confère à Hadrien une place légèrement décentrée dans la bibliothèque, dont il n’est pas l’unique propriétaire. L’auteur s’estompe certes, mais ne s’efface pas tout à fait, ce qui préserve son œuvre du danger d’être rangée dans le rayonnage des mémoires apocryphes » et des supercheries littéraires. Jamais elle ne cherche à faire passer Hadrien pour l’auteur d’un texte où il est somme toute moins écrivain que lecteur. 20 Jeanine S. Alec a montré qu’il s’agit là d’une constante chez les personnages yourcenariens Da ... 27Hadrien écrit, certes, et ses productions occupent une place de choix dans la bibliothèque de Marguerite Yourcenar elles figurent parmi les premières sources mentionnées dans la Note finale, où elles sont soigneusement inventoriées p. 353. Le plus célèbre de ces textes, le poème Animula, vagula, blandula », épitaphe de l’empereur, joue d’ailleurs un rôle structurant dans l’œuvre il en constitue l’épigraphe, donne son titre à la première section, et reparaît à la toute fin du récit, lorsque l’âme d’Hadrien, devenue un peu moins flottante » pour le lecteur qui a appris à mieux la connaître, s’apprête à un nouvel et incertain envol Petite âme, âme tendre et flottante, compagne de mon corps, qui fut ton hôte, tu vas descendre dans ces lieux pâles, durs et nus, où tu devras renoncer aux jeux d’autrefois » p. 316. Pour belle et fidèle que soit la traduction, ces mots, en prose et en français, ne sont déjà plus tout à fait ceux du versificateur latin en même temps que les derniers mots de Marguerite Yourcenar sont d’Hadrien, les ultima verba d’Hadrien sont de Marguerite Yourcenar. De manière significative, celle-ci leur ajoute une clausule bien à elle Tâchons d’entrer dans la mort les yeux ouverts... » ibid., et une inscription qui porte la marque de l’empereur, mais ne lui donne plus voix Au divin Hadrien Auguste / Fils de Trajan / Conquérant des Parthes [...] » p. 317. Du je de l’épistolier au tu du mourant qui oublie Marc Aurèle pour s’adresser à son âme ; du tu au nous d’une personnalité diverse enfin unifiée au seuil de la mort, mais aussi ouverte à l’universel, et du nous à la marmoréenne troisième personne de la titulature, Hadrien peu à peu quitte les rivages de sa lettre, et dans ce glissement Marguerite Yourcenar suggère qu’il n’a été auteur que passagèrement20. Le narrateur lui-même ne cesse en effet de se dire écrivain médiocre ou velléitaire. Adolescent, sa passion de la poésie lui inspire des ambitions littéraires auxquelles il doit renoncer avec amertume d’abord, puis avec la sérénité de celui qui a éprouvé que sa vie était ailleurs Scaurus me désespéra en m’assurant que je ne serais jamais qu’un poète des plus médiocres le don et l’application manquaient. J’ai cru longtemps qu’il s’était trompé j’ai quelque part, sous clef, un ou deux volumes de vers d’amour, le plus souvent imités de Catulle. Mais il m’importe désormais assez peu que mes productions personnelles soient détestables ou non. p. 44 28Bien plus tard, il est ressaisi du désir d’écrire, mais un nouveau renoncement s’impose à lui, dans la mesure où il se doit avant tout à sa charge impériale J’ébauchai [...] un ouvrage assez ambitieux, mi-partie prose, mi-partie vers, où j’entendais faire entrer à la fois le sérieux et l’ironie, les faits curieux observés au cours de ma vie, des méditations, quelques songes ; le plus mince des fils eût relié tout cela ; c’eût été une sorte de Satyricon plus âpre, J’y aurais exposé une philosophie qui était devenue la mienne, l’idée héraclitéenne du changement et du retour. Mais j’ai mis de côté ce projet trop vaste. p. 236-237 29Éternel changement, éternel retour, Hadrien, qui ne cesse d’écrire, est un homme qui n’a pas le temps de devenir écrivain peut-être est-ce en cela que le temps retrouvé yourcenarien se distingue le plus nettement du temps retrouvé proustien, et qui pourtant éprouve le besoin de revenir sur ses œuvres. 30Le narrateur est ainsi avant tout lecteur, et lecteur de lui-même telle est la place qu’il s’assigne lorsqu’en écrivant à Marc Aurèle il part à la découverte de ce qu’il est J’ignore à quelles conclusions ce récit m’entraînera. Je compte sur cet examen des faits pour me définir, me juger peut-être, ou tout au moins pour me mieux connaître avant de mourir » p. 30. Avant même cette décisive lecture de soi, il a été l’impartial lecteur de ses propres œuvres Je revisais mes propres œuvres les vers d’amour, les pièces de circonstance, l’ode à la mémoire de Plotine. Un jour, quelqu’un aurait peut-être envie de lire tout cela. Un groupe de vers obscènes me fit hésiter ; je finis somme toute par l’inclure. Nos plus honnêtes gens en écrivent de tels. Ils s’en font un jeu ; j’eusse préféré que les miens fussent autre chose, l’image exacte d’une vérité nue. Mais là comme ailleurs les lieux communs nous encagent je commençais à comprendre que l’audace de l’esprit ne suffit pas à elle seule pour s’en débarrasser, et que le poète ne triomphe des routines et n’impose aux mots sa pensée que grâce à des efforts aussi longs et aussi assidus que mes travaux d’empereur. p. 236 31S’il parvient à un regard objectif et détaché sur des écrits pourtant extrêmement personnels, c’est parce qu’il adopte le regard distant de ses éventuels lecteurs à venir ; de ce point d’optique, le poète » apparaît clairement comme l’autre, celui à qui il ressemble peut-être, celui qu’il aurait aimé être sans doute, mais celui qu’il n’est pas. 21 Mes ennemis, l’affreux Servianus en tête, [...] prétendaient que l’ambition et la curiosité avai ... 32Hadrien pressent donc les futurs lecteurs de son œuvre, parmi lesquels Marguerite Yourcenar elle-même. Il les préfigure également, ou plus exactement préfigure le lecteur de Mémoires d’Hadrien, dont il est le double potentiel, bien mieux que Marc Aurèle, destinataire premier à la fois trop individualisé pour être un support d’identification, et trop absent pour incarner l’activité de lecture. Il est des pages de Mémoires d’Hadrien où le livre se métamorphose en un miroir dans lequel le lecteur peut se voir en train de lire celles où le narrateur lui-même lit des lettres. La lettre écrite m’a enseigné à écouter la voix humaine, tout comme les grandes attitudes des statues m’ont appris à apprécier les gestes », confie très tôt l’empereur p. 30. De même que la statuaire classique, parcourue d’âmes mais délivrée du hiératisme, sublime dans le marbre le mouvement humain, la lettre écrite » pérennise, clarifie, épure la parole prononcée le parallèle suggère qu’Hadrien a su trouver dans l’épistolaire ce que précisément Marguerite Yourcenar souhaitait offrir à ses lecteurs le portrait d’une voix » p. 330. Il est même permis d’imaginer Hadrien trouvant cette inflexion pure de la voix humaine dans des lettres qui ne lui sont pas destinées, tout comme que le lecteur des Mémoires d’Hadrien la rencontre dans la lettre à Marc Aurèle. On sait en effet l’empereur avide de découvrir l’être humain dans tous les documents qui peuvent le lui révéler, confidence de ses maîtresses21, rapports de police, et peut-être lettres interceptées. Il se défend des accusations de curiosité malsaine en alléguant son désir de connaître l’autre sans fard On m’a reproché d’aimer à lire les rapports de la police de Rome ; j’y découvre sans cesse des sujets de surprise ; amis ou suspects, inconnus ou familiers, ces gens m’étonnent » p. 31. Un tel rapport au document n’est pas sans lien avec les recherches minutieuses menées par Marguerite Yourcenar pour amasser les pierres authentiques » p. 342 à l’aide desquelles elle bâtit son récit ; il témoigne surtout d’un goût de la lecture en prise directe avec l’homme vrai, qui laisse à penser qu’Hadrien eût aimé lire les Mémoires d’Hadrien. 22 Voir Henriette Levillain, Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar, op. cit., p. 87 et suiv. 23 Rémy Poignault, L’Antiquité dans l’œuvre de Marguerite Yourcenar, op. cit., t. II, p. 433 pour un ... 33La lettre dévoile la voix et la vie des autres ; elle peut aussi, parfois, enseigner la vie. Si Marguerite Yourcenar assigne explicitement aux Mémoires d’Hadrien la première de ces deux fonctions, elle ne renonce pas à la seconde, suggérée par la dimension discrètement didactique de l’épître à Marc Aurèle, et surtout par le rôle-clef que remplit la missive d’Arrien, véritable miroir tendu tout à la fois à Hadrien et au lecteur22. Dans ce texte dont elle propose une adaptation assez libre23 », Marguerite Yourcenar trouve la substantifique moelle de son protagoniste Dans l’absence de tout autre document, la lettre d’Arrien à l’empereur Hadrien au sujet du périple de la mer Noire suffirait à recréer dans ses grandes lignes cette figure impériale », affirme-t-elle dans les Carnets de notes p. 339. Sans doute reflète-t-elle aussi, dans les effets produits sur Hadrien par cette lecture, les ambitions de son propre roman comme les Mémoires d’Hadrien, la lettre d’Arrien articule l’évocation d’une œuvre politique à la passion de l’art, les grandes scansions d’une existence à la fascination du mythe et, par cet entrelacement subtil, aide à penser la vie. En dépit de ses efforts, Hadrien ne s’est pas toujours montré bon lecteur de l’homme et du mythe ; sur les terres glorieuses de l’Iliade il s’égare et se montre inapte à interpréter les signes que lui adresse Antinoüs Je trouvai quelques moments pour me recueillir sur la tombe d’Hector ; Antinoüs alla rêver sur celle de Patrocle. Je ne sus pas reconnaître dans le jeune faon qui m’accompagnait l’émule du camarade d’Achille je tournai en dérision ces fidélités passionnées qui fleurissent surtout dans les livres ; le bel être insulté rougit jusqu’au sang. p. 194 24 Rémy Poignault, Deux amis d’Hadrien Arrien et Plotine », art. cité, p. 184. Rémy Poignault cit ... 34L’épisode est lourd de présages tragiques sous un ciel vert de catastrophe », une inondation chang[e] en îlots les tumulus des tombeaux antiques » ibid. et les hommes, littéralement isolés, échouent à communiquer. L’air vivifiant de l’île d’Achille décrite par Arrien vient dissiper ces nuages la lettre rétablit la compréhension et l’harmonie parce qu’elle est l’œuvre d’un ami, moins passionné que Patrocle et Antinoüs, mais non moins dévoué, ainsi que l’a montré Rémy Poignault [Hadrien] trouve [...] en Arrien un ultime soutien l’auteur du Périple du Pont-Euxin remplit ainsi l’un des devoirs de l’amitié selon Lélius “eniti et efficere, ut amici iacentem animum excitet” ; mais il fait mieux il lui procure une réconciliation avec lui-même et un accès à l’éternité24. » La relation amicale pourrait ainsi fournir le modèle d’une relation littéraire dans laquelle le lecteur, grâce à la connaissance de l’autre, accède à la connaissance de soi. Hadrien goûte en effet pleinement la sagesse d’Arrien, qui constitue certainement l’un des socles les plus solides de sa propre Patientia » Arrien comme toujours a bien travaillé. Mais, cette fois, il fait plus il m’offre un don nécessaire pour mourir en paix ; il me renvoie une image de ma vie telle que j’aurais voulu qu’elle fût. Arrien sait que ce qui compte est ce qui ne figurera pas dans les biographies officielles, ce qu’on n’inscrit pas sur les tombes ; il sait aussi que le passage du temps ne fait qu’ajouter au malheur un vertige de plus. Vue par lui, l’aventure de mon existence prend un sens, s’organise comme dans un poème. p. 297 35Hadrien lit ainsi entre les lignes sa propre biographie, qu’il recompose mais qui a été écrite par un autre en somme il lit les Mémoires d’Hadrien. C’est alors que le présent fait irruption dans le texte, que le temps de sa lecture coïncide tout à la fois avec le temps de l’écriture de la lettre et celui de la lecture du roman. Par la grâce de l’écriture d’Arrien mêlée à celle de Marguerite Yourcenar, Hadrien, Achille et celui qui, à dix-huit siècles de distance lit leur double histoire, pour un instant ne font plus qu’un. Je et les autres 25 Colette Gaudin, Marguerite Yourcenar à la surface du temps, op. cit., p. 95. 36Pour Colette Gaudin, Yourcenar a voulu battre les historiens au jeu de l’objectivité » Ce qui est original pour un écrivain de fiction, c’est qu’elle le fait en décrivant sa participation subjective au récit25. » Présence de l’écrivain dans le roman, mais aussi, évidemment, Carnets de notes et Note finale constituent des éléments de l’écriture de soi intégrés aux Mémoires d’Hadrien. Dans quelle mesure est-il pertinent d’évoquer une dimension autobiographique réelle à l’œuvre derrière l’autobiographie fictive d’Hadrien et en quoi le, les je » du texte, se construisent-ils à l’aune de l’altérité ? Mémoires de Marguerite ? 37Dans les Carnets de notes, Marguerite Yourcenar interdit explicitement tout raccourci interprétatif sur le choix de la première personne et pointe du doigt la [g]rossièreté de ceux qui vous disent “Hadrien, c’est vous” » p. 341. Ainsi la possibilité d’une lecture autobiographique du roman semble-t-elle d’emblée récusée par les propos de l’auteur dont on sait l’importance dans l’exégèse critique de ses propres textes. S’il paraît indispensable de s’interroger sur le choix de l’écriture à la première personne, la démarche autobiographique est certes à envisager dans une perspective très différente des lectures visant à repérer des points communs entre l’auteur et son personnage, tout d’abord en raison de la vision même de l’auteur. 38En effet, Marguerite Yourcenar témoigne d’un certain mépris pour ce qu’on pourrait appeler l’exposition de sa personnalité ; elle s’en explique longuement dans les entretiens avec Matthieu Galey en évoquant tout d’abord son dédain pour la posture égocentrique et vaine qui consiste à parler de soi dans les moindres détails Cette obsession française du culte de la personnalité » la sienne chez la personne qui écrit ou qui parle me stupéfie toujours. Oserais-je dire que je la trouve affreusement petite-bourgeoise ? je, moi, me, mon, ma, mes... Ou tout est dans tout, ou rien ne vaut la peine qu’on en parle. Pour mon compte, dans une réunion dite mondaine », je m’écarte aussi discrètement que je peux de la dame qui m’apprend qu’elle aime beaucoup les marrons glacés, ses » confiseries favorites, ou du monsieur, généralement sénile, qui se montre disposé à me raconter ses » aventures d’amour. YO, p. 205 26 Alain Trouvé, Leçon littéraire sur Mémoires d’Hadrien, op. cit., p. 113. 39Ce manque d’intérêt pour les accidents de sa propre personnalité conduit d’ailleurs Marguerite Yourcenar à l’absence dans ses textes autobiographiques dans Archives du Nord, c’est la filiation qui l’intéresse, non le récit de sa propre enfance, et la romancière avoue son désintérêt pour ce je du passé que les autobiographes tentent pourtant de retrouver Franchement, je ne comprends pas cette insistance sur le “je”, quand ce “je” s’applique à une enfant née en juin 1903 et devenue peu à peu l’être humain que je suis ou essaie d’être » YO, p. 212. Il est vrai que [d]ans la plus grande partie du Labyrinthe du monde, ses Mémoires [...], la narratrice n’est le plus souvent présente qu’en tant que témoin ou biographe » Ce qu’elle raconte, ce sont ses proches, sa famille, ses ascendants26. » Ainsi, même les textes dits autobiographiques de Marguerite Yourcenar sont-ils finalement dégagés de l’omniprésence d’une personnalité, d’une singularité identitaire que l’autobiographe chercherait à saisir. 40D’ailleurs la romancière exprime nettement l’inanité d’une reconstitution autobiographique dans la mesure où le je est aussi étranger à lui-même que ne l’est autrui Tout nous échappe, et tous, et nous-mêmes. La vie de mon père m’est plus inconnue que celle d’Hadrien. Ma propre existence, si j’avais à l’écrire, serait reconstituée par moi du dehors, péniblement, comme celle d’un autre ; j’aurais à m’adresser à des lettres, aux souvenirs d’autrui, pour fixer ces flottantes mémoires. Ce ne sont jamais que murs écroulés, pans d’ombre. S’arranger pour que les lacunes de nos textes, en ce qui concerne la vie d’Hadrien, coïncident avec ce qu’eussent été ses propres oublis. p. 331 41Qu’il s’agisse de soi-même, d’un parent ou d’un personnage, qu’il s’agisse d’une autobiographie, d’une biographie ou d’un roman, la démarche est la même qui consiste à saisir l’existence par une reconstitution. 42Désintérêt profond pour les accidents de sa propre personnalité et impossibilité de saisir son moi » si démarche autobiographique il y a, elle n’est pas à chercher dans les contingences d’un récit de vie. Aussi [l]e public qui chercher des confidences personnelles dans le livre d’un écrivain est un public qui ne sait pas lire » YO, p. 205 tenter de repérer l’ombre portée de l’auteur dans tel détail de vie, dans telle inclination, dans telle opinion d’Hadrien, constitue une aporie aux yeux de Marguerite Yourcenar. Est-ce à dire que la romancière s’efface entièrement dans son personnage ? N’y a-t-il pas de traces de sa présence dans le roman ? Fait-elle véritablement silence ? 27 Alain Trouvé, Leçon littéraire sur Mémoires d’Hadrien » de Marguerite Yourcenar, op. cit., p. 11 ... 43S’il est un espace autobiographique dans Mémoires d’Hadrien, il s’agit clairement des Carnets de notes. Le paratexte délivre en effet de nombreux éléments de la vie de l’auteur circonstances datées, formation et déroulement du projet d’écriture, sentiments personnels. Dans les Carnets se donne à lire quelque chose de l’ordre de la formation de la personnalité évoquée par Philippe Lejeune dans sa définition de l’autobiographie. Alain Trouvé l’affirme clairement malgré leur disposition en fragments, les Carnets incluent un véritable récit de vie et répondent exactement à la définition de l’autobiographie proposée par Philippe Lejeune. » En effet, outre une organisation chronologique et des regroupements thématiques qui prouvent que ces notes ne sont pas restituées telles qu’elles ont été écrites », les Carnets se caractérisent par [l]a présence continue d’un je narrateur-personnage qui réfère à l’auteur réel Marguerite Yourcenar » ainsi que par l’emploi des temps du passé au lieu du présent attendu qui narrativisent nettement l’ensemble27 ». Si les Carnets relèvent donc pour partie du récit autobiographique, qu’en est-il du roman lui-même ? 44Si elle rejette catégoriquement une lecture autobiographique, strictement individuelle, dont il faudrait retrouver trace dans le roman, Marguerite Yourcenar confie malgré tout s’être servi de sa propre expérience pour écrire Mémoires d’Hadrien et avoir par exemple [u]tilis[é] pour mieux comprendre un commencement de maladie de cœur » p. 333 28 Michèle Goslar, Yourcenar biographie, op. cit., p. 160-161. Dès la fin de l’été 1944, Marguerite Yourcenar ressent les premiers symptômes d’une faiblesse cardiaque. Trois semaines plus tard, à New York, un malaise la surprend dans la rue. Elle se réfugie chez ses amis Kayaloff et est contrainte au repos. À quarante et un ans, elle sait qu’elle est malade du cœur et se persuade qu’elle peut mourir à tout moment d’une attaque. Elle se servira de cette expérience personnelle dans un prochain livre qu’elle n’imagine pas encore écrire28. 29 Rémy Poignault, L’Antiquité dans l’œuvre de Marguerite Yourcenar, op. cit., t. II, p. 757. 45Ses inclinations personnelles transparaissent aussi parfois derrière Hadrien, de son propre aveu Quand je fais parler Hadrien de son amour des pays barbares, c’est par moments mon propre goût pour eux qui fait écho au sien » YO, p. 304. Comme le note Rémy Poignault, [c]e goût pour les pays barbares [...] qui appartient aussi à Marguerite Yourcenar, est une création qui lui est propre et qui contraste avec l’extension du limes ou le “panhellénisme antibarbare” qui caractérise la politique de l’empereur29 ». La comparaison entre le prince tel que le présente la romancière et tel que le présentent les documents historiques témoigne ainsi des infléchissements donnés par la création romanesque. Mais cette présence auctoriale ne signale en rien une volonté de paraître derrière le personnage ou de livrer des clés de lecture autobiographiques si Marguerite Yourcenar est présente derrière Hadrien, c’est que sa démarche d’écriture s’inscrit dans une traversée de soi qui vise à dépasser les singularités pour renouer avec l’humanité inscrite en nous-mêmes. 46 Tout être qui a vécu l’aventure humaine est moi » p. 342 c’est là que réside la singularité de l’écriture yourcenarienne, dans cette intégration d’une individualité à la sienne propre pour mieux toucher l’universalité de l’expérience humaine. Cette démarche qui entend saisir l’humanité en soi n’est d’ailleurs pas propre à la fiction et informe également l’écriture de soi Toute l’humanité et toute la vie passent en nous, et si elles ont pris ce chemin d’une famille et d’un milieu en particulier qui fut celui de notre enfance, ce n’est qu’un hasard parmi tous nos hasards » YO, p. 204. La présence de Marguerite Yourcenar dans Mémoires d’Hadrien ne se situe donc pas dans des détails autobiographiques, mais dans une traversée de soi pour toucher l’humain. 47C’est précisément dans cette tentative d’appréhender ce qui nous fait hommes par-delà les siècles et les cultures que naît la démarche autobiographique de Marguerite Yourcenar. En regardant en elle-même les traces de l’humanité, elle entend prendre seulement ce qu’il y a de plus durable, de plus essentiel en nous, dans les émotions des sens ou dans les opérations de l’esprit, comme point de contact avec ces hommes qui comme nous croquèrent des olives, burent du vin, s’engluèrent les doigts de miel, luttèrent contre le vent aigre et la pluie aveuglante et cherchèrent en été l’ombre d’un platane, et jouirent, et pensèrent, et vieillirent, et moururent » p. 332. Point de détails anecdotiques dans cette perception de soi, mais une volonté d’être l’instrument traversé par le sentiment de l’humanité. 48À cet égard, la romancière se perçoit comme un intermédiaire destiné à susciter ou à redonner vie à des personnages inventés ou morts. Marguerite Yourcenar explique ainsi son manque d’intérêt pour elle-même c’est pourquoi je n’ai au fond qu’un intérêt limité pour moi-même. J’ai l’impression d’être un instrument à travers lequel des courants, des vibrations sont passés. Et cela vaut pour tous mes livres, et je dirais même pour toute ma vie » YO, p. 309. Dans cette perspective où l’auteur est un intermédiaire dont le rôle consiste à insuffler la vie, se dessine un processus de création proche d’une véritable gestation. 49En effet, Marguerite Yourcenar emploie systématiquement le lexique de la vie, du mouvement, voire de la chair, pour évoquer le processus de création à l’œuvre ainsi écrit-elle avoir tâch[é] de rendre leur mobilité, leur souplesse vivante, à ces visages de pierre » dans Mémoires d’Hadrien p. 332, et avoir cherché à rendre l’empereur vivant On a le curriculum vitae d’Hadrien, c’est-à-dire qu’on sait, année après année, les différents emplois, les différents dignités dont il a été revêtu. Mais on ne sait pas grand-chose de plus. On sait le nom de quelques-uns de ses amis ; on connaît un peu son groupe à Rome, sa vie personnelle. Alors j’ai tâché de reconstituer tout cela, à partir des documents, mais en m’efforçant de les revivifier ; tant qu’on ne fait pas entrer toute sa propre intensité dans un document, il est mort, quel qu’il soit. YO, p. 146 50Dans cette perspective, l’auteur doit savoir se taire et n’être qu’un réceptacle à la voix du personnage comme une matrice nourrirait un être à venir sans pour autant lui imposer sa propre forme, [o]n doit tâcher d’entendre, de faire silence en soi pour entendre ce qu’Hadrien pourrait dire, ou ce que Zénon pourrait dire dans telle ou telle circonstance » Ne jamais y mettre du sien, ou alors inconsciemment, en nourrissant les êtres de sa substance, comme on les nourrirait de sa chair, ce qui n’est pas du tout la même chose que de les nourrir de sa propre petite personnalité, de ces tics qui nous font nous » YO, p. 69. Ici se donne clairement à lire la métaphore de la gestation. Récusant absolument l’identité entre elle-même et ses personnages, Marguerite Yourcenar se place comme l’être pourvoyeur d’une substance vivante nécessaire à la création 30 Son père, figure centrale d'Archives du Nord et de Quoi ? l’Éternité, les deux derniers volets du ... Je ne suis pas plus Michel30 que je suis Zénon ou Hadrien. J’ai essayé de le reconstituer – comme tout romancier – à partir de ma substance, mais c’est une substance indifférenciée. On nourrit de sa substance le personnage qu’on crée c’est un peu un phénomène de gestation. Il faut bien, pour lui donner ou lui rendre la vie, le fortifier d’un apport humain, mais il ne s’ensuit pas qu’il soit nous ou que nous soyons lui. Les entités restent différentes. YO, p. 211 51Ainsi la présence de Marguerite Yourcenar ne vaut-elle, à ses yeux, que dans la stricte mesure où elle existe en tant que membre de l’humanité tout particularisme, toute communauté de personnalité semble alors dérisoire tant la vision de soi atteint l’universalité. 52De ce processus créatif naît un paradoxe finalement, Hadrien se trouve peut-être davantage en Marguerite qu’elle-même ne se trouve en lui. C’est en tout cas ce qu’elle semble signifier lorsqu’elle met l’accent sur l’importance du personnage dans sa vie, et sur le fait qu’il a existé et existe encore à ses côtés. Tout autant qu’un infléchissement de l’auteur sur le personnage, c’est le personnage qui semble in fine laisser sa trace sur l’auteur Il semble que tout ce que j’ai tenté d’exprimer au sujet d’Hadrien rejaillisse en quelque sorte sur moi. Sa lucidité fortifie le peu de lucidité que je possède ; je me souviens, en cas de crise, qu’il en a traversé et les a surmontées ; sa disciplina augusta, sa virtus augusta me soutiennent, et plus encore me convient sa dernière devise de malade Patientia. YO, p. 227 31 Henriette Levillain, Mémoires d’Hadrien » de Marguerite Yourcenar, op. cit., p. 179. 53Henriette Levillain écrit d’ailleurs que, [sur] un autre plan plus personnel, mais à plus long terme, Hadrien appartient à la généalogie mi-reconstituée, mi-rêvée des ancêtres de Marguerite de Crayencour » Au fur et à mesure que l’auteur des Archives du Nord décline les noms de ses ancêtres flamands, elle note, ou provoque, toutes sortes de coïncidences entre la vie, la culture et la personnalité de l’empereur romain et celles de ses ascendants31. » 54La vie réelle se mêle alors aux constructions de l’imaginaire pour former un espace intérieur dont la complexité dépasse la frontière entre fiction et réalité il en va ainsi des [l]ieux où l’on a choisi de vivre, résidences invisibles qu’on s’est construites à l’écart du temps ». J’ai habité Tibur, écrit-elle, j’y mourrai peut-être, comme Hadrien dans l’Île d’Achille. » p. 347. Marguerite Yourcenar signale alors l’aporie d’une distinction entre sa propre vie et celle de ses personnages, allant jusqu’à récuser la distinction entre fiction et non-fiction, tant est profonde et réciproque son immersion créative Vous avouerais-je que je n’ai jamais eu le sentiment d’écrire de la fiction » ? J’ai toujours attendu que ce que j’écrivais fût assez incorporé à moi pour n’être pas différent de ce que seraient mes propres souvenirs [...] ; la maladie d’Hadrien me paraît aussi authentique que mes maladies. YO, p. 307 L’art délicat du portrait 55Dans les Carnets de notes, Marguerite Yourcenar écrit qu’elle aurait souhaité développer le portrait » d’un certain nombre d’êtres », tels Plotine, Sabine, Arrien, Suétone, mais que le choix de l’écriture personnelle imposait un regard nécessairement partiel et partial, lacunaire et erroné. En effet, Hadrien ne pouvait les voir que de biais. Antinoüs lui-même ne peut être aperçu que par réfraction, à travers les souvenirs de l’empereur, c’est-à-dire avec une minutie passionnée, et quelques erreurs » p. 335. Pour autant, dans le roman se dessinent les visages d’êtres dont le lecteur ressent l’importance Antinoüs, évidemment, mais aussi Plotine, présences entourant l’existence d’Hadrien dans la pierre et dans la vie. Les pierres... 56Amoureux de l’art et de la pensée hellénique, Hadrien voit dans la sculpture une image de la vie mais aussi de l’amour si la lettre écrite [lui] a enseigné à écouter la voix humaine », ce sont les grandes attitudes immobiles des statues [qui lui] ont appris à apprécier les gestes » p. 30. La statue semble indissociable de l’amour, tout se passant comme si la beauté et la grâce sensuelle étaient transfigurées et saisies dans leur acmé par l’art sculptural. Ces liaisons, agréables quand ces femmes étaient habiles, devenaient émouvantes quand elles étaient belles. J’étudiais les arts ; je me familiarisais avec des statues ; j’apprenais à mieux connaître la Vénus de Cnide ou la Léda tremblant sous le poids du cygne » p. 74 Hadrien relie explicitement son expérience amoureuse au sentiment esthétique, les femmes aimées rejoignant Vénus et Léda dans une communauté vivante. 57D’emblée s’exprime ainsi le paradoxe tenu dans le roman entre l’immobilité et le mouvement, entre la rigidité et la vie, entre la mort et l’amour, la statue fixant une forme d’essence vitale dans un processus presque démiurgique. Les réflexions d’Hadrien sur la construction, longuement développées dans Tellus stabilita », soulignent bien la part vivante contenue dans la pierre Notre art est parfait », écrit Hadrien, c’est-à-dire accompli, mais sa perfection est susceptible de modulations aussi variées que celles d’une voix pure » p. 145. Si la pierre peut contenir le souffle et la vie, dans quelle mesure Hadrien se rêve-t-il en Pygmalion ? 58La question du portrait porte en effet en elle-même celle de la création et du rapport entre le créateur et son œuvre. À ce titre, portraits, statues, sculptures et monuments abondent dans le roman et signalent la volonté impériale de figer l’amour disparu, qu’il s’agisse d’Antinoüs ou de Plotine. Les statues et monuments érigés par Hadrien naissent en effet du désir de renouer avec les disparus ainsi des chapelles d’Antinoüs, et ses temples, chambres magiques, monuments d’un mystérieux passage entre la vie et la mort, oratoires d’une douleur et d’un bonheur étouffants, [...] lieu de la prière et de la réapparition » où Hadrien se livre à [s]on deuil » p. 142. De la même manière, à Nîmes, Hadrien établi[t] le plan d’une basilique dédiée à Plotine et destinée à devenir un jour son temple » p. 154. 59L’omniprésence des portraits d’Antinoüs dans le roman n’est pas une invention de l’auteur mais témoigne bel et bien d’une réalité historique ils abondent, et vont de l’incomparable au médiocre. Tous, en dépit des variations dues à l’art du sculpteur ou à l’âge du modèle, à la différence entre les portraits faits d’après le vivant et les portraits exécutés en l’honneur du mort, bouleversent par l’incroyable réalisme de cette figure toujours immédiatement reconnaissable et pourtant si diversement interprétée, par cet exemple, unique dans l’Antiquité, de survivance et de multiplication dans la pierre d’un visage qui ne fut ni celui d’un homme d’État ni celui d’un philosophe, mais simplement qui fut aimé. p. 336 60Hadrien a multiplié les images d’Antinoüs et s’il n’existe pas de monnaie romaine à son effigie, c’est en raison de l’opposition du Sénat et non d’une volonté impériale ; l’abondance des portraits d’Antinoüs dans le roman s’inscrit donc dans la référentialité historique. 61Pour autant, Markus Meßling voit dans l’importance donnée à la sculpture dans le roman une dimension symbolique très forte dépassant largement le cadre de la reconstitution historique La statue grecque n’est pas seulement un moyen pour l’écrivain de faire revivre la pensée hellénique d’un prince romain. Étant la concrétion pierreuse du corps humain et subissant les forces modificatrices du temps, la sculpture dépasse son statut uniquement historique dans l’ouvrage de Marguerite Yourcenar et devient ainsi une image modèle à partir de laquelle l’écrivain dépeint sa vision poético-philosophique du temps et de l’existence humaine. 32 Markus Meßling, La fonction de la sculpture dans Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar par ... Comme la sculpture est mutilée par les éléments naturels, à mesure que le temps passe, l’homme en tant qu’individu, lui-même sculpture, se voit soumis à un temps destructeur qui dévore » son œuvre. Mais de même que l’intention du sculpteur résiste au temps car elle ressort encore incontestablement de la ruine d’une statue classique, les structures, voire la substance même de l’existence humaine ressortent de cette chaîne » de pertes perpétuelles. Le passé paraît ainsi comme un grand écran » qui reflète l’immuable nature de l’homme. C’est dans ce sens que l’historicité tourne dans l’universalité dans l’œuvre de Marguerite Yourcenar32. 62Ainsi la pierre porte-t-elle la trace de la temporalité et engage-t-elle dans le roman une méditation sur la vanité de l’existence et du pouvoir soumis, comme toute construction humaine, à la ruine. L’érection de monuments et la création sculpturale sont alors à envisager dans le cadre d’une réflexion sur la destruction et la mort la création porterait en elle-même la trace de sa destruction future, comme une naissance porte sa propre mort. Dans cette entreprise qui consiste à conserver une forme de vie se lit ainsi le désir démiurgique de résister au temps. 63Hadrien explicite d’ailleurs le lien de la construction à la temporalité et à la vie [c]onstruire, écrit-il, c’est collaborer avec la terre c’est mettre une marque humaine sur un paysage qui en sera modifié à jamais » ; reconstruire, c’est collaborer avec le temps sous son aspect de passé, en saisir ou en modifier l’esprit, lui servir de relais vers un plus long avenir ; c’est retrouver sous les pierres les secrets des sources. » Ici la voix de Marguerite Yourcenar, rêvant dans les Carnets du contact avec les siècles passés via la pierre ou l’objet, semble se faire entendre derrière celle d’Hadrien, lorsqu’il écrit Notre vie est brève nous parlons sans cesse des siècles qui précèdent ou qui suivent le nôtre comme s’ils nous étaient totalement étrangers ; j’y touchais pourtant dans mes jeux avec la pierre. Ces murs que j’étaie sont encore chauds du contact de corps disparus ; des mains qui n’existent pas encore caresseront ces fûts de colonnes. Plus j’ai médité sur ma mort, et surtout sur celle d’un autre, plus j’ai essayé d’ajouter à nos vies ces rallonges presque indestructibles. p. 141 64La construction dans la brique éternelle » de Rome et le marbre natal » de Grèce ou d’Asie relèvent ainsi d’une recherche de l’humanité et la sculpture devient monde Je suis comme nos sculpteurs l’humain me satisfait ; j’y trouve tout, jusqu’à l’éternel. La forêt tant aimée se ramasse pour moi tout entière dans l’image du centaure ; la tempête ne respire jamais mieux que dans l’écharpe ballonnée d’une déesse marine. Les objets naturels, les emblèmes sacrés, ne valent qu’alourdis d’associations humaines la pomme de pin phallique et funèbre, la vasque aux colombes qui suggère la sieste au bord des fontaines, le griffon qui emporte le bien-aimé au ciel. p. 146 65En accord avec sa vision de l’art, Hadrien confesse que [l’]art du portrait [l’]intéressait peu » dans la mesure où les portraits romains n’ont qu’une valeur de chronique copies marquées de rides exactes ou de verrues uniques, décalques de modèles qu’on coudoie distraitement dans la vie et qu’on oublie sitôt morts » p. 146 ce qu’Hadrien rejette, c’est l’individualité, la singularité peinte dans le portrait puisqu’il n’y voit là que détail, contingence, anecdote. Les Grecs au contraire ont aimé la perfection humaine au point de se soucier assez peu du visage varié des hommes » et dans cette perspective, le portrait véritable accède à l’universalité. C’est pourquoi – et la voix de Marguerite Yourcenar se fait sans doute entendre ici encore – Hadrien affirme ne jet[er] qu’un coup d’œil à [sa] propre image, cette figure basanée, dénaturée par la blancheur du marbre, ces yeux grands ouverts, cette bouche mince et pourtant charnue, contrôlée jusqu’à trembler » p. 146. 66Antinoüs va pourtant bouleverser cette conception de l’art comme accès à l’humanité, le portrait devenant symbole de l’obsession d’Hadrien à faire revivre le disparu le visage d’un autre m’a préoccupé davantage. Sitôt qu’il compta dans ma vie, l’art cessa d’être un luxe, devint une ressource, une forme de secours. J’ai imposé au monde cette image il existe aujourd’hui plus de portraits de cet enfant que de n’importe quel homme illustre, de n’importe quelle reine. J’eus d’abord à cœur de faire enregistrer par la statuaire la beauté successive d’une forme qui change ; l’art devint ensuite une sorte d’opération magique capable d’évoquer un visage perdu. Les effigies colossales semblaient un moyen d’exprimer ces vraies proportions que l’amour donne aux êtres ; ces images, je les voulais énormes comme une figure vue de tout près, hautes et solennelles comme les visions et les apparitions du cauchemar, pesantes comme l’est resté ce souvenir ibid. 67La mort d’Antinoüs signe alors une conception nouvelle de l’art chargé de porter le deuil et de rendre la vie, et Hadrien distingue lui-même entre les statues et portraits du jeune vivant » destinés à saisir le mouvement de la vie changeante, le passage du corps adolescent à l’âge adulte dans toutes ses variations, et les portraits d’après la mort, et où la mort a passé, ces grands visages aux lèvres savantes, chargés de secrets qui ne sont plus les [s]iens, parce que ce ne sont plus ceux de la vie » p. 147. La statue touche alors au sacré et teinte la volonté créatrice d’une dimension presque magique. 33 Dans les Carnets de notes, Marguerite Yourcenar souligne d’ailleurs l’élément presque faustien d ... 68En effet, si Hadrien s’entoure de statues à la mort du bien-aimé, son rapport à la sculpture change et atteint précisément une forme de désir presque faustien33 34 Philippe Berthier, Regarder les images jusqu’à les faire bouger », dans Les Diagonales du temps. ... C’est bien d’opération cabalistique qu’il convient de parler dans cette initiative pathétique – parce qu’on la sait vaine – d’extravaser sur un mannequin inerte un monde d’affects qui le ressusciterait. Dans sa folie sublime, cette démarche est celle-là même de l’écrivain. Lorsqu’elle entreprend en effet de resituer Antinoüs à l’intérieur de la restitution d’Hadrien, Yourcenar se livre à des manipulations sorcières qui sont exactement mimétiques de celles de l’empereur34... 69Dans cette perspective, qu’il s’agisse d’Hadrien ou de Marguerite Yourcenar, l’art du portrait s’inscrit dans une démarche presque démiurgique à l’image de Pygmalion, l’empereur et la romancière cherchent à donner ou redonner la vie à l’être rigidifié par la mort, le symbolisme de la pierre étant à cet égard tout à fait explicite. À ce titre, la description de l’embaumement d’Antinoüs révèle combien la volonté de figer la vie aboutit à un atroce chef d’œuvre » p. 217, indice de la dimension paradoxale d’un art devenu mortifère. Mais là où la pierre fige ces êtres dans des espaces mortuaires, Marguerite Yourcenar insuffle une voix à Hadrien, lui donnant à jamais la mesure de la vie. ...et les voix 70Les Mémoires d’Hadrien sont avant tout le [p]ortrait d’une voix » Si j’ai choisi d’écrire ces Mémoires d’Hadrien à la première personne, c’est pour me passer le plus possible de tout intermédiaire, fût-ce de moi-même », écrit Marguerite Yourcenar. Hadrien pouvait parler de sa vie plus fermement et plus subtilement que moi. » p. 330. Le roman ne propose pas le portrait physique de l’empereur à l’exception de la maladie ouvrant la lettre à Marc Aurèle et des méditations sur l’importance des sens dans l’expérience du monde, le corps d’Hadrien ne fait pas l’objet d’une peinture dans le roman. Par ailleurs, si la voix d’Hadrien dresse le portrait d’êtres qui l’entourent, ces derniers n’ont pas la parole et leurs voix ne se font pas véritablement entendre. Marguerite Yourcenar explique cette absence dialogique par l’impossibilité historiographique de transcrire le ton de la conversation Hadrien, pour jeter ce long coup d’œil sur sa vie, devait se servir de cet instrument de lucidité qu’était pour le monde gréco-romain, dont il est le représentant parfait, la parole organisée, presque impersonnelle. Je me suis rendu compte que le monologue était la seule forme possible, et je n’ai pas introduit dans le texte de conversations, parce que nous ignorons comment ces gens-là se parlaient. J’ai publié, beaucoup plus tard, un long essai dans la Nouvelle Revue française, qui paraîtra un de ces jours en volume, dans lequel j’ai exprimé l’immense difficulté de faire parler entre eux les gens de l’Antiquité. Nous avons des comédies latines, certes, imitées elles-mêmes de ce qu’on appelle la nouvelle comédie » grecque, et datant d’au moins deux siècles et demi avant Hadrien elles oscillent entre le langage de la rue, les quolibets et les injures, comme chez Plaute, et un langage artificiellement raffiné de gens bien élevés, tels qu’ils s’expriment sur la scène, comme chez Térence, et cela dans des situations romanesques toujours plus ou moins invariables. Rien dans tout cela qui nous donne le ton exact de ce qu’ont pu être les propos d’Hadrien avec Trajan, avec Antinoüs ou avec Plotine. YO, p. 141 71Absence de voix autres, donc, mais présence de portraits peints par la voix d’Hadrien ainsi lit-on de Plotine un portrait ample et précis au travers duquel la personnalité de l’impératrice se dessine davantage que ses traits physiques. [F]igure en vêtements blancs, aussi simples que peuvent l’être ceux d’une femme », portant les lourdes tresses qu’exigeait la mode » p. 95-96, Plotine est surtout le visage de la dignité, du respect et de l’amitié. L’une des images les plus emblématiques du personnage se situe lors de la scène du bûcher de Trajan Calme, distante, un peu creusée par la fièvre, elle demeurait comme toujours clairement impénétrable » p. 105 et c’est son beau silence » p. 121 et son effacement qui fondent paradoxalement son omniprésence dans la vie d’Hadrien comme dans le roman. Appréciée pour ses silences, [...] ses paroles mesurées qui n’étaient jamais que des réponses, et les plus nettes possible », ils partagent tous deux la passion d’orner, puis de dépouiller [leur] âme, d’éprouver [leur] esprit à toutes les pierres de touche » p. 95. Hadrien écrit Elle inclinait à la philosophie épicurienne, ce lit étroit, mais propre, sur lequel j’ai parfois étendu ma pensée. Le mystère des dieux, qui me hantait, ne l’inquiétait pas ; elle n’avait pas non plus mon goût passionné des corps. Elle était chaste par dégoût du facile, généreuse par décision plutôt que par nature, sagement méfiante, mais prête à tout accepter d’un ami, même ses inévitables erreurs p. 96. 72Celle qui a toujours été pour Hadrien un esprit, une pensée à laquelle s’était mariée la [s]ienne » p. 182 trouve son pendant charnel avec Antinoüs, dont le portrait physique est en revanche extrêmement développé. 73Ce sont tout d’abord les portraits véritables du jeune homme qui sont évoqués, retraçant l’adoration d’Hadrien Il y a les statues et les peintures du jeune vivant, celles qui reflètent ce paysage immense et changeant qui va de la quinzième à la vingtième année le profil sérieux de l’enfant sage ; cette statue où un sculpteur de Corinthe a osé garder le laisser-aller du jeune garçon qui bombe le ventre en effaçant les épaules, la main sur la hanche, comme s’il surveillait au coin d’une rue une partie de dés. Il y a ce marbre où Papias d’Aphrodisie a tracé un corps plus que nu, désarmé, d’une fraîcheur fragile de narcisse. Et Aristéas a sculpté sous mes ordres, dans une pierre un peu rugueuse, cette petite tête impérieuse et fière. p. 147 74Le portrait d’Antinoüs se poursuit au travers des souvenirs d’Hadrien et il est révélateur qu’à l’instar de Plotine, Antinoüs, pourtant omniprésent, reste silencieux tant dans le roman que dans la diégèse [s]a présence », écrit Hadrien, était extraordinairement silencieuse il m’a suivi comme un animal ou comme un génie familier » p. 170. Hadrien détaille précisément cette beauté si visible » p. 171 dans tout ce qu’elle a de changeant les figures que nous cherchons désespérément nous échappent ce n’est jamais qu’un moment... Je retrouve une tête inclinée sous une chevelure nocturne, des yeux que l’allongement des paupières faisait paraître obliques, un jeune visage large et comme couché. Ce tendre corps s’est modifié sans cesse, à la façon d’une plante, et quelques-unes de ces altérations sont imputables au temps. L’enfant a changé ; il a grandi. [...] La moue boudeuse des lèvres s’est chargée d’une amertume ardente, d’une satiété triste. En vérité, ce visage changeait comme si nuit et jour je l’avais sculpté. p. 171 75Dans cette image d’Hadrien sculpteur se lit la tentation démiurgique soulignée plus haut en même temps que s’exprime implicitement la part de culpabilité qui, plus tard, le rongera, comme s’il était responsable du destin de sa créature. 76Ainsi le monologue d’Hadrien est-il bien le portrait d’une voix » qui dresse à son tour le portrait d’êtres ayant empli son existence sans pour autant que ces derniers puissent accéder à la parole dans le roman Plotine comme Antinoüs demeurent des figures silencieuses. Pourtant, il pourrait sembler plus évident à une femme écrivain de donner la parole à une voix féminine comme celle de Plotine. À ce titre, on a souvent interrogé Marguerite Yourcenar sur la moindre importance des femmes dans ses textes et sur l’idée, qu’elle rejette scandalisée, qu’elle se serait cachée derrière des voix d’hommes Dans Mémoires d’Hadrien, il s’agissait de faire passer une dernière vision du monde antique vue par un de ses derniers grands représentants, et que cet être eût l’expérience du pouvoir suprême, celle de la guerre, celle d’immenses voyages, celle du grand commis occupé de réformes économiques et civiles aucune figure historique de femme n’était dans ces conditions-là, mais Hadrien, dans une pénombre discrète, a sa parèdre féminine. Je ne parle pas de quelques jeunes maîtresses, qui ont été pour lui une distraction, je parle de Plotine, la conseillère et l’amie, avec qui le liait une amitié amoureuse », dit textuellement l’un des chroniqueurs antiques. YO, p. 271 77Dans les Carnets de notes, Marguerite Yourcenar explique déjà cette [i]mpossibilité [...] de prendre pour figure centrale un personnage féminin, de donner, par exemple, pour axe à [s]on récit, au lieu d’Hadrien, Plotine ». La raison en est culturelle La vie des femmes est trop limitée, ou trop secrète. Qu’une femme se raconte, et le premier reproche qu’on lui fera est de n’être plus femme. Il est déjà assez difficile de mettre quelque vérité à l’intérieur d’une bouche d’homme » p. 329. 78Enfin, en dépit de l’insistance de Marguerite Yourcenar sur la nécessité de faire silence en elle pour faire advenir la parole d’Hadrien, c’est par sa propre voix qu’elle insuffle la vie à son personnage. Paola Ricciulli remarque ainsi que l’insistance sur le silence de l’auteur est trop marquée pour n’être pas suspecte. Derrière la neutralité apparente, de discrètes traces de subjectivité transparaissent les goûts, les réflexions, le style communs au narrateur et à l’auteur, visibles par exemple dans l’abondance des maximes, ou encore la langue elle-même, trahissent cette communauté de voix 35 Paola Ricciulli, Voix de l’auteur et voix du narrateur dans Mémoires d’Hadrien », dans Hadrien o ... Le véhicule de la communication est donc la langue de l’auteur et non celle du narrateur. Il ne s’agit pas là d’une intervention » négligeable de la part de Yourcenar si l’on considère l’ensemble des fonctions et des valeurs » exprimées, même indirectement, par la langue. Un choix dicté certainement par l’immense difficulté de faire parler entre eux les gens de l’Antiquité », mais qui transforme, objectivement, ce chant intime » en un chant à deux voix »35. 79Ainsi ce portrait d’une voix », traversé par des visages, figures omniprésentes mais silencieuses, comme autant d’ombres portées sur l’existence d’Hadrien, se veut-il plongée dans l’intériorité protéiforme d’un être auquel l’auteur prête sa voix. À travers la reconstitution de ces souvenirs, Marguerite Yourcenar cherche à saisir Hadrien toute la complexité de ce qui le fait individu, personnage, homme 36 La citation est extraite de Mishima ou la vision du vide. 37 Yves-Alain Favre, Conscience du sacré et sacré de la conscience dans l’œuvre de Marguerite Yourc ... tout d’abord l’individu, changeant, épars et contradictoire, qui tantôt se cache et tantôt se rend visible, véritable Protée qui demeure difficile à saisir ; ensuite le personnage, forgé par l’individu et destiné à servir de masque ou d’écran afin de se protéger ou de sciemment provoquer autrui ; on peut aisément le définir, mais il n’apporte guère de révélation décisive. En fin, plus profondément, l’homme réel et ce ce secret impénétrable qui est celui de toute vie36 ». Cette essence de l’être reste énigmatique pour autrui ; le terme d’ impénétrable » montre bien qu’il s’agit d’un secret, donc d’une réalité sacrée, qui échappe à toute prise de l’intelligence37. 80C’est précisément dans cette triple perception de l’être que se dessine l’universalité à laquelle aspire Marguerite Yourcenar est-ce à dire qu’en dépit d’une inscription historique forte, Mémoires d’Hadrien porte la trace de l’éternité ? Le grand pan n’est pas mort 38 Voir Philippe Borgeaud, La mort du grand Pan. Problèmes d’interprétation », Revue de l’histoire ... 81Au IIe siècle après Jésus-Christ, Plutarque annonce, dans un passage énigmatique de son traité Sur la disparition des oracles, la mort du grand Pan38 », figure du paganisme et du Tout. En recréant la vie d’un empereur contemporain de Plutarque, et qui fut son admirateur et son hôte p. 87, Marguerite Yourcenar démontre exactement le contraire. Hadrien s’attache à préserver les traditions polythéistes de la Grèce et de Rome, mais surtout il incarne la possibilité pour l’individu de se savoir partie d’un tout qui lui demeure accessible. Figure prismatique, reflet changeant du lecteur et de l’auteur, personnage insaisissable et voix encore audible, il atteste la porosité des frontières de l’être. À travers le bâtisseur du Panthéon, et par la démarche même qui préside à son écriture, Marguerite Yourcenar témoigne que Tout » est encore présent à qui sait le reconnaître. Hadrien, homme de tous les temps 82En réinventant les Mémoires d’un personnage historique, Marguerite Yourcenar peint une période bien précise, et à nulle autre pareille, ce IIe siècle [...] des derniers hommes libres », dont elle admet dans les Carnets de notes que nous sommes peut-être déjà fort loin » p. 342. Mais la modalisation apportée par ce peut-être » en dit long sur l’aura d’éternité qui émane d’Hadrien. Marguerite Yourcenar choisit de redonner parole et vie à un personnage à la fois attaché aux traditions dans ce qu’elles ont de plus fécond et de moins sclérosant – la pensée libre des Grecs –, et tourné vers le progrès au sens le plus simple et le plus noble du terme – la marche raisonnée de Rome et du monde Le moment semblait venu », estime-t-il, de réévaluer toutes les prescriptions anciennes dans l’intérêt de l’humanité » p. 128. Dans cet être qui n’ignore ni les origines ni l’avenir de son monde, elle retrouve ainsi ce qu’il y a d’immuable en l’homme. Parce qu’il est soumis au temps et inscrit dans le temps, Hadrien peut devenir l’image de l’homme inchangé, et l’auteur fait de ce paradoxe l’une des règles de son écriture [...] prendre seulement ce qu’il y a de plus durable, de plus essentiel en nous, dans les émotions des sens ou dans les opérations de l’esprit, comme point de contact avec ces hommes qui comme nous croquèrent des olives, burent du vin, s’engluèrent les doigts de miel, luttèrent contre le vent aigre et la pluie aveuglante, et cherchèrent en été l’ombre d’un platane, et jouirent, et pensèrent, et vieillirent, et moururent. p. 332 83Hadrien lui-même possède la conscience de cette permanence des émotions et sensations humaines en ce qu’elles ont de plus pur et de plus simple, peut-être de plus instinctif. Par ses ancêtres, et notamment son grand-père Marullinus, il se sent lié à des temps primitifs, mais non totalement disparus La dureté presque impénétrable de Marullinus remontait plus loin, à des époques plus antiques. C’était l’homme de la tribu, l’incarnation d’un monde sacré et presque effrayant dont j’ai parfois retrouvé les vestiges chez nos nécromanciens étrusques », se souvient-il lorsqu’il commence à relater son existence p. 40. Il pressent aussi la parenté qui l’unit à ceux qui viendront après lui. Alors qu’il achève son récit, il songe au successeur encore lointain qui transformera le visage de Rome, mais ne s’en émeut guère Il héritera de nos palais et de nos archives ; il différera de nous moins qu’on pourrait le croire » p. 314. Apaisante, cette conscience de la continuité n’est pourtant pas la marque d’un optimisme ou d’une confiance inconsidérés. On décèle aussi chez l’empereur une forme de résignation, née de la certitude que les plus tristes aspects de la condition humaine sont eux aussi inchangeables. Sa clairvoyance se fait souvent sombre, aussi ne s’illusionne-t-il pas sur les effets de ses tentatives de réformer le sort des esclaves Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l’esclavage on en changera tout au plus le nom. Je suis capable d’imaginer des formes de servitude pires que les nôtres, parce que plus insidieuses soit qu’on réussisse à transformer les hommes en machines stupides et satisfaites, qui se croient libres alors qu’elles sont asservies, soit qu’on développe chez eux, à l’exclusion des loisirs et des plaisirs humains, un goût du travail aussi forcené que la passion de la guerre chez les races barbares. p. 129 84En un siècle encore très près de la libre vérité du pied nu », l’empereur entrevoit déjà les déformations à venir, qui pourtant ne suffisent pas à altérer la substance, la structure humaine » p. 333. 85La perception conjointe de l’immuable et du changeant permet à Marguerite Yourcenar de faire de son personnage un homme de tous les temps, sans pour cela verser dans une indifférenciation des siècles qui serait simplificatrice et mensongère. Hadrien reflète en vérité un certain mouvement de l’histoire, une disposition de l’esprit humain qui refait surface de distance en distance et assure la continuité en même temps qu’elle la révèle. Dans Les Yeux ouverts, Marguerite Yourcenar dit reconnaître en cet empereur somme toute si peu romain un homme d’un autre temps, bien plus près de nous que le typique empereur romain de Suétone, ou des films et des romans à grand spectacle ; en un sens, c’est un homme de la Renaissance » YO, p. 152. Mécène avisé, humaniste avant l’heure, épris de toutes les humanités », voyageur libre et passionné de grandes découvertes, Hadrien tient à la fois de Laurent le Magnifique, d’Érasme et de Montaigne, et peut-être parfois, dans son pragmatisme politique, de Machiavel. Ces rencontres d’esprits, néanmoins, n’arrachent pas Hadrien à son siècle lui-même signale que ses idéaux sont fort partagés et relèvent d’un esprit des temps » Humanitas, Felicitas, Libertas ces beaux mots qui figurent sur les monnaies de mon règne, je ne les ai pas inventés. N’importe quel philosophe grec, presque tout Romain cultivé se propose du monde la même image que moi » p. 126. Mais c’est précisément parce qu’elle est en prise avec son époque tout en la débordant que l’œuvre d’Hadrien est grande et éveille des résonances renaissantes en faisant renaître la Grèce, en bâtissant temples et bibliothèques, il assure l’un des relais qui permettront aux hommes du XVIe siècle de faire à leur tour renaître Rome. Conscient de travailler avec les hommes du passé, il tend aussi la main à ceux des siècles futurs J’avais collaboré avec les âges, avec la vie grecque elle-même ; l’autorité que j’exerçais était moins un pouvoir qu’une mystérieuse puissance, supérieure à l’homme, mais qui n’agit efficacement qu’à travers l’intermédiaire d’une personne humaine ; le mariage de Rome et d’Athènes s’était accompli ; le passé reprenait un visage d’avenir p. 192. 86De renaissance en renaissance, l’action de quelques hommes d’exception sur la marche du temps permet d’espérer, en plein XXe siècle, le retour d’un saeculum aureum » qui prendrait le visage de cette paix à la fois fragile et exceptionnellement durable gagnée par Hadrien. Le personnage yourcenarien élabore en effet une théorie de l’harmonie des peuples d’autant plus porteuse d’espoir qu’elle émane d’un pragmatique et non d’un utopiste [...] chaque heure d’accalmie était une victoire, précaire comme elles le sont toutes ; chaque dispute arbitrée un précédent, un gage pour l’avenir. Il m’importait assez peu que l’accord fut extérieur, imposé du dehors, probablement temporaire je savais que le bien comme le mal est affaire de routine, que le temporaire se prolonge, que l’extérieur s’infiltre au-dedans, et que le masque, à la longue, devient visage. Puisque la haine, la sottise, le délire ont des effets durables, je ne voyais pas pourquoi la lucidité, la justice, la bienveillance n’auraient pas les leurs. p. 111 87Ce précédent » d’apaisement que représente le règne d’Hadrien acquiert un éclat tout particulier en 1951, celui des rêves que l’on croit sur le point de se réaliser. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la renaissance de la pax romana est plus que jamais désirable et, reconsidérant son roman une trentaine d’années après sa parution, Marguerite Yourcenar admet l’avoir crue possible Les Nations unies, à ce moment-là, cela comptait. Enfin, on pouvait imaginer un manipulateur de génie capable de rétablir la paix pendant cinquante ans, une pax americana ou europeana, peu importe. On ne l’a pas eu. Il ne s’est présenté que de brillants seconds. Mais, à l’époque, j’avais la naïveté de croire que c’était encore possible. On pouvait se dire qu’un homme plus intelligent, plus capable de naviguer dans une passe difficile, avait des chances de réussite... Je me rends compte maintenant que c’était une illusion. C’est ce qui fait que je suis passée d’Hadrien à L’Œuvre au noir. Mais au temps où j’écrivais Mémoires d’Hadrien, il était possible d’espérer, pour une période très courte encore, dans cette euphorie qui suit la fin des guerres... YO, p. 149 88Œuvre en apparence si détachée de son siècle, Mémoires d’Hadrien s’avère ainsi être le fruit d’une explosion de violence – Avoir vécu dans un monde qui se défait m’enseignait l’importance du Prince », reconnaît l’auteur p. 328 – et d’une étroite période d’espérance. En ce sens, le roman est bien un reflet de son temps. Il ne s’agit pas pour Marguerite Yourcenar de tendre à ses contemporains un miroir idéal de leur époque – son personnage lui-même récuse tout idéalisme La paix était mon but, mais point du tout mon idole ; le mot même d’idéal me déplairait comme trop éloigné du réel » p. 111. Sans doute songe-t-elle moins encore à offrir aux hommes d’État de son temps un modèle de bon gouvernement elle ne s’attendait guère à ce que son livre soit lu, moins encore à ce qu’il soit compris Seuls, quelques amateurs de destinée humaine comprendront », écrit-elle dans les Carnets de notes p. 340. Elle n’en témoigne pas moins d’une foi peut-être passagère mais qui traduit la survivance d’une ambition humaine jamais tout à fait éteinte dans le personnage d’Hadrien perdurent et renaissent les espoirs de l’empereur qui régnait sur les derniers hommes libres ». Homo sum... 39 Térence, L’Héautontimorouménos, dans Comédies II, J. Marouzeau et J. Gérard trad., Paris, Les Be ... 89Homme de tous les temps, Hadrien le multiple est aussi potentiellement tous les hommes. L’empereur pourrait faire sienne la phrase célèbre de l’ancien esclave Térence Homo sum ; nihil a me alienum puto39 » il est homme, et rien de ce qui est humain ne semble lui être étranger. Humanistes, les Mémoires d’Hadrien le sont par leurs affinités avec le courant de pensée renaissant, mais aussi plus immédiatement par l’attention soutenue et souvent humble que le narrateur accorde à l’humain. Sans cesse en mouvement, mais symboliquement au centre de l’empire et de tout, Hadrien interroge sa place et sa mesure d’homme, ouvrant ainsi l’humanisme sur un universalisme. L’aventure humaine » 90 En un sens, toute vie racontée est exemplaire », écrit Marguerite Yourcenar dans les Carnets de notes p. 342, avant de souligner les dangers que fait courir au biographe un propos exclusivement démonstratif le propos y perd de ses nécessaires nuances, la vie racontée » de sa complexité. De quoi Hadrien, grand homme, certes, mais homme faillible, est-il l’exemple ? Les Carnets de notes suggèrent peu après une réponse à la fois simple et paradoxale il est celui qui a, par excellence et pleinement, vécu l’aventure humaine » ibid., exemplaire moins par l’exceptionnel statut qui le distingue des autres hommes que par sa faculté à être à la fois lui-même et eux tous. Alors qu’il s’apprête à retracer son existence, il résume par la négative cette ambivalence féconde Tantôt ma vie m’apparaît banale, au point de ne pas valoir d’être, non seulement écrite, mais même un peu longuement contemplée, nullement plus importante, même à mes propres yeux, que celle du premier venu. Tantôt elle me semble unique, et par là même sans valeur, inutile, parce qu’impossible à réduire à l’expérience du commun des hommes p. 34. 91Par cette dualité, les Mémoires d’Hadrien mettent au jour ce que l’on pourrait nommer l’extraordinaire banalité – ou l’ordinaire exception – de chaque expérience. L’existence d’un empereur tout comme celle d’un homme obscur », tel le Nathanaël du dernier roman de Marguerite Yourcenar, porte en elle une irréductible unicité en même temps que la marque du destin commun. Et que le protagoniste soit doté d’une position et d’une lucidité d’exception ne fait que rendre plus perceptible cette tension. 40 Comme l’eau qui coule est le titre donné par Marguerite Yourcenar au recueil qui regroupe Anna, so ... 92Son aventure », Hadrien la mène en effet au sens étymologique du terme il traverse tout ce qui doit advenir » dans une vie d’homme, plaisir et souffrance, bonheur et détresse, amour, passion, deuil et maladie. L’imminence de son décès le rend même apte à témoigner de cette grande aventure commune qu’est la mort, aventure dans laquelle chaque être est en permanence engagé, mais qui demeure généralement inconnaissable et donc indicible Dire que mes jours sont comptés ne signifie rien ; il en fut toujours ainsi ; il en est ainsi pour nous tous », admet l’empereur mourant p. 12. Mais aussitôt il identifie ce qui déjà le sépare des vivants, tout en lui permettant de comprendre mieux qu’eux-mêmes leur condition Mais l’incertitude du lieu, du temps, et du mode, qui nous empêche de bien distinguer ce but vers lequel nous avançons sans cesse, diminue pour moi à mesure que progresse ma maladie mortelle » ibid. S’il lui est ainsi donné de connaître le but » de toute aventure humaine », Hadrien a aussi l’humilité d’en accepter l’absence, non pas de sens, mais de direction perceptible. Bien qu’il ait savamment construit sa carrière impériale, il se sait aussi confusément formé par les remous d’un sort dont il n’a pas la maîtrise Je perçois bien dans cette diversité, dans ce désordre, la présence d’une personne, mais sa forme semble presque toujours tracée par la pression des circonstances ; ses traits se brouillent comme une image reflétée sur l’eau » p. 33. Narcisse détourné de sa propre contemplation par les rapides d’une vie qui passe comme l’eau qui coule40 », Hadrien est à même d’apercevoir, au-delà du miroir des apparences, son insaisissable visage d’homme. Ses aveux d’impuissances sont en ce sens les meilleurs révélateurs de sa clairvoyance il sait sa vue bornée et brouillée, mais le fait même d’en avoir conscience, et de comprendre le pourquoi de cette défaillance, est déjà un correctif, ainsi que le suggèrent les dernières analyses, résignées et lucides, d’ Animula vagula blandula » [...] l’esprit humain répugne à s’accepter des mains du hasard, à n’être que le produit passager de chances auxquelles aucun dieu ne préside, surtout pas lui-même. Une partie de chaque vie, et même de chaque vie fort peu digne de regard, se passe à rechercher les raisons d’être, les points de départ, les sources. p. 35 93L’Hadrien yourcenarien ne diffère en somme des autres hommes que par le fait de se savoir tout à fait homme, sans fausse modestie ni fatuité. Aussi affirme-t-il sereinement sa supériorité Il n’y a qu’un seul point sur lequel je me sens supérieur aux autres hommes je suis tout ensemble plus libre et plus soumis qu’ils n’osent l’être. Presque tous méconnaissent également leur juste liberté et leur vraie servitude » p. 52. 94Reconnaître en l’autre son semblable ne signifie pas nécessairement le connaître ou le comprendre, ni même se connaître ou se comprendre Tout nous échappe, et tous, et nous-mêmes », écrit Marguerite Yourcenar p. 331, et elle confère cette certitude à son personnage. Mais c’est s’offrir la possibilité d’entrer, même passagèrement, dans la vie d’un autre, et de découvrir ainsi une autre facette de l’humain. Hadrien paraît en effet doué de la faculté de cerner au plus près même ceux qui diffèrent radicalement de lui, et peut-être surtout ceux qui diffèrent de lui. Trop proche, Antinoüs lui demeure illisible il semble à l’empereur que, par son dévouement même, le favori abdique en quelque sorte une part de son altérité Je m’émerveillais de cette dure douceur ; de ce dévouement sombre qui engageait tout l’être. Et pourtant, cette soumission n’était pas aveugle ; ces paupières si souvent baissées dans l’acquiescement ou dans le songe se relevaient ; les yeux les plus attentifs du monde me regardaient en face ; je me sentais jugé. Mais je l’étais comme un dieu l’est par son fidèle mes duretés, mes accès de méfiance car j’en eus plus tard étaient patiemment, gravement acceptés. Je n’ai été maître absolu qu’une fois, et que d’un seul être. p. 171 95Même au-delà de la mort, Antinoüs demeure ce bel étranger que reste malgré tout chaque être qu’on aime » p. 189. Bien plus accessibles en revanche sont les êtres que tout, a priori, éloigne d’Hadrien. Il parvient ainsi à observer dans toute sa vérité la maîtresse infidèle à laquelle il offre de quoi acheter l’amour d’un autre, le danseur Bathylle Elle s’assit par terre, petite figure nette de joueuse d’osselets, vida le sac sur le pavement, et se mit à diviser en tas le luisant monceau. Je savais que pour elle, comme pour nous tous, prodigues, ces pièces d’or n’étaient pas des espèces trébuchantes marquées d’une tête de César, mais une matière magique, une monnaie personnelle, frappée à l’effigie d’une chimère, au coin du danseur Bathylle. Je n’existais plus. Elle était seule. Presque laide, plissant le front avec une délicieuse indifférence à sa propre beauté, elle faisait et refaisait sur ses doigts, avec une moue d’écolier, les additions difficiles. Elle ne m’a jamais tant charmé. p. 78 96De même que l’homme riche sait comprendre la femme qui a d’immenses besoins d’argent » ibid., le maître de Rome devine les motivations et les réactions de l’obscur esclave des mines de Tarragone qui cherche à le tuer Point illogiquement, il se vengeait sur l’empereur de ses quarante-trois ans de servitude. Je le désarmai facilement ; sa fureur tomba ; il se transforma en ce qu’il était vraiment, un être pas moins sensé que les autres, et plus fidèle que beaucoup » p. 128. Dans une moindre mesure, il parvient même à se rapprocher de l’ennemi par excellence, Bar Kochba. La révolte juive dont ce dernier est le meneur lui est incompréhensible, mais l’ascension de l’ aventurier » de Jérusalem n’est peut-être pas sans rapport avec la sienne Je ne puis juger ce Simon que par ouï-dire ; je ne l’ai vu qu’une fois face à face, le jour où un centurion m’apporta sa tête coupée. Mais je suis disposé à lui reconnaître cette part de génie qu’il faut toujours pour s’élever si vite et si haut dans les affaires humaines ; on ne s’impose pas ainsi sans posséder au moins quelque habileté grossière. p. 254 97Partiellement opaque à lui-même, Hadrien n’en est que plus capable de percer l’opacité des autres, ne serait-ce que parce qu’il la respecte. Sans s’exagérer les ressemblances ni les différences, il s’éprouve ainsi homme parmi les hommes, et admet je suis comme eux, du moins par moments, ou j’aurais pu l’être » p. 51. En lui, Marguerite Yourcenar construit un personnage exemplairement homme. Hommes et bêtes 41 Sur ce sujet, voir Loredana Primozich, Kou-Kou-Haï ou le rêve de de l’universel », dans Maria Jo ... 42 Cette couverture et cette défroque pendue à un clou sentaient le suint, le lait et le sang. Ces ... 43 Même les âges, les sexes, et jusqu’aux espèces, lui paraissaient plus proches qu’on ne le croit ... 44 Rémy Poignault, Hadrien, le limes et l’exil », dans Marguerite Yourcenar, Cume an spearwa... » ... 98Les efforts de compréhension d’Hadrien ne se circonscrivent toutefois pas à l’homme ; ils tendent à s’ouvrir à tout ce qui l’entoure. Si l’humain se définit pour une part dans son rapport au divin, il ne trouve son exacte place qu’en s’inscrivant dans le monde naturel. Cette préoccupation, constante chez Marguerite Yourcenar, s’est exprimée dans ses prises de position écologistes et ses engagements en faveur de la cause animale, mais également dans son œuvre littéraire, depuis Suite d’estampes pour Kou-Kou-Haï », texte poétique composé en 1927 en hommage à l’un de ses chiens dont elle fait une figure de l’universel41, jusqu’à sa conférence du 8 avril 1981 intitulée, d’après l’Ecclésiaste, Qui sait si l’âme des bêtes s’en va en bas ? » et publiée dans Le Temps, ce grand sculpteur. La thématique demeure relativement discrète dans Mémoires d’Hadrien l’auteur se garde de projeter sur son personnage ses engagements personnels. Hadrien ne va pas jusqu’aux méditations de Zénon, qui retrouve dans chaque objet l’être dont il provient42, ou de Nathanaël qui fraternise avec tout ce qui existe43. Il lui arrive néanmoins de communier avec les éléments lorsque, malade, le plaisir de la nage lui est défendu, il parvient à le revivre en pensée et à dépasser le souvenir des sensations humaines pour se fondre dans une eau dont il éprouve ainsi la libre mobilité Il y eut des moments où cette compréhension s’efforça de dépasser l’humain, alla du nageur à la vague » p. 15. Il exauce alors mieux que jamais son propre vœu d’immersion dans le Tout, évoqué par Rémy Poignault Le personnage de Marguerite Yourcenar, dans un souci d’indépendance, souhaiterait abolir toutes les limites ainsi l’humain, atteignant l’universel, coïncidant avec le Tout, il n’y aura plus aucune possibilité ouverte à un quelconque exil44 » – instant sans doute miraculeux pour un homme immobilisé qui se meurt d’hydropisie. 99C’est cependant surtout dans son rapport au règne animal qu’Hadrien s’avère capable de franchir les limites de l’humain. Féru d’art cynégétique, il exerce dans la chasse une violence instinctive qui traduit son amour d’une faune qu’il respecte et divinise. Ainsi affirme-t-il avoir toujours entretenu avec la Diane des forêts les rapports changeants et passionnés d’un homme avec l’objet aimé » p. 13. Tuer une proie n’est pas, dans l’esprit du chasseur, le moyen d’affirmer la suprématie des hommes sur les bêtes, mais au contraire une manière de s’égaler à elles, en réintégrant le cycle naturel des vies et des morts. Hadrien renoue avec d’ancestrales représentations du chasseur lorsqu’il détaille l’émotion qui le saisit au passage d’un cerf Même ici, à Tibur, l’ébrouement soudain d’un cerf sous les feuilles suffit [...] à faire tressaillir en moi un instinct plus ancien que tous les autres, et par la grâce duquel je me sens guépard aussi bien qu’empereur » p. 14. Mieux encore que la bête sauvage, l’animal domestiqué enseigne à l’homme ce qu’il est profondément un fauve n’est qu’un adversaire, mais un cheval était un ami », se souvient Hadrien ibid. Le cheval Borysthènes, auquel l’Hadrien historique fit élever un tombeau et dont le nom est donné à un village p. 304, paraît occuper dans la vie de l’empereur une place aussi importante que Céler, ami des dernières années et aide de camp chargé des montures de l’empereur vieillissant. La parfaite docilité du cheval repose en effet sur une compréhension étroite et réciproque entre l’homme et l’animal il savait exactement, et mieux que moi peut-être, le point où ma volonté divorçait d’avec ma force » p. 15. Grâce à lui, Hadrien semble bien avoir été par instant cette créature hybride dans laquelle il projette son moi idéal Si l’on m’avait laissé le choix de ma condition, j’eusse opté pour celle de Centaure », affirme-t-il p. 14 – et l’allusion mythologique est ici bien plus qu’une hyperbole destinée à traduire la passion de l’art équestre. 45 Cette image de Lucius a-t-elle été suggérée à Marguerite Yourcenar par la performance révolutionna ... 46 Voir la signification que Victor Hugo confère à cette figure mythologique dans Le Satyre » prem ... 100À l’image de cet autoportrait en Centaure, les comparaisons et métaphores choisies par le narrateur traduisent sa perception des êtres, et d’un monde où les frontières sont ténues entre l’humain et l’animal. Pour traduire la légèreté et l’effronterie capricantes du jeune Lucius, Hadrien évoque un demi-dieu aux pieds et cornes de bouc ce jeune faune dansant45 occupa six mois de ma vie » p. 122. La silhouette de Pan, en qui se rejoignent animalité et humanité46, et auquel les faunes sont apparentés, se profile alors. C’est également sous le signe de celui dont le nom signifie Tout » qu’est placée la rencontre avec Antinoüs l’éraste remarque pour la première fois l’éromène lors d’une réunion qui se déroule au bord d’une source consacrée à Pan » p. 169. En compagnie de son favori, Hadrien s’adonne aux plaisirs de la musique, et joue - est-ce un hasard ? – de la flûte, instrument associé à la figure mythologique de Pan p. 175. On ne s’étonne guère que, placé sous de tels auspices, le jeune Bythinien ne cesse d’être lui-même dépeint comme une créature mi-humaine mi-animale. Hadrien voit en lui tantôt un beau lévrier avide de caresses et d’ordres » p. 170, tantôt un chevreau mis en présence d’un reptile » p. 195, tantôt un jeune faon » p. 194. Si ce réseau métaphorique suggère le caractère fragile et sauvage d’Antinoüs, et met en relief l’autorité qu’exerce sur lui Hadrien, il est loin d’être le signe de l’incommunicabilité tragique qui peu à peu sépare les deux hommes. Ces images d’animalité sont peut-être au contraire le peu que l’empereur a su saisir de son favori, fidèle et dévoué jusqu’à s’assimiler lui-même, par son suicide, à l’un des animaux familiers d’Hadrien. Les préceptes de la sorcière de Canope, qu’Antinoüs respecte à la lettre, spécifient en effet que le sacrifice est d’autant plus efficace que la créature immolée est proche du bénéficiaire Autant que possible », rappelle Hadrien, la victime devait m’avoir appartenu ; il ne pouvait s’agir d’un chien, bête que la superstition égyptienne croit immonde ; un oiseau eût convenu » p. 211. Antinoüs fait tout d’abord l’offrande de son faucon, dont la petite tête ensommeillée et sauvage » p. 212 n’est pas sans rappeler le portrait qu’Hadrien trace du jeune homme. Il choisit ensuite de devenir lui-même l’oiseau sacrifié, et se métamorphose ainsi en un nouvel Osiris, dieu noyé et père d’Horus, divinité solaire à tête de faucon. Dans le regard d’Hadrien, dans le geste d’Antinoüs, dans l’écriture de Marguerite Yourcenar, l’animal, l’homme et le dieu parfois se confondent, unissant l’individuel et l’universel. Vers un savoir universel 101Homme de la Renaissance avant l’heure, maître d’un monde mais aussi explorateur d’un monde plus vaste encore au regard duquel il questionne ses propres limites, Hadrien ressemble à l’Adam évoqué par Pic de la Mirandole dans un extrait de l’Oratio de hominis dignitate placé par Marguerite Yourcenar en épigraphe de L’Œuvre au noir 47 L’Œuvre au noir, op. cit., p. 10. Je ne t’ai donné ni visage, ni place qui te soit propre, ni aucun don qui te soit particulier, ô Adam, afin que ton visage, ta place, et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. Nature enferme d’autres espèces en des lois par moi établies. Mais toi, que ne limite aucune borne, par ton propre arbitre, entre les mains duquel je t’ai placé, tu te définis toi-même. Je t’ai placé au milieu de ce monde, afin que tu pusses mieux contempler ce que contient le monde. Je ne t’ai fait ni céleste ni terrestre, mortel ou immortel, afin que toi-même, librement, à la façon d’un bon peintre ou d’un sculpteur habile, tu achèves ta propre forme47. 48 De toutes choses connaissables », devise de Pic de la Mirandole. 102Amant passionné des statues, Hadrien se sculpte lui-même par la Disciplina augusta » et la Patientia », mais également par la contemplation et la connaissance, qui lui permettent d’amalgamer à sa propre substance l’infinie diversité du monde. Humain aussi par ses faiblesses, l’Hadrien yourcenarien ne prétend pas pouvoir témoigner de omni re scibili48 » ; à travers lui, Marguerite Yourcenar soulève néanmoins la question de la possibilité même d’un savoir qui tendrait vers l’universel. Libido sciendi... 103Les Mémoires d’Hadrien peuvent se lire comme la biographie d’un homme érudit recomposée par une femme qui ne l’est pas moins ; ils constituent donc, pour le lecteur, le mode d’accès au savoir d’un être et de son temps, en même temps qu’une source d’informations sur cet être et ce temps. Rien de documentaire pourtant dans l’œuvre de Marguerite Yourcenar le savoir y vaut moins pour lui-même que pour les réflexions qu’il suscite. 49 Voir Beatrice Ness, Mystification et créativité dans l’œuvre romanesque de Marguerite Yourcenar, ... 104L’existence même de Mémoires d’Hadrien est le fruit d’un savoir livresque dont la Note finale permet de saisir l’ampleur et la profondeur rien de ce qui touche, de près ou de loin, à Hadrien n’a semble-t-il échappé à Marguerite Yourcenar, qui énumère minutieusement ses sources, et justifie jusqu’aux moindres détails de son œuvre, expliquant par exemple que le nom d’Arété, bien qu’ arbitrairement [...] donné à l’intendante de le Villa », provient d’un poème authentique d’Hadrien » p. 351. C’est de l’authenticité de sa reconstitution » que l’auteur témoigne en dévoilant l’immense travail d’érudition qui sous-tend le récit, persuadée que sa valeur humaine est [...] singulièrement augmentée par la fidélité aux faits » p. 350. Le savoir, et l’accès à la véridicité qui en émane, seraient donc des valeurs » humaines et littéraires donnant au récit son poids, à l’écriture son prix, et à l’auteur sa raison d’être elle a le sentiment d’appartenir à une espèce de Gens Ælia, de faire partie de la foule des secrétaires du grand homme, de participer à cette relève de la garde impériale que montent les humanistes et les poètes se relayant autour d’un grand souvenir » p. 344. Cependant Marguerite Yourcenar s’attache à gommer autant que possible de son œuvre les traces de ce savoir la Note est un texte tardif, qui ne lui a pas toujours paru indispensable aux Mémoires d’Hadrien et dont elle remet en cause l’utilité, alors même qu’elle la publie Une reconstitution du genre de celle qu’on vient de lire [...] touche par certains côtés au roman et par d’autres à la poésie ; elle pourrait donc se passer de pièces justificatives » p. 351. Interrogée sur ses méthodes de travail par Matthieu Galey, elle nie avoir effectué des recherches systématiques en bibliothèque, et met en avant un long et profond processus d’imprégnation, qui n’a pas nécessairement été mené en vue de la rédaction des Mémoires d’Hadrien YO, p. 139-140 la passion de connaître est bien là, mais non le désir de savoir dans un but purement utilitaire. Dans le récit lui-même enfin, tout ce qui pourrait rappeler au lecteur le sous-bassement érudit de l’œuvre disparaît l’étude génétique du roman49 révèle que Marguerite Yourcenar, en même temps qu’elle corrigeait ce que son lexique pouvait avoir de trop actuel, a supprimé des fragments de texte consacrés à la description des mœurs romaines. 105Cette volonté de fondre dans le creuset du livre la somme de connaissances qui entre dans sa composition relève d’abord d’un souci de vraisemblance. Ce qui n’est accessible à l’écrivain ou au lecteur du XXe siècle que grâce à des fouilles presque archéologiques dans d’épaisses strates de témoignages et de documents est familier à Hadrien et à son correspondant rien ne justifierait donc que l’épistolier s’attarde longuement sur les realia du monde romain, moins encore qu’il s’attache à les expliquer. Mais la défiance que l’on perçoit chez Marguerite Yourcenar à l’égard du substrat savant qu’elle considère pourtant comme indispensable à son écriture a également des raisons plus profondes, dont la lettre d’Hadrien se fait l’écho. Apprendre tout ne suffit pas à tout savoir, telle semble être la conviction partagée par l’auteur et son personnage. Avant d’entreprendre le récit de son existence, Hadrien examine en effet les moyens de connaissance qui s’offrent à lui pour parler au plus juste, et les déclare tous imparfaits Comme tout le monde, je n’ai à mon service que trois moyens d’évaluer l’existence humaine l’étude de soi, la plus difficile et la plus dangereuse, mais aussi la plus féconde des méthodes ; l’observation des hommes, qui s’arrangent le plus souvent pour nous cacher leurs secrets ou pour nous faire croire qu’ils en ont ; les livres, avec les erreurs particulières de perspectives qui naissent entre leurs lignes. p. 30 106S’il déclare préférer la connaissance par les livres à l’observation directe des hommes », méthode moins complète encore » p. 31, il juge lacunaire par nature le savoir livresque, qui ne fait sens qu’au regard de l’expérience la vie [lui] a éclairci les livres » p. 30, et ses réserves rejoignent et explicitent tout à la fois l’attitude prudente de Marguerite Yourcenar à l’égard de ses sources. Selon Hadrien, l’écrit, transmutation du réel, n’en retient qu’un reflet fragmentaire ou épuré, c’est-à-dire nécessairement faussé, gauchi Je m’accommoderais fort mal d’un monde sans livres, mais la réalité n’est pas là, parce qu’elle n’y tient pas tout entière », résume-t-il p. 31. 50 Les philosophes font subir à la réalité, pour pouvoir l’étudier pure, à peu près les mêmes trans ... 107Livre bâti avec et sur des livres, les Mémoires d’Hadrien disent la passion de lire, le caractère indispensable de la lecture, les pouvoirs du livre, et notamment de la fiction à propos des contes, Hadrien admet bien que ces derniers soient réputés frivoles, je leur dois peut-être plus d’informations que je n’en ai recueilli dans les situations assez variées de ma propre vie » p. 30. Marguerite Yourcenar, et Hadrien plus encore, qui vit à une époque où une culture exhaustive est encore possible, semblent avoir lu tous les livres » J’ai lu à peu près tout ce que nos historiens, nos poètes, et même nos conteurs ont écrit », affirme l’empereur ibid. Ils y puisent un savoir immense, mais aussi la conscience aiguë de ce qui leur échappe les livres, lieu de naissance de l’Hadrien pensant qui a pu y port[er] pour la première fois un coup d’œil intelligent sur soi-même » p. 43, ne suffisent cependant pas à lui expliquer sa propre vie. De même, pour Marguerite Yourcenar recomposant l’homme qu’il a été, Hadrien n’est pas, ou n’est plus, ou n’est pas tout entier dans les livres qui le dépeignent, ni même dans les textes qu’il a écrit. Est-il davantage dans Mémoires d’Hadrien ? Le roman peut-il autre chose qu’approcher la vérité d’un être tout en suggérant honnêtement, sinon sa propre vanité, du moins ses limites ? Les impressions éprouvées par le lecteur et par l’auteur elle-même au cours de son travail laissent à penser que oui. Hadrien parle Hadrien pouvait parler de sa vie plus fermement et plus subtilement que moi », disent les Carnets de notes, p. 330, il ment, parfois À de certains moments, d’ailleurs peu nombreux, il m’est même arrivé de sentir que l’empereur mentait. Il fallait alors le laisser mentir, comme nous tous », p. 341 et, parce qu’il ment, s’affranchit ce cette réalité pure mais atomisée des philosophes que lui-même récuse50 le temps d’une lecture, Hadrien existe, parce qu’à l’amour du savoir et de la sagesse se mêlent, dans l’écriture de Marguerite Yourcenar, d’autres amours. ... et magie sympathique » 108La connaissance, et en particulier la connaissance de l’autre ses contemporains pour Hadrien, et Hadrien lui-même pour Marguerite Yourcenar, ne relève en effet pas exclusivement de la saisie intellectuelle. Elle peut aussi être le fruit d’une rencontre plus intuitive, presque d’ordre mystique. À seize ans, Hadrien apprend du médecin Léotichyde, esprit positif et adepte d’une méthode empirique à préférer les choses aux mots » p. 47. C’est pourtant bien grâce aux mots, et plus précisément grâce à la rhétorique, qu’il a découvert peu auparavant la faculté de devenir autre par un effort de l’esprit Quant aux exercices de rhétorique où nous étions successivement Xerxès et Thémistocle, Octave et Marc-Antoine, ils m’enivrèrent ; je me sentis Protée. Il m’apprirent à entrer tour à tour dans la pensée de chaque homme, à comprendre que chacun décide, vit et meurt selon ses propres lois. p. 44 51 Edith Marcq, L’empathie ou une manière d’écriture yourcenarienne », dans Marguerite Yourcenar, é ... 109L’ivresse à la fois naïve et profonde de l’étudiant grec » n’est pas sans lien avec les rituels d’écriture mis en place par Marguerite Yourcenar elle-même, que les mots mènent aux choses et aux êtres. La connaissance érudite et aussi exhaustive que possible de son sujet lui offre en effet la possibilité d’une intimité véritable avec les êtres qu’elle évoque comme on évoque un esprit. Les Carnets de notes décrivent une méthode dans laquelle savoir et sensation sont indissociables, et qui conduit à un contact, à une communication, voire à une communion avec ce qui échappe à l’intellect Un pied dans l’érudition, l’autre dans la magie, ou plus exactement, et sans métaphore, dans cette magie sympathique qui consiste à se transporter en pensée à l’intérieur de quelqu’un » p. 330. Pour que les Mémoires d’Hadrien dépassent l’aporie des livres où la réalité n’entre pas tout entière », il ne suffit pas de tout savoir de l’empereur l’auteur éprouve également le besoin de sentir avec lui, de sentir en lui ce qu’il a été. La sympathie est alors à entendre dans son sens le plus courant comme dans son sens étymologique la magie » sans doute, ne saurait opérer sans certaines affinités électives qui unissent la créatrice et son personnage, mais elle consiste à participer à ses joies, à ses peines, à ses passions, à éprouver les propres lois » de l’autre, à un tel degré que l’on a pu qualifier d’empathique l’écriture yourcenarienne51. 110Et peut-être est-ce par ce goût et cette faculté de se fondre en l’autre que Marguerite Yourcenar rejoint le plus étroitement le personnage qu’elle réinvente. Il s’agit là en effet de l’une des préoccupations constantes d’Hadrien tel qu’elle le représente, tel qu’elle dit l’avoir entendu. Tout au long de son existence, il semble chercher à retrouver l’éblouissement causé par les exercices de rhétorique qui avaient ressuscité en lui d’illustres disparus. Mais le prodige, alors, s’étend aux vivants comme aux morts, aux intimes comme aux inconnus, et potentiellement à tout être. Lorsqu’il s’agit d’Antinoüs, ces tentatives achoppent les marbres les plus criants de ressemblance ne peuvent redonner vie au défunt, les efforts les plus douloureux pour retrouver ses ultimes sensations ne peuvent permettre à l’endeuillé de vivre sa mort Je reconstituais le fléchissement de la passerelle sous les pas pressés, la berge aride, le dallage plat ; le couteau qui scie une boucle au bord de la tempe ; le corps incliné ; la jambe qui se replie pour permettre à la main de dénouer la sandale ; une manière unique d’écarter les lèvres en fermant les yeux. Il avait fallu au bon nageur une résolution désespérée pour étouffer dans cette boue noire. l’essayai d’aller en pensée jusqu’à cette révolution par où nous passerons tous, le coeur qui renonce, le cerveau qui s’enraye, les poumons qui cessent d’aspirer la vie. Je subirai un bouleversement analogue. Mais chaque agonie est différente ; mes efforts pour imaginer la sienne n’aboutissaient qu’à une fabrication sans valeur il était mort seul. p. 223-224 111Le caractère ineffable et incompréhensible de chaque mort n’est cependant peut-être pas le véritable obstacle à cette tentative de souffrir le trépas d’un autre. Marguerite Yourcenar dit s’y être essayée, et semble-t-il avec plus de succès, puisque l’expérience de la mort revécue d’Hadrien a donné naissance aux dernières pages du livre Le 26 décembre 1950, par un soir glacé, au bord de l’Atlantique, dans le silence presque polaire de l’Île des Monts Déserts, aux États-Unis, j’ai essayé de revivre la chaleur, la suffocation d’un jour de juillet 138 à Baïes, le poids du drap sur les jambes lourdes et lasses, le bruit presque imperceptible de cette mer sans marées arrivant çà et là à un homme occupé des rumeurs de sa propre agonie. J’ai essayé d’aller jusqu’à la dernière gorgée d’eau, le dernier malaise, la dernière image. L’empereur n’a plus qu’à mourir. p. 342-343 112Si Hadrien ne peut faire l’expérience des derniers instants d’Antinoüs, c’est plus vraisemblablement parce que la solitude extrême, par essence, ne se partage pas rejoindre le jeune homme, sympathiser avec lui dans son suicide impliquerait qu’il cesse d’être lui-même, et Hadrien se montre attentif à ne pas dénaturer le dernier acte de son amant, dût-il pour cela renoncer à le comprendre En prenant sur moi toute la faute, je réduis cette jeune figure aux proportions d’une statuette de cire que j’aurais pétrie, puis écrasée entre mes mains. Je n’ai pas le droit de déprécier le singulier chef-d’œuvre de son départ ; je dois laisser à cet enfant le mérite de sa propre mort » p. 189. 113Hors de cet extrême, tout paraît avoir été accessible aux facultés sympathiques d’Hadrien. Sans doute même a-t-il vu parfois la figure opaque d’Antinoüs s’éclairer pour lui grâce à la communion sensuelle dans laquelle il trouve le plus sûr moyen de connaître véritablement l’autre J’ai rêvé parfois d’élaborer un système de connaissance humaine basé sur l’érotique, une théorie du contact, où le mystère et la dignité d’autrui consisteraient précisément à offrir au Moi ce point d’appui d’un autre Monde. La volupté serait dans cette philosophie une forme plus complète, mais aussi plus spécialisée, de cette approche de l’Autre, une technique de plus mise au service de la connaissance de ce qui n’est pas nous. Dans les rencontres les moins sensuelles, c’est encore dans le contact que l’émotion s’achève ou prend naissance [...]. Avec la plupart des êtres, les plus superficiels de ces contacts suffisent à notre envie, ou même l’excèdent déjà. Qu’ils insistent, se multiplient autour d’une créature unique jusqu’à la cerner tout entière ; que chaque parcelle d’un corps se charge pour nous d’autant de significations bouleversantes que les traits d’un visage ; qu’un seul être, au lieu de nous inspirer tout au plus de l’irritation, ou du plaisir, ou de l’ennui, nous hante comme une musique et nous tourmente comme un problème ; qu’il passe de la périphérie de notre univers à son centre, nous devienne plus indispensable que nous-mêmes, et l’étonnant prodige a lieu, où je vois bien davantage un envahissement de la chair par l’esprit qu’un simple jeu de la chair. p. 22-23 114Sous les espèces du prodige et du jeu sérieux où tout l’être s’engage, c’est bien d’un rituel magique que le narrateur construit ici la théorie, et il ne diffère somme toute guère des pratiques apotropaïques de la sorcière de Canope. De même que le sacrifice d’une créature protège son propriétaire selon une logique de contiguïté, le contact avec un corps permet d’atteindre l’esprit qu’il recèle. Une fois de plus, les méditations du personnages viennent redoubler les expériences qui ont présidé à sa création, car Marguerite Yourcenar a elle aussi vécu des rencontres spirituelles suscitées par un contact physique. L’émotion avec laquelle elle décrit, dans les Carnets de notes, un profil d’Antinoüs ciselé dans une sardoine laisse deviner les vertus qu’elle accorde à cet objet ; la pierre lui permet de rejoindre, non pas l’éphèbe dont elle garde l’image, ni même l’artiste qui l’a finement sculptée, mais l’homme qui l’a tenue entre ses mains Le second de ces chefs-d’œuvre est l’illustre sardoine qui porte le nom de Gemme Marlborough, parce qu’elle appartient à cette collection aujourd’hui dispersée ; cette belle intaille semblait égarée ou rentrée sous terre depuis plus de trente ans. Une vente publique l’a remise en lumière en janvier 1952 ; le goût éclairé du grand collectionneur Giorgio Sangiorgi l’a ramenée à Rome. J’ai dû à la bienveillance de ce dernier de voir et de toucher cette pièce unique. [...] De tous les objets encore présents aujourd’hui à la surface de la terre, c’est le seul dont on puisse présumer avec quelque certitude qu’il a souvent été tenu entre les mains d’Hadrien. p. 338 115Le puissant rituel du contact n’est toutefois pas toujours nécessaire pour qu’opère la magie de la rencontre sympathique. Une alchimie immédiate, au-delà des gestes et des mots, permet ainsi la compréhension parfaite et réciproque d’Hadrien et de Plotine L’intimité des corps, qui n’exista jamais entre nous, a été compensée par ce contact de deux esprits étroitement mêlés l’un à l’autre. Notre entente se passa d’aveux, d’explications, ou de réticences les faits eux-mêmes suffisaient », se souvient l’empereur p. 96. Aussi le miracle d’une communion poursuivie au-delà de la mort peut-il advenir la mort changeait peu de chose à cette intimité qui depuis des années se passait de présence ; l’impératrice restait ce qu’elle avait été pour moi un esprit, une pensée à laquelle s’était mariée la mienne » p. 182. Et l’on se plaît à imaginer que Marguerite Yourcenar, nouvelle Plotine, n’avait pas même besoin d’une gemme passée entre les mains de son personnage pour marier sa pensée à la sienne. À travers lui, elle accède également à la connaissance de chaque être, puisqu’Hadrien affirme y être parvenu par la mémoire des gestes et des sensations auxquels la maladie l’a contraint de renoncer Ainsi, de chaque art pratiqué en son temps, je tire une connaissance qui me dédommage en partie des plaisirs perdus. J’ai cru, et dans mes bons moments je crois encore, qu’il serait possible de la sorte de partager l’existence de tous, et cette sympathie serait l’une des espèces les moins révocables de l’immortalité. p. 15 116 L’une des espèces [...] de l’immortalité », et non la seule, écrit Hadrien. Le livre en est une autre. En immortalisant par l’écriture un être auquel elle donne la conscience d’avoir été relié à tout et tous, Marguerite Yourcenar prolonge la grande chaîne des sympathies et offre à ses lecteurs de s’y rattacher. Vecteur d’un autre contact magique, un petit volume de papier imprimé, parce qu’il peut être multiplié presque à l’infini, s’avère un talisman plus puissant encore que l’unique et sublime sardoine où se lit le profil d’un adolescent grec. Loeil d’Horus – Une vision ésotérique de l’Egypte ancienne. 31 décembre 2016 23 novembre 2015 par Conscience. L’oeil d’Horus est un documentaire d’une profondeur incroyable sur l’Egypte Ancienne, qui est présenté non pas du point de vue de l’Egyptologie classique, mais d’un point de vue ésotérique, qui met clairement en évidence la nature cyclo-cosmique du Une famille comme une autreRésumé du chapitre précédent Houni »Yugi sursauta au son de cette voix inconnue, il releva brusquement la tête et vit une silhouette debout devant sa fenêtre à travers laquelle les premiers rayons solaires entraient dans la pièce, mais dont les traits étaient cachés par le contrejour. Qui êtes-vous ? »Il ne savait pas pourquoi, mais il fut convaincu que l'intrus avait souri. Ne me reconnais-tu pas, petit-frère ? »Chapitre 5 Horus et Seth Des plus profonds désirs naissent les haines les plus mortelles » - Socrate - YAMI ? »Il bondit de son lit et se jeta sur l'intrus. Yami ! C'est toi ? C'est vraiment toi ? » S'exclama-t-il mi- riant mi- pleurant, heureux de sentir ce corps étrangement familier dont le contact amenait des vagues de chaleur à l'intérieur de lui, comme s'il revivait enfin. Pourquoi cette question ? » rigola Atem en l'entourant de ses bras. Tu m'as... tellement... manqué » parvint à dire Yugi entre deux roi fit remonter sa main dans son dos dans une légère caresse avant de passer tendrement ses doigts fins dans les cheveux en forme d'étoile de son aibou, qui humait son odeur à pleins poumons. Moi aussi tu m'as manqué » murmura l'élu des dieux en fronça les sourcils, il y avait quelque chose qui clochait dans ce ton, comme s'il était teinté d'une certaine ironie. Il leva la tête vers le pharaon qui lui offrit un sourire rassurant, Yugi plongea dans le lac rouge de son vis à vis la tête la première comme s'il cherchait quelque chose qui lui prouverait qu'Atem était bien revenu, que ce n'était pas qu'une illusion de son esprit. Il ne trouva qu'un affreux vide. Surpris, il s'éloigna à contrec½ur de l'étreinte de son idole et le scruta avec inquiétude. Atem ? » Désolé de te décevoir, Yugi. » Comment ? » Laisse-moi te raconter une petite histoire. »Le moins jeune s'assit sur le lit et invita le plus petit à s'installer sur ses genoux, ce qu'il fit avec une confiance aveugle, malgré le milliard de questions qui se bousculaient dans sa fut là son même moment, dans la même ville, à seulement quelques rues d'écart, un jeune homme songeur errait depuis la veille au soir trouvant la nuit propice à la réflexion. Une question en particulier revenait souvent Pourquoi était-il toujours là ?Il se baladait dans les rues encore désertes à cette heure précoce, le visage impassible, ses pas étaient légers, il se confondait aisément dans les ombres comme le voleur qu'il avait l'avait-il défendu devant Osiris ? Pourquoi avait-il demandé qu'il reste dans le monde des vivants, qu'une seconde chance lui soit accordée? Il éclata d'un rire cynique. Mais qu'est-ce qui avait bien pu passer dans la tête du pharaon ? Yugi lui aurait-il à ce point pourri l'esprit ? Mais le regard qu'Atem lui avait lancé, avant que le monstre 4 se recule et qu'il puisse retourner sain et sauf d'où il était venu, en aurait intrigué plus d'un. Comme du... regret ? Absurde. Un rire tonitruant l'interrompit dans ses réflexions. Eh bien tu t'en pose des questions ! »Il se retourna vivement. L'homme était presque trentenaire, assez grand, ses cheveux qui brillaient d'un éclat d'argent étaient coupés au carré, ondulés en de petites vagues satinées, tombant sur ses épaules et, ses yeux... verts d'une clarté presque limpide, vous emprisonnaient dans leurs eaux. S'il avait été un élément, la source de vie aurait été sa meilleure représentation. Yamasu ? »Lui qui se vantait de plus pouvoir être surpris de beaucoup de choses était sur le coup, il fallait bien l'admettre, prit de court. Les gens m'appellent plutôt Yvan en ce temps, mais libre à toi, Roi des voleurs » déclara-t-il en lui offrant son éternel sourire se méfiait des sautes d'humeurs spectaculaires de Yamasu et resta donc sur ses gardes, connaissant trop bien l'homme devant lui. Ils avaient été relativement proches à une période révolue de leur enfance où ses tuteurs », nomades, avaient daignés rester au même endroit plus de trois mois d'affilé, un exploit! Dommage que le seul qui aurait pu y répondre soit mort et momifié » ricana osait-il fouiller ses pensées ? Il pouvait bloquer Pegasus mais pas lui. Bakura aurait sincèrement voulu se mettre en colère mais il n'y arrivait pas. Il était juste quelque peu agacé. Que fais-tu là ? » demanda-t-il sèchement. N'ai-je pas le droit de me promener ou bon me semble, vieil ami ? »Le vieil ami en question grimaça à l'appellation et insista d'une voix grinçante Ne me prends pas pour un imbécile, je sais que si tu t'es arrêté pour me parler c'est qu'il y a une raison. Sache que je refuse »Le visage de son vis-à-vis se ferma complétement et il fit volteface, entrainant son manteau de fourrure blanche à tournoyer élégamment autour de sa fine silhouette. Je voulais juste te revoir, Meyou 1. Et pour information j'ai senti la présence de l'héritier combinée à celle de Seth dans le coin. Intriguant, non seulement qu'ils soient réunis mais que leurs magies se soient réveillées... » Ajouta-t-il d'un ton rêveur avant de disparaitre Bakura ne savait bien étrange personnage... Et c'était quoi cette histoire d'héritier ? Il s'en foutait non ? Mais le voleur était d'un naturel curieux. Il allait donc tirer cette affaire au clair.*Parc de Domino*Joey et Téa soupirèrent de concert. Ils se tenaient devant une impasse. Comment remonter le moral de leur ami ? Malgré sa pathétique comédie ils voyaient bien qu'il n'allait pas bien. Ils virent Mai arriver au loin, l'air perturbée. Son petit-ami alias Joey se précipita vers elle en lui demandant ce qu'elle avait, vite suivi du reste de la bande. Voilà des mois qu'ils n'avaient pas eu de nouvelles d'elle, la blonde déclinait leurs appels, ne répondait plus à leurs messages et les laissait plantés devant une porte fermée, jamais la même. Lorsque Téa avait envoyé le message général pour ce rendez-vous elle n'aurait jamais cru que la blonde viendrait. J'ai quelque chose à vous avouer... »***Ahmosis/Akio lui offrit un grand sourire enfantin qui contrastait avec la finesse de ses traits et lui sauta dans les bras Yamasu/Yvan le réceptionna sans peine. Seto/Seth regardait cette scène touchante d'un air absent. Ça faisait longtemps » commenta-t-il simplement en l'invitant d'un geste à venir s'assoir sur l'un des fauteuils de son le fit, gardant le jeune homme contre lui à la manière d'Atem. L'ainé Kaiba s'installa sur le sofa bleu glace en face d'eux. Je veux ramener Atemu »Yvan acquiesça. J'ai besoin de toi et des autres » Je m'en doutait. Je pense que Bakura ne tardera pas »Le multimilliardaire haussa un sourcil mais ne releva pas, il était assez intelligent pour avoir deviné ce que cette parole impliquait et savait pertinemment qu'il n'aurait pas de réponse concrète s'il exigeait plus de précisions. Akio en était arrivé à la même conclusion et lâcha un soupir frustré. Yamasu leur offrit un sourire éblouissant avant de reprendre immédiatement un air plus sérieux. Pour les autres ça va être compliqué » Tu ne m'apprends rien, mais j'en ai deux trois à portée de main »Ce fut au tour d'Yvan de hausser un sourcil. Qui ? » Kisara, Téana et Maï. Je soupçonne cette dernière d'avoir été sujette aux mêmes réminiscences que nous. Si c'est le cas l'explosion de magie de tout-à-l'heure devrait la persuader de nous rejoindre comme il a été cas pour toi je suppose ».Le silence de l'homme fut classé comme oui ».*** Mai ? »Le parc était anormalement désert cet après-midi-là, même le chant des oiseaux et le murmure du vent s'étaient tut. L'atmosphère était pesante, presque hostile. Se mêlaient inquiétude, ranc½ur, culpabilité, curiosité et une colère à peine voilée. Seul le léger bruissement des feuilles sous la brise allégeait quelque peu ce silence lourd de sens. La bande d'amis attendait patiemment que la jeune femme leur dise enfin ce qui n'allait pas."Mai?" interpella une seconde fois inspira un bon coup avant d'enfin reprendre la parole Pardon je suis désolée. Tellement désolée ! Je ne voulais pas vous impliquer, m'impliquer dans tout ça..."***" Ils prennent du temps tout de même" lâcha Seto avec une pointe d'agacement."Hum?" fut la seule réaction de son prétendu cousin. Son frère adoptif 3 resta sans réaction et les traits de son " neveu" 2 se durcirent. Seto ne put s'empêcher de penser une énième fois qu'il ressemblait à son père." Si, au moins une journée dans nos existences, nous jouions cartes sur table?" clama Akio d'une voix claire et chose avait changé chez le jeune homme. Là, tous se rappelèrent d'un prince en essor qu'ils avaient tous respecté, d'une façon ou d'une autre, et qui ressortait dans le comportement d'Akio et son autorité nouvellement se reflétait dans le regard liquide d'Yvan qui l'observait attentivement. Une forte barrière, gardée intacte depuis que le pharaon l'avait dressée, l'empêchait d'accéder à son esprit mais il parvenait néanmoins distinguer un peu de son aura. Un doux sourire apparut sur ses lèvres enfin une semblable à la sienne. Il frappa dans ses mains, faisant sursauter les personnes présentes dans le salon." Pourquoi pas?" s'écria-t-il d'un ton peu trop enjoué pour être naturel. " Si nous commencions par faire sortir votre vieil ennemi de sa cachette?"Les trois autres hommes le regardèrent sans comprendre. L'ancien commerçant de renom tourna la tête vers le haut et encouragea avec une certaine ironie"Il ne faut pas avoir peur, Meyou, après tout tu fais partie de la famille."Ils n'eurent pas le temps d'encaisser l'information qu'un bruit métallique retentit dans le silence interrogateur et un corps tomba lourdement du plafond pour atterrir au milieu d'eux. Haletant, les cheveux plaqués sur sa peau, le front couvert d'une fine pellicule de sueur, sonné, Bakura se releva aussitôt et pointa un doigt furieux vers le trentenaire" YAMASU FILS D'HEROU! J'exige une explication! "" FILS D'HEROU?" s'exclama Ahmosis en écho. " Mais n'est-il pas le frère ainé de mon père?"***Dès que le visage d'Atem était sorti de son champ de vision, Yugi avait su que quelque chose n'allait pas. Non, pas su, il l'avait su depuis le début, disons plutôt qu'il ne pouvait plus passer outre. Un bras l'encerclait fermement, presque à lui en faire mal, mais son propriétaire ignorait ses faibles protestations. Le sentiment de sécurité qu'il aurait dû ressentir, qu'il avait toujours ressenti, en présence de son yami avait disparu. Là, il avait peur. Il ne put s'empêcher de trembler lorsque le pharaon reprit la parole avec un détachement et une froideur qui jamais ne lui fut adressé auparavant, pas à lui." Pourquoi trembles-tu Houni? Il m'a bien semblé entendre celui dont j'ai pris la forme dire que tu ne tremblerais jamais devant lui. A moins que tu ais compris qui je suis réellement, ceci n'est pas pardonnable."" QUOI? LÂCHEZ-MOI! JE NE SUIS PAS CELUI QUE VOUS CROYEZ. JE SUIS YUGI MÛTO! PAS HOUNI!""Chut."Yugi aurait certainement voulu continuer de crier mais de sa bouche aucun son ne pu sortir dès cet instant-là." Changer d'époque et de nom ne sont pas des prétextes valables pour renier tes origines, prince d'Egypte. J'avais dit que j'allais te raconter une histoire, et j'ai pour habitude de tenir parole."***Bakura ne put s'empêcher de frissonner au regard noir que lui envoya Yvan à cet instant-là." C'était censé être un secret, Bakura."Il avait craché son nom comme une insulte, et c'était mauvais signe." Es-tu seulement le fils d'Akhésa?" demanda Seto, indifférent au regard rougeoyant de colère de son... quelque soit la réponse, s'affrontèrent un moment, les yeux dans les yeux, puis la tension retomba d'un coup. Ils étaient de force caractérielle égale cela n'aurait servi à rien de continuer un duel aussi vide de sens, car Seto était un Kaiba, et un authentique membre de la famille "ténèbres"."Oui. Et Bakura est mon demi-frère, par notre père. Il est grand temps que tu saches une ou deux choses Meyou."Le chaton 1 en question ne bougea pas d'un millimètre et Akio laissa échapper un soupir agacé" Tu voulais des réponses non? Eh bien assieds-toi près de nous pour qu'ils nous disent ce qu'ils ont à dire" déclara-t-il d'un ton à la limite du cassant." Qui es-tu toi d'abord?" répliqua le pilleur de cet importun pouvait se permettre de s'assoir sur SON AMI, heu... demi-frère... peu importe, pour QUI ce gamin se prenait-il? Il n'eut pas le temps de fulminer encore plus que l'ainé Kaiba l'agrippa fermement par le bras et l'obligea à s'assoir sur le canapé bleu un peu trop dur pour ses fesses délicates. Bakura voulut protester mais aucun son ne sortit de sa bouche, il ne pu que fusiller un Yvan impassible du regard.***Le faux Atem adressa un sourire tout sauf avenant à Yugi avant d'entamer son récit" A la chute de la famille "ténèbres", car c'est ainsi qu'elle était surnommée, les croyances de bases que le peuple d'Egypte entretenait ont été modifiées. Les nouveaux dirigeants étrangers, manipulé par certains de tes ancêtres, ont peu-à-peu "réinterprétés" l'histoire, jusqu'à la changer complètement"***" Bakura" interpella sèchement Seto. "Sache que certaines de nos légendes ont été déformées après la mort de notre dernier représentant. En premier lieu, Horus n'a jamais été aussi blanc qu'Isis a toujours voulu le penser, et les exemples de ceci sont assez nombreux." Note de MephK Moi je dis que c'est Isis la sorcière assoiffée de pouvoir et Horus, comme son père, est juste un pauvre pion destiné à lui servir le trône sur un plateau d'argent. XD Il faut bien admettre que l'intérêt de Bakura était piqué.***"Horus était déjà né lors de l'assassinat de son père. Il avait été présent lors de ce banquet, il avait vu le piège mais pourtant il avait laissé Seth agir. Diverses conclusions en ont été tirées. La plus plausible selon moi est que... 5" poursuivit Seto.***"Tu sais Houni, Horus et Seth ont tous deux complotés à la chute d'Osiris. Avant de se retourner ainsi l'un contre l'autre ils avaient même été amis. Car ils étaient semblables autant qu'ils étaient opposés. Voyant leurs forces égales ils décidèrent donc de conclure un pacte ils laissèrent leurs descendances respectives en Egypte, celle qui l'emportera sur l'autre donnera à leur fondateur l'empire de la Terre. Avant même qu'elles ne se croisent pour la première fois, les deux familles étaient destinées à s'entre-tuer mais, paradoxalement, à s'unir aussi. " Note de MephK Et tu connais l'histoire d'Horus qui se fait violemment baiser par Seth, au sens le plus littéral du terme ? XD Parce que ça m'y fait gravement penser.***"Vois-tu , notre existence même tiens d'un vulgaire pari, mais notre pouvoir est non négligeable. Mais, tous concentrés sur leur petite guéguerre, ils n'ont même pas envisagé qu'un jour leurs rejetons pourraient se révolter contre eux et réclamer ce qui leur est dû. S'ils parvenaient à s'unir ils auraient en leur possession un pouvoir comparable à celui des dieux. Mais encore leur faudrait-il assez de volonté pour cela et je pense que ton Atem pourrait très bien faire l'affaire. Ce qui est assez fâcheux."***" Nous pourrions même en avoir assez pour ramener Atemu dans notre monde."" Et vous voulez que je vous y aide?" s'exclama Bakura. " Mais qu'ai-je à y gagner? Cette histoire même ne tiens pas la route, contrairement à vous, je n'ai aucun pouvoir."" Que tu aies survécu à Kul Elna est la preuve indisputable du contraire." intervint Yamasu." Pardonnez-moi messieurs" interrompit Roland en faisant irruption dans la pièce. " Mais un groupe de jeunes gens demande la permission d'entrer."" Ce n'est pas trop tôt, faites-donc."***" J'imagine que tu as à présent compris la raison de ma présence en ces lieux mon cher Houni."L'usurpateur passa la main dans la chevelure du "Roi des Jeux" officiel avec une tendresse tout à fait crédible si on ne voyait pas l'éclat de cruauté dans ses yeux rouges."Yugi?"Salomon Mûto ouvrit doucement la porte de la chambre et jeta un coup d'oeil à l'intérieur. Vide de toute présence humaine. Il fronça les sourcils, d'habitude son petit fils ne sortait pas tant que cela n'était pas nécessaire, et surement pas sans le prévenir avant. Peut-être serait-il bon de vérifier si un mot ne trainait pas quelque part dans la maison? Il allait refermer la porte lorsqu'un détail l'intrigua, comme un éclat doré, en provenance du lit. Lorsqu'il fut assez proche pour le voir, son coeur déjà fragile eut plusieurs ratés et, sa respiration se coupa. Là, dispersé en pièces éparses le puzzle du millénium. L'une d'elles, en forme d'oeil, semblait le fixer tristement. 1Meyou chat dans le sens chaton ici ^^ en Egyptien2 On aurait carrément pu mettre des guillemets partout lol3 MephK n'a pas compris qu'il s'agissait de Mokuba, donc je le précise. 4 Lors du jugement le coeur est mis sur une balance aux côtés d'une plume si le coeur est plus léger ou égal l'âme a accès à l'au-delà sinon elle est dévorée par un monstre, ainsi détruite5 Vous vous doutez que ce que je dis là c'est des bêtises? XD Si vous mettez ça dans vos exposés bonne chance ^^. Mais à part pour cette histoire je respecte globalement le contexte historique et les traditions connues de l'Egypte c'était de lire toujours. -. J'espère vous avoir mis en appétit pour la la prochaine fois, après un exclusif futur, un exclusif passé. Eh oui, pas de jaloux XD. Ça se passera tout de suite après la vision du premier 6 Me hais-tu?ouLes difficultés d'avoir un oncle psychopatheouRéunion de criseBen quoi? On a bien le droit d'hésiter sur le titre n'est-ce-pas? Et j'en ai encore pleinsQuoi vous avez remarqué que ce ne s'appelle toujours pas Ténèbres et lumière ? J'ai changé le titre au dernier moment parce que la conclusion que je voulais apporter ne se trouve pas dans ce chapitre. Peut-être vais-je réussir à l'insérer plus tard. Mais ici ça n'a pas vraiment de ce, à bientôt. Posted on Thursday, 02 July 2015 at 509 AMEdited on Thursday, 02 July 2015 at 225 PM Calculerles premiers termes d'une suite (2) Déterminer l'expression d'une suite. Représenter graphiquement une suite. VARIATION : Etudier la variation d'une suite (1) Etudier la variation d'une suite (2) Etudier la variation d'une suite à l'aide d'une fonction associée. LIMITE : Déterminer la limite d'une suite. Six façons de réveiller et d’ouvrir le troisième œil Par la décalcification et l’activation, reprenez votre chemin vers le bonheur extatique et l’union avec la source Évitez le fluor Portez une attention particulière à l’eau dans votre vie l’eau du robinet est une source de fluorure qui contribue à la calcification de la glande pinéale. Le dentifrice fluoré est une autre source importante de fluorure dans les régimes modernes, de même que les produits minéraux et les boissons artificielles à base d’eau impure. Envisagez d’ajouter des filtres à eau à votre robinet d’évier et à votre douche. Complétez votre régime La liste des suppléments qui soutiennent et détoxifient le troisième œil est longue et comprend le cacao brut, les baies de goji, l’ail, les citrons, la pastèque, les bananes, le miel, l’huile de noix de coco, les graines de chanvre, la coriandre, les algues, le miel, la chlorella, la spiruline et les algues bleu-vertes, le vinaigre de cidre de pomme brut, la zéolite, le ginseng, le borax, la vitamine D3, l’argile bentonite et la chlorophylle sont autant d’ingrédients qui facilitent la purification de la glande pinéale. Utiliser des huiles essentielles De nombreuses huiles essentielles stimulent la glande pinéale et facilitent les états de conscience spirituelle, notamment la lavande, le bois de santal, l’encens, le persil et le pin. Les huiles essentielles peuvent être inhalées directement, ajoutées à l’huile corporelle, brûlées dans un diffuseur et ajoutées à l’eau du bain. Sungazing observation du Soleil Le soleil est une grande source d’énergie. Contemplez doucement le soleil pendant les premières minutes du lever du soleil et les dernières minutes du coucher du soleil pour stimuler votre glande pinéale. Méditer et chanter La méditation active la glande pinéale par intention envisagez de visualiser la décalcification de la glande pinéale, car sa nature sacrée est illuminée et directement reliée à la source. Le chant provoque la résonance du tétraèdre dans le nez, ce qui provoque une stimulation de la glande pinéale. Considérant chanter OM », également connu comme le son de l’univers, 108 fois par jour. Travaillez avec des cristaux Les cristaux sont des alliés influents dans la quête du troisième oeil. Utilisez des cristaux et des pierres précieuses dans la palette de couleurs violet, indigo et violet. Cette palette de couleurs sert à réveiller, équilibrer, aligner et nourrir le troisième œil. Essayez l’améthyste, le saphir violet, la tourmaline violette, la rhodonite et la sodalite. Placez le cristal ou la pierre précieuse entre et légèrement au-dessus du sourcil pendant la méditation. Laissez briller votre intuition Une fois que vous aurez commencé à travailler avec votre troisième œil, vous recevrez des messages d’orientation et des visions. Efforcez-vous d’avoir le courage de donner suite à ce que votre intuition offre et la force de votre troisième œil ne fera que grandir. Source Partagé par Partage libre en incluant la source et le lien. Notre discernement doit prévaloir à tout moment; les opinions exprimées dans cet article sont les opinions de leurs auteurs et ne reflètent éventuellement pas totalement celles d’Eveilhomme. Si l’article vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner à nos Réseaux Sociaux / NewsLetter et à partager l’article. Et si vous vous en sentez inspiré, soutenir le site par un don en cliquant sur l’image ci-dessous, votre soutien est vital pour la survie du site. Merci infiniment et très belle journée lumineuse à vous. 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Jean-Noël L'Harmeroult est un photographe, peintre et sculpteur qui, depuis les années 1970, est à la recherche de la vraie beauté, de l'équilibre, de la force et de la structure !Son travail se distingue par une lumière nouvelle et visionnaire, avec parfois des couleurs, des mises en scène et des cadrages inhabituels, où les êtres, les paysages et les compositions oniriques partagent une vision audacieuse et L'Harmeroult, né à Paris en 1954, débute sa carrière de photographe de mode et de beauté pour le magazine Elle à l'âge de dix-neuf ans, sous la direction artistique de Peter Knapp. Il entame une carrière internationale en Europe et aux États-Unis après avoir été reconnu pour la qualité subtile de ses images. Pendant plus de trente ans, il collabore avec les magazines Marie-Claire, Vogue, Glamour, Femme, Donna, Harper's Bazaar, Madame Figaro, et les créateurs les plus prestigieux, dont Christian Dior, Yves Saint-Laurent, Ralph Lauren, Clarins, Wolford, Montana, Thierry Mugler... Aiguisant sa recherche esthétique, il ajoute à son approche photographique, une ouverture aux arts plastiques peinture et sculpture en a participé à de nombreuses foires internationales, dont Art Basel Miami, et son travail a fait l'objet de nombreuses expositions "La Clé d'y Voir", 'Mauboussin', Place Vendôme à Paris en 2013, "Recherches Nouvelles", à la Rare Gallery de New York, USA en 2009.... Plusieurs de ses œuvres ont été acquises par le département des Arts décoratifs du Musée du Louvre en 2005 des photographies de mode réalisées pour le magazine " Marie-Claire " dans les années 1970 et 1980.

Eneffet selon le responsable de l'institut, Silvano Vincenti : "dans l'oeil droit, symboles découverts au microscope dans les yeux de Mona Lisa et sous ce fameux pont qui comme vous l'avez vu dans mes chapitres pécédents correspond exactement à la bouche de l'enfant divin, horus-harpocrate, fils d'Isis et d'Osiris. Il est vivement conseillé pour tout nouveau
DétailsParfait pour personnaliser votre ordinateur portable, vos cahiers, vos fenêtres, en vinyle demi-découpé kiss-cut, facile à résistant, y compris à l' bordure blanche de 3,2 mm entoure chaque des stickers peut varier selon le type de sticker coloré de Horus Mandala Mosaïque Résumé Celui-ci le premier mandala je peignais, fait avec de l&39;encre, Inktense et crayons aquarelle. J&39;ai ajouté un fond numérique avec ArtRage pour le rendre approprié pour des impressions. Eye moderne lumineux de Horus entouré jaune, rouge et rose vif p2,30 $US1,72 $US dès 4 achetées1,15 $US dès 10 achetéesLivraisonExpress 26 aoûtStandard 26 aoûtLes retours sont faciles et gratuitsL'échange ou le remboursement est garanti sur toutes vos savoir plusŒuvres similairesDécouvrez des œuvres similaires, créées par plus de 750 000 artistes pour tous les produitsTraduit par Imprimé rien que pour vousVotre commande est imprimée à la demande, puis livrée chez vous, où que vous savoir plusPaiement sécuriséCarte bancaire, PayPal, Sofort vous choisissez votre mode de savoir plusRetour gratuitL'échange ou le remboursement est garanti sur toutes vos savoir plusService dédiéUne question ? Contactez-nous ! Nous sommes joignables du lundi au vendredi, de 8 h à 19 votre questionImprimé rien que pour vousVotre commande est imprimée à la demande, puis livrée chez vous, où que vous sécuriséCarte bancaire, PayPal, Sofort vous choisissez votre mode de gratuitL'échange ou le remboursement est garanti sur toutes vos dédiéUne question ? Contactez-nous ! Nous sommes joignables du lundi au vendredi, de 8 h à 19 3! Contenu inapproprié /Violation de droits d'auteur
Lœil d’Horus 3 : Le Sphinx, le gardien des horizon, Genèse de la connaissance. L’œil d’Horus 4 : La fleur de vie . L’œil d’Horus 5 : Saqqarah, le sanctuaire de cristal. L’œil d’Horus 6 : Saqqarah, la machine quantique. L’œil d’Horus 7 : Dendera, l’aube de l’astronomie. L’œil d’Horus 8 : Edfu, la voix vers la compréhension. L’œil d’Horus 9 : Kom Ombo, l Dans la mythologie égyptienne, dieu du Ciel, de la Lumière et de la Bonté. Horus était le fils d’Isis, déesse de la Nature et d’Osiris, dieu du Monde souterrain. Sommaire Présentation Iconographie Un dieu complexe Mythe archaïque Origines de l’État pharaonique Dieu dynastique Horus dans le mythe osirien Horus contre Seth Bibliographie Horus de l’égyptien Hor / Horou est l’une des plus anciennes divinités égyptiennes. Les représentations les plus communes le dépeignent comme un faucon couronné du pschent ou comme un homme hiéracocéphale. Son nom signifie le Lointain » en référence au vol majestueux du rapace. Son culte remonte à la préhistoire égyptienne. La plus ancienne cité à s’être placée sous son patronage semble être Nekhen, la Ville du Faucon » Hiérakonpolis. Dès les origines, Horus se trouve étroitement associé à la monarchie pharaonique en tant que dieu protecteur et dynastique. Les Suivants d’Horus sont ainsi les premiers souverains à s’être placés sous son obédience. Aux débuts de l’époque historique, le faucon sacré figure sur la palette du roi Narmer et, dès lors, sera constamment associé au pouvoir royal. Dans le mythe le plus archaïque, Horus forme avec Seth un binôme divin caractérisé par la rivalité, chacun blessant l’autre. De cet affrontement est issu Thot, le dieu lunaire, considéré comme leur fils commun. Vers la fin de l’Ancien Empire, ce mythe est réinterprété par les prêtres d’Héliopolis en intégrant le personnage d’Osiris, l’archétype du pharaon défunt divinisé. Cette nouvelle théologie marque l’apparition du mythe osirien où Horus est présenté comme le fils posthume d’Osiris né des œuvres magiques d’Isis, sa mère. Dans ce cadre, Horus joue un rôle majeur. En tant que fils attentionné, il combat son oncle Seth, le meurtrier de son père, le défait et le capture. Seth humilié, Horus est couronné pharaon d’Égypte et son père intronisé roi de l’au-delà. Cependant, avant de pouvoir combattre vigoureusement son oncle, Horus n’est qu’un être chétif. En tant que dieu-enfant Harpocrate, Horus est l’archétype du bambin soumis à tous les dangers de la vie. Frôlant la mort à plusieurs reprises, il est aussi l’enfant qui, toujours, surmonte les difficultés de l’existence. À ce titre, il est un dieu guérisseur et sauveur très efficace contre les forces hostiles. Outre ses traits dynastiques et royaux, Horus est une divinité cosmique, un être fabuleux dont les deux yeux sont le Soleil et la Lune. L’œil gauche d’Horus, ou Œil oudjat, est un puissant symbole associé aux offrandes funéraires, à Thot, à la Lune et à ses phases. Cet œil, blessé par Seth et guéri par Thot, est l’astre nocturne qui constamment disparaît et réapparaît dans le ciel. Sans cesse régénérée, la lune est l’espoir pour tous les défunts égyptiens d’une possible renaissance. Sous ses multiples aspects, Horus est vénéré dans toutes les régions égyptiennes. À Edfou, un des plus beaux temples ptolémaïques, le dieu reçoit la visite annuelle de la statue de la déesse Hathor de Dendérah et forme, avec Harsomtous, une triade divine. À Kôm Ombo, Horus l’Ancien est associé à Sobek, le dieu crocodile. Fort de cette renommée, le culte d’Horus s’est exporté hors d’Égypte, plus particulièrement en Nubie. À partir de la Basse époque, grâce aux cultes isiaques, la figure d’Harpocrate s’est largement popularisée à travers tout le bassin méditerranéen sous influence hellénistique puis romaine. PrésentationDieu faucon Horus est l’une des plus anciennes divinités égyptiennes. Ses origines se perdent dans les brumes de la préhistoire africaine. À l’instar des autres principales déités du panthéon égyptien, il est présent dans l’iconographie dès le quatrième millénaire avant notre ère. La dénomination contemporaine d’Horus est issue du théonyme grec Ὧρο Hōros élaboré au cours du premier millénaire avant notre ère au moment de la rencontre des cultures égyptienne et grecque. Ce théonyme est lui-même issu de l’égyptien ancien Hor qui étymologiquement signifie le lointain », le supérieur ». L’écriture hiéroglyphique ne restituant pas les voyelles, l’exacte prononciation égyptienne n’est plus connue, probablement Horou ou Hârou. Dans la langue proto-égyptienne, Horus devait désigner le faucon d’où son idéogramme. Dès la période protodynastique aux alentours de 3300 avant notre ère, le hiéroglyphe du faucon Hor désigne aussi le souverain, qu’il soit en exercice ou défunt, et peut même équivaloir au mot netjer, dieu », avec toutefois une connotation de souveraineté. Dans les Textes des pyramides, l’expression Hor em iakhou, Horus dans le rayonnement », désigne ainsi le roi défunt, devenu un dieu parmi les dieux à son entrée dans l’au-delà. En Égypte antique, plusieurs espèces de faucons ont coexisté. Les représentations de l’oiseau d’Horus étant le plus souvent très stylisées, il est assez difficile de l’identifier formellement à une espèce en particulier. Il semble toutefois que l’on puisse y voir une image du faucon pèlerin Falco peregrinus. Ce rapace de taille moyenne et au cri perçant est réputé pour sa rapidité en piqué lorsque, du haut du ciel, il fond sur ses petites proies terrestres. Ce faucon présente aussi la particularité d’avoir des plumes sombres sous les yeux la moustache » selon les ornithologues qui dessinent une sorte de croissant. Cette marque distinctive n’est pas sans rappeler le graphisme de l’œil oudjat associé à Horus et aux autres dieux Hiéracocéphales. Iconographie La divinité d’Horus se manifeste dans l’iconographie de multiples façons. Dans la plupart des cas, il est représenté comme un faucon, comme un homme à tête de faucon ou, pour évoquer sa jeunesse, comme un jeune enfant nu et chauve. La forme animale est la plus ancienne. Jusqu’à la fin de la période protodynastique, les animaux, dont le faucon, apparaissent comme étant bien plus efficaces et bien supérieurs aux hommes. De ce fait, les puissances divines sont alors exclusivement figurées sous une forme animale. Le faucon et son majestueux vol planant dans le ciel ont été manifestement interprétés comme la marque ou le symbole du Soleil, son nom le Lointain » faisant référence à l’astre diurne. Vers la fin de la Ire dynastie, aux alentours de -2800, en parallèle au développement de la civilisation égyptienne diffusion de l’agriculture, de l’irrigation et de l’urbanisme, la mentalité religieuse s’infléchit et les forces divines commencent à s’humaniser. À cette époque apparaissent les premiers dieux entièrement anthropomorphes et momiformes Min et Ptah. Concernant Horus, durant les deux premières dynasties, la forme animale reste la règle. Les premières formes composites hommes à tête animale font leur apparition à la fin de la IIe dynastie et, en l’état des connaissances, la plus ancienne représentation connue d’Horus en homme hiéracocéphale date de la IIIe dynastie. Elle figure sur une stèle à présent conservée au Musée du Louvren où le dieu est montré en compagnie du roi Houni-Qahedjet.. Parmi les plus célèbres représentations figure un fragment d’une statue conservée au Musée égyptien du Caire et montrant Khéphren assis sur son trône IVe dynastie. Le faucon est debout sur le dossier du siège et ses deux ailes ouvertes enveloppent la nuque royale afin de signifier sa protection. Dans le même musée est conservée la statue en or de l’Horus de Nekhen. Sa datation est discutée VIe ou XIIe dynastie . Il ne subsiste plus que la tête du falconidé coiffée d’une couronne constituée de deux hautes plumes stylisées. Ses yeux en pierre d’obsidienne imitent le regard perçant de l’oiseau vivant. Le Musée du Louvre présente à l’entrée de ses collections égyptiennes une statue d’Horus d’environ un mètre de haut, datée de la Troisième Période intermédiaire. Le Metropolitan Museum of Art de New York possède quant à lui une statuette où le roi Nectanébo II de la XXXe dynastie, dernier pharaon de l’Égypte indépendante, est montré petit et debout entre les pattes d’un majestueux faucon couronné du pschent. Un dieu complexe Le panthéon égyptien compte un grand nombre de dieux faucons ; Sokar, Sopdou, Hemen, Houroun, Dédoun, Hormerty. Horus et ses multiples formes occupent toutefois la première place. Dieu à multiples facettes, les mythes qui le concernent s’enchevêtrent. Il est toutefois possible de distinguer deux aspects principaux une forme juvénile et une forme adulte. Dans sa pleine puissance guerrière et sa maturité sexuelle, Horus est Horakhty, le soleil au zénith. À Héliopolis, en tant que tel, il est vénéré concurremment avec Rê. Dans les Textes des pyramides, le pharaon défunt ressuscite sous cette apparence de faucon solaire. Par un syncrétisme fréquent dans la religion égyptienne, Horakhty fusionne avec le démiurge héliopolitain, sous la forme de Rê-Horakhty. À Edfou, il est Horbehedety, le soleil ailé des temps primordiaux. À Kôm Ombo, il est Horus l’Ancien Haroëris, un dieu céleste imaginé comme un immense faucon dont les yeux sont le Soleil et la Lune. Quand ces astres sont absents du ciel, cet Horus est dit aveugle. À Nekhen Hiérakonpolis, la capitale des tout premiers pharaons, ce faucon céleste est Hor-Nekheny, dont les aspects guerriers et royaux sont très prononcés. Le jeune Horus apparaît lui aussi sous de multiples formes. Dans le mythe osirien, Horus est le fils d’Osiris et d’Isis. Osiris, assassiné par son frère Seth, est ramené à la vie, le temps d’une union charnelle, grâce aux efforts conjugués d’Isis et de Nephtys. C’est de cette union miraculeuse que naît Horus l’Enfant, Harpocrate, aussi dénommé Harsiesis, Horus fils d’Isis et Hornedjitef Horus qui prend soin de son père. Sous ce dernier aspect, pour venger la mort de son père, Horus affronte son oncle Seth. Après moult péripéties, il gagne le combat et reçoit le trône d’Égypte en héritage. La vaillance et la fidélité familiale d’Horus font de ce dieu l’archétype du pharaon. Cependant, sa légitimité est sans cesse contestée par Seth. Lors d’un combat qui l’oppose à son rival, Horus perd son œil gauche, qui est reconstitué par Thot. Appelé Oudjat ou œil d’Horus, cet œil, que les Égyptiens ont porté sur eux sous forme d’amulette, possède des vertus magiques et prophylactiques. Cet œil gauche reconstitué morceau par morceau par Thot représente la lune qui jour après jour s’accroît. À l’opposé de Seth, qui représente la violence et le chaos, Horus pour sa part incarne l’ordre et, tout comme pharaon, il est l’un des garants de l’harmonie universelle ; cependant, il ne faut pas réduire la théologie complexe des Égyptiens à une conception manichéenne du Bien et du Mal, car, dans un autre mythe, Seth est l’auxiliaire indispensable de Rê dans son combat nocturne contre le serpent Apophis. Bien et mal sont des aspects complémentaires de la création, tous deux présents en toute divinité. Mythe archaïque Dès les origines de l’État pharaonique, Horus est la divinité protectrice de la monarchie. Le dieu faucon, plus particulièrement celui adoré à Nekhen, est la puissance à laquelle Pharaon s’identifie en se voyant comme son successeur et son héritier. Avant même la création du mythe osirien, le combat d’Horus et Seth est à la base de l’idéologie royale. La réconciliation des deux divinités rivales en la personne du roi en exercice est lourde de signification et transparaît notamment lors des cérémonies d’investiture. Origines de l’État pharaoniquePouvoir pharaonique Le pouvoir pharaonique apparaît vers 3300 avant notre ère, ce qui fait de l’Égypte antique le premier État connu au monde. Sa durée couvre plus de trente-cinq siècles et, durant toute cette période, le faucon Horus est le dieu protecteur des pharaons. Depuis l’historien Manéthon, un Égyptien hellénisé au service de Ptolémée II, la chronologie des règnes est découpée en trente dynasties, des origines jusqu’à la conquête du pays par Alexandre le Grand en -322. Le premier nom de cette liste royale est celui du pharaon Ménès, Celui qui fonde » ou Celui qui établit l’État ». L’identité de ce personnage reste problématique ; il s’agit soit d’un personnage mythique, soit d’un souverain réel, Narmer ou Aha selon les propositions communément avancées. L’émergence d’une autorité unique sur le territoire égyptien résulte de multiples facteurs géographie, économie, politique, etc.. Les détails de ce processus d’unification restent encore nébuleux. Il s’est peut-être d’abord produit une agrégation des populations dans le sud de la vallée du Nil, en Haute-Égypte autour de deux ou plusieurs chefs puis d’un seul victoire de la ville de Nekhen sur Noubt. Puis, soumission de la Basse-Égypte par Ménès et ses successeurs. Dès les origines, le mythe de la victoire d’Horus le faucon sur Seth, la créature du désert, sert à symboliser le pouvoir du pharaon. Les actions royales, qu’elles soient guerrières ou pacifiques, s’inscrivent dans des rituels politico-religieux où le roi, considéré comme le successeur d’Horus, est capable d’influer sur les cycles naturels crue du Nil, courses du soleil et de la lune afin de satisfaire aux besoins matériels de ses sujets. La Palette de Narmer inaugure une scène rituelle qui perdure jusqu’à la fin de la civilisation égyptienne le massacre des ennemis, dont la tête est fracassée par une massue vigoureusement brandie par Pharaon. Sur la palette, Narmer debout et coiffé de la couronne blanche assomme un ennemi agenouillé qu’il maintient immobile en l’empoignant par les cheveux. Au-dessus de la victime, la présence et l’approbation d’Horus se manifestent sous la forme d’un faucon qui maintient enchaîné un fourré de papyrus muni d’une tête, symbole probable de la victoire du Sud sur le Nord. Suivants d’Horus D’après les fouilles archéologiques menées dans la haute vallée du Nil, il semble qu’aux alentours de -3500, les deux villes dominantes aient été Nekhen et Noubt, respectivement patronnées par Horus et Seth. Après la victoire de la première sur la seconde, les rois de Nekhen ont réalisé l’unification politique de l’Égypte. Avant le règne du pharaon Narmer-Ménès vers -3100, le premier représentant de la Ire dynastie, une douzaine de roitelets se sont succédé à Nekhen dynastie 0. Ces dynastes se sont tous placés sous la protection du dieu faucon en adoptant un Nom d’Horus » Hor, Ny-Hor, Hat-Hor, Pe-Hor, etc.. À des degrés divers, tous ont joué un rôle éminent dans la formation du pays. Dans la pensée religieuse égyptienne, le souvenir de ces roitelets a perduré sous l’expression des Suivants d’Horus ». Dans le Papyrus de Turin, ces Suivants sont magnifiés et idéalisés en voyant placée leur lignée entre la dynastie de dieux de l’Ennéade et celles des pharaons humains historiques. Les Textes des pyramides, les plus anciens textes religieux égyptiens, accordent très naturellement une place importante au dieu faucon de Nekhen adoré par les Suivants d’Horus. On le trouve désigné sous différentes expressions Horus de Nekhen », Taureau de Nekhen », Horus du Sud », Horus, seigneur de l’élite », Horus qui réside dans la Grande Cour », Horus qui est dans la Grande Cour », etc. Nekhen Hiérakonpolis Connue des Grecs sous le toponyme de Hiérakonpolis, la Ville des Faucons », Nekhen est une très antique cité aujourd’hui identifiée aux ruines arasées du Kôm el-Ahmar, la Butte Rouge ». Fondée à la Préhistoire, vers la fin du quatrième millénaire, Nekhen est durant la période prédynastique la capitale de la Haute-Égypte. Par la suite, durant la période pharaonique, Nekhen sur la rive gauche du Nil et Nekheb sur la rive droite forment la capitale du IIIe nome de Haute-Égypte. Dès sa fondation, Nekhen dispose d’une forte enceinte en briques crues large de dix mètres qui enserre un espace de sept hectares. D’après les secteurs fouillés, la ville s’organise en des rues quasi-rectilignes se coupant à angle droit. Le centre est occupé par un bâtiment officiel, sans doute un palais résidentiel muni de sa propre enceinte afin de l’isoler du reste de la ville. Le temple d’Horus, souvent remanié, occupait l’angle sud-ouest mais ses vestiges ne se signalent plus que par une butte artificielle vaguement circulaire. En 1897, deux fouilleurs anglais, James Edward Quibell et Frederick William Green, explorent le site du temple de Nekhen et découvrent un trésor » de pièces archéologiques une tête de faucon d’or, des objets en ivoire, des vases, des palettes, des étiquettes commémoratives, des statuettes humaines et animales. Ces reliques de la période prédynastique, conservées par les premiers pharaons memphites, ont probablement été confiées, pour préservation, aux prêtres de l’Horus de Nekhen. Il est tentant d’imaginer que ce don pieux soit l’œuvre de Pépy Ier VIe dynastie, une statue en cuivre grandeur nature le représentant avec son fils Mérenrê ayant été découverte près du dépôt principal. Dieu dynastiqueLes Deux Combattants Dans la mythologie égyptienne, Horus est surtout connu pour être le fils d’Osiris et le neveu de Seth ainsi que l’assassin de ce dernier. Si les déités Horus et Seth sont très anciennement attestées — dès la période prédynastique —, la figure d’Osiris est apparue bien plus tardivement, au tournant des IVe et Ve dynasties. L’intégration d’Osiris, au cours du XXVe siècle, dans le mythe d’Horus et Seth est par conséquent le résultat d’une reformulation théologique qualifiée par l’égyptologue français Bernard Mathieu de Réforme osirienne ». Les Textes des pyramides sont les plus anciens écrits religieux disponibles. Ces formules magiques et religieuses apparaissent gravées sur les murs des chambres funéraires à la fin de l’Ancien Empire. Leur élaboration est cependant bien plus primitive et certaines strates rédactionnelles semblent remonter à la période thinite Ire et IIe dynasties. Là, certains passages mentionnent un conflit entre Horus et Seth sans que n’intervienne la personne d’Osiris. Ces données peuvent être interprétées comme les traces ténues d’un mythe archaïque pré-osirien. Plusieurs expressions lient Horus et Seth en un binôme en les appelant les Deux Dieux », les Deux Seigneurs », les Deux Hommes », les Deux Rivaux » ou les Deux Combattants ». Leur mythe n’est pas exposé en un récit suivi mais seulement évoqué, çà et là, au moyen d’allusions éparses qui mentionnent qu’Horus et Seth se chamaillent et se blessent l’un l’autre ; le premier perdant son œil, le second ses testicules15 Horus est tombé à cause de son œil, Seth a souffert à cause de ses testicules. § 594a » Horus est tombé à cause de son œil, le Taureau a filé à cause de ses testicules. § 418a » pour qu’Horus se purifie de ce que lui a fait son frère Seth, pour que Seth se purifie de ce que lui a fait son frère Horus § *1944d-*1945a » — Textes des pyramides extraits. Traduction de Bernard Mathieu. Horus ou la victoire sur la confusion En son temps, l’égyptologue allemand Kurt Sethe a postulé que le mythe du conflit d’Horus et Seth trouve son élaboration dans la rivalité entre les deux royaumes primitifs rivaux de la Basse et de la Haute-Égypte. Cette hypothèse est maintenant rejetée et le consensus se porte sur la rivalité archaïque entre les villes de Nekhen et Noubt. Cette idée a été avancée en 1960 par John Gwyn Griffiths dans son ouvrage The Conlict of Horus and Seth. Dès les plus anciennes attestations écrites, le faucon Horus est lié à la ville de Nekhen Hiérakonpolis et son rival Seth à la ville de Noubt Ombos. À la fin de la période protohistorique, ces deux cités de Haute-Égypte jouent un rôle politico-économique essentiel et des tensions tribales existent alors entre les deux villes concurrentes. La lutte des Deux Combattants » pourrait symboliser les guerres menées par les fidèles d’Horus contre ceux de Seth. Sous le roi Narmer, probablement le légendaire Ménès, ce conflit s’est soldé par la victoire de Nekhen. D’autres universitaires comme Henri Frankfort et Adriaan de Buck ont minoré cette théorie en considérant que les Égyptiens, à l’instar d’autres peuplades antiques ou primitives, appréhendent l’univers selon des termes dualistes fondés sur des paires contraires mais complémentaires homme / femme ; rouge / blanc ; ciel / terre ; ordre / désordre ; Sud / Nord, etc. Dans ce cadre, Horus et Seth sont les parfaits antagonistes. Leur lutte symbolise tous les conflits et toutes les disputes où finalement l’ordre incarné par Horus doit soumettre le désordre personnifié par Seth. En 1967, Herman te Velde abonde dans ce sens dans Seth, God of Confusion, une monographie consacrée au turbulent Seth. Il estime que le mythe archaïque de l’affrontement d’Horus et Seth ne peut avoir été entièrement inspiré d’événements guerriers survenus à l’aube de la civilisation pharaonique. Les origines du mythe se perdent dans les brumes des traditions religieuses de la préhistoire. Les mythes ne sont jamais inventés de toutes pièces mais résultent de reformulations successives professées des croyants inspirés. Les maigres données archéologiques qui nous sont parvenues de cette lointaine époque sont d’interprétation délicate et ne peuvent guère aider à reconstituer la genèse de ce mythe. Contrairement à Horus qui incarne l’ordre pharaonique, Seth est un dieu sans limites, irrégulier et confus qui veut avoir des relations tantôt hétérosexuelles, tantôt homosexuelles. Les testicules de Seth symbolisent tant les aspects déchaînés du cosmos tempête, bourrasques, tonnerre que ceux de la vie sociale cruauté, colère, crise, violence. D’un point de vue rituel, l’Œil d’Horus symbolise les offrandes offertes aux dieux et a pour contrepartie les testicules de Seth. Pour que l’harmonie puisse advenir, Horus et Seth doivent être en paix et départagés. Une fois vaincu, Seth forme avec Horus un couple pacifié, symbole de la bonne marche du monde. Lorsque le pharaon est identifié à ces deux divinités, il les incarne donc comme un couple de contraires en équilibre. Investiture pharaonique Le couronnement de pharaon est un enchaînement complexe de rituels variés dont l’ordonnancement exact n’est pas encore bien reconstitué. Le papyrus dramatique du Ramesséum, très fragmentaire, semble être un guide ou un commentaire illustré du rituel mis en place pour l’avènement de Sésostris Ier XIIe dynastie. L’interprétation de ce document difficile à comprendre est encore débattue. Selon l’Allemand Kurt Sethe et le Français Étienne Drioton, l’investiture pharaonique est une sorte de spectacle sacré avec le nouveau souverain pour principal acteur. L’action est centrée sur les dieux Osiris et Horus et son déroulement s’inspire du mythe archaïque de l’affrontement d’Horus et Seth augmenté de l’épisode plus récent d’Horus condamnant Seth à porter la momie d’Osiris. L’Égypte antique a fondé sa civilisation sur le concept de la dualité. Le pays est ainsi perçu comme l’union des Deux Terres ». Principal symbole de la royauté, la couronne Pschent, les Deux Puissances », est la fusion de la couronne rouge de Basse-Égypte avec la couronne blanche de Haute-Égypte. Le pharaon incarne dans sa personne les Deux Combattants », à savoir Horus de Nekhen et Seth de Noubt. Le second est toutefois subordonné au premier et, dans les textes, la préséance est toujours accordée à Horus. Emblème de l’unification rituelle du pays, Horus et Seth désignent l’autorité monarchique. Dès la Ire dynastie, le roi en exercice est un Horus-Seth » comme l’indique une stèle datée du roi Djer où la reine est Celle qui voit Horus, sceptre hétes d’Horus, celle qui épaule Seth ». Plus tard, sous Khéops, ce titre est simplifié et la reine est Celle qui voit Horus-Seth ». Sous la IIe dynastie, le faucon d’Horus et le canidé de Seth surmontent conjointement le Serekh du roi Khâsekhemoui. Dès l’Ancien Empire, l’iconographie royale montre le binôme Horus et Seth en train de couronner le pharaon ou sous le Moyen Empire en train d’unir le papyrus et le lotus, les plantes héraldiques des deux royaumes, dans les scènes du Sema-taouy ou rite de la Réunion des Deux-Terres ». Horus et la titulature royale La titulature du pharaon avait une grande importance et était chargée d’une puissance magique considérable. Elle s’enrichit et se développe à partir de la Ire dynastie et parvient à son aboutissement — cinq noms différents mis ensemble — sous la Ve dynastie. L’assemblage des cinq composantes constitue le ren-maâ ou nom authentique » par lequel pharaon définit sa nature divine. La titulature est établie lors du couronnement mais est susceptible d’évoluer au cours du règne selon les circonstances politiques et les évolutions religieuses du moment. Toute modification signale ainsi des inflexions dans les intentions royales ou des désirs divins nouveaux imposés au souverain. Quels que soient son aspect et son rôle — faucon céleste, dieu créateur ou fils d’Osiris — Horus est le dieu dynastique par excellence. Aussi la première composante de la titulature royale est-elle le Nom d’Horus, déjà porté par les souverains de la Dynastie 0, à savoir les prédécesseurs de Narmer, considéré dans l’historiographie comme le premier des pharaons. Dès les origines, le nom d’Horus s’est inscrit dans le Serekh, un rectangle toujours surmonté du faucon sacré. Le registre inférieur représente la façade stylisée du palais royal vue de face tandis que l’espace où est inscrit le nom est le palais vu en plan. La signification du Serekh est évidente le roi dans son palais est l’Horus terrestre, à la fois l’incarnation du dieu faucon et son successeur légitime sur le trône d’Égypte. Sous la Ire dynastie, se mettent en place le Nom de Nesout-bity, symbole de l’union des Deux-Terres, et le Nom de Nebty patronné par les déesses Ouadjet et Nekhbet. Plus tard, sous la IVe dynastie s’ajoute le Hor Noubt ou Nom de l’Horus d’Or », dont l’interprétation est incertaine ; sous l’Ancien Empire, il semble qu’il ait été perçu comme l’union des dieux Horus et Seth réconciliés en la personne royale. Finalement, sous le règne de Djédefrê apparaît le cinquième nom, le Nom de Sa-Rê ou Fils de Rê » qui place le pharaon sous la filiation spirituelle de Rê, autre dieu faucon aux aspects céleste et solaire. Horus dans le mythe osirien En tant que fils d’Osiris, Horus occupe une grande place dans le mythe osirien. Adulte, le dieu faucon est le défenseur acharné des droits régaliens de son père défunt. Encore enfant, ses années de jeunesse sont troublées par de nombreux aléas. Constamment proche de la mort en raison des attaques de scorpions et de serpents, le jeune Horus, toujours sauvé par Isis, est devenu dans la croyance populaire un dieu sauveur et guérisseur. Horus, protecteur d’OsirisHorus, fils d’Osiris Selon l’égyptologue français Bernard Mathieu, l’apparition d’Osiris au tournant des IVe et Ve dynasties est le résultat d’une réforme religieuse de grande ampleur menée par les théologiens d’Héliopolis. Le mythe osirien provient d’un processus de reformulation où le très archaïque Horus, archétype du dieu-souverain, a d’abord été assimilé aux dieux Atoum-Rê et Geb puis s’est vu doté d’un aspect purement funéraire sous les traits d’Osiris, chef des esprits défunts. La réforme conduit à la création d’une lignée de neuf divinités, l’Ennéade d’Héliopolis composée d’Atoum, Shou, Tefnout, Geb, Nout, Osiris, Isis, Seth et Nephtys. Dans ce mythe renouvelé, Horus devient le fils du couple Osiris-Isis et le neveu de Seth. Ce dernier tue Osiris qui ressuscite grâce à l’intervention d’Isis. Les Textes des pyramides attestent des nouveaux liens familiaux attribués à Horus. L’expression Hor sa Ousir Horus fils d’Osiris » apparaît dans de nombreux passages. Dans une moindre mesure, on rencontre les appellations Hor renpi Horus le jeune » et Hor khered nechen Horus l’enfant nourrisson », préfigurations du théonyme tardif de Hor pa khered Horus l’enfant » Harpocrate seulement forgé après la fin du Nouvel Empire. L’expression Hor sa Aset Horus fils d’Isis » Horsaïsé n’apparaît qu’au sortir de la Première Période intermédiaire. Les Textes des pyramides n’ignorent toutefois la filiation par la mère, dont témoignent les expressions son Horus à elle », son Horus » en parlant d’Isis. Osiris, le dieu assassiné Osiris est le plus célèbre des dieux funéraires égyptiens. Avec Isis, son épouse, sa popularité ira croissante durant toute l’histoire religieuse égyptienne. À la Basse époque puis durant la période gréco-romaine, le dieu bénéficie d’une ou plusieurs chapelles dans les principaux temples du pays. Là, durant le mois de Khoiak, s’exercent les cérémoniels des Mystères d’Osiris qui sont la réactualisation du mythe par la grâce du rite. L’histoire de son assassinat et de son accès à la vie éternelle a fait sa gloire, chaque individu en Égypte s’identifiant à son sort. Les sources égyptiennes sont assez elliptiques à propos du meurtre d’Osiris. Les grandes lignes du mythe ont été exposées pour la première fois par le Grec Plutarque au IIe siècle. Seth, jaloux de son frère, assassine le roi Osiris en l’enfermant dans un coffre et en jetant celui-ci dans le fleuve. Après de longues recherches, Isis retrouve la dépouille à Byblos, la ramène au pays et la cache dans les marais du Delta. Au cours d’une partie de chasse, Seth découvre le corps et, fou furieux, démembre Osiris en quatorze morceaux qu’il jette au loin. Après une longue quête, Isis retrouve les membres épars et reconstitue le corps en le momifiant. Transformé en oiseau-rapace, Isis s’accouple avec son défunt mari et conçoit Horus, un fils prématuré et malingre. Devenu adulte, Horus entre en lutte contre Seth. Après plusieurs combats, Horus défait son rival et se fait proclamer roi d’Égypte Sur Isis et Osiris, § 13-19. Harendotès ou la solidarité familiale Connu en égyptien comme Hor-nedj-itef Horus le défenseur de son père » ou Horus qui prend soin de son père », Harendotès est la forme d’Horus sous l’apparence du fils attentionné. En Égypte antique, l’amour du fils envers le père est une des plus hautes valeurs morales. Cet amour filial est tout aussi important que l’amour qui doit régner au sein du couple homme-femme incarné par la relation Osiris-Isis. Bien que fils posthume, Horus est le défenseur pugnace des droits de son père usurpés par Seth. Après son assassinat, Osiris se trouve retranché de la communauté des dieux et privé de son statut royal. Devenu adulte, Horus ne poursuit qu’un seul but rétablir Osiris dans sa dignité et son honneur de roi. Dès les Textes des pyramides, nombre de textes affirment qu’Horus a rendu à son père ses couronnes et qu’il a fait de lui le roi des dieux et le souverain de l’empire des morts. Le rétablissement social d’Osiris s’incarne dans deux images constamment rappelées dans les liturgies funéraires celle du redressement de la momie Osiris ne gît plus, mais est debout et celle de l’humiliation de Seth, l’assassin étant condamné par Horus à porter la lourde momie d’Osiris vers son tombeau30 Ô Osiris roi ! Horus t’a mis à la tête des dieux, il a fait en sorte que tu prennes possession de la couronne blanche, de la dame ou tout ce qui est tien. Horus t’a trouvé, et c’est heureux pour lui. Sors contre ton ennemi ! Tu es plus grand que lui en ton nom de grand sanctuaire ». Horus a fait en sorte de te soulever en ton nom de grand soulèvement », il t’a arraché à ton ennemi, il t’a protégé en son temps. Geb a vu ta forme et t’a mis sur ton trône. Horus a étendu pour toi ton ennemi sous toi, tu es plus ancien que lui. Tu es le père d’Horus, son géniteur en ton nom de géniteur ». Le cœur d’Horus occupe une place prééminente auprès de toi en ton nom de Khentimenty. » — Textes des pyramides, chap. 371. Traduction de Jan Assmann1. Jugement du mort Bien plus que les Textes des pyramides et les Textes des sarcophages, assez méconnus des contemporains, le Livre des Morts, du fait de ses riches illustrations, bénéficie d’une grande notoriété auprès du grand public. Parmi les illustrations les plus fameuses figure la scène du jugement de l’âme chapitres 33B et 125. Le cœur du mort est posé sur l’un des deux plateaux d’une grande balance à fléau, tandis que la déesse Maât Harmonie, sur l’autre plateau, sert de poids de référence. La mise en image de cette pesée ne remonte pas au-delà du règne d’Amenhotep II début de la XVIIIe dynastie mais sera inlassablement reproduite durant seize siècles jusqu’à la période romaine. Selon les exemplaires du Livre des Morts, Horus sous son aspect d’homme hiéracocéphale est amené à jouer deux rôles différents. Il peut apparaître près de la balance comme le maître de la pesée ». Il maintient à l’horizontale le fléau afin que le cœur et la Maât se trouvent à l’équilibre. Le défunt est considéré comme exempt de fautes et se voit proclamé Juste de voix », c’est-à-dire admis dans la suite d’Osiris. À la fin de la XVIIIe dynastie ce rôle de contrôleur est le plus souvent confié à Anubis. Horus apparaît alors dans le rôle d’ accompagnateur du mort ». Après la pesée, le mort est conduit devant Osiris assis sur son trône et accompagné d’Isis et Nephtys, les deux sœurs debout derrière lui. Dans quelques exemplaires, le rôle d’accompagnateur est dévolu à Thot mais, le plus souvent, c’est à Horus que revient cette charge. D’une main, Horus salue son père et de l’autre, il tient la main du défunt, qui, en signe de respect, s’incline devant le roi de l’au-delà. Reçu en audience, le défunt s’assoit devant Osiris. Le chapitre 173 du Livre des Morts indique les paroles prononcées lors de cette entrevue. Le défunt s’approprie l’identité d’Horus et, dans une longue récitation, énumère une quarantaine de bonnes actions qu’un fils attentionné se doit d’effectuer pour son père défunt dans le cadre d’un culte funéraire efficace Paroles à dire Je te fais adoration, maître des dieux, dieu unique qui vit de la vérité, de la part de ton fils Horus. Je suis venu à toi pour te saluer ; je t’apporte la vérité, là où est ton ennéade ; fais que je sois parmi elle, parmi tes suivants, et que je renverse tous tes ennemis ! J’ai perpétué tes galettes d’offrande sur terre, éternellement et Osiris, je suis ton fils Horus. Je suis venu te saluer, mon père Osiris. Ô Osiris, je suis ton fils Horus. Je suis venu renverser tes ennemis. Ô Osiris, je suis ton fils Horus. Je suis venu chasser tout mal de toi. Ô Osiris, je suis ton fils Horus. Je suis venu abattre ta souffrance. ... Ô Osiris, je suis ton fils Horus. Je suis venu alimenter pour toi tes autels. ... Ô Osiris, je suis ton fils Horus. Je suis venu te consacrer les veaux-qehhout. Ô Osiris, je suis ton fils Horus. Je suis venu égorger pour toi les oies, les canards. Ô Osiris, je suis ton fils Horus. Je suis venu prendre au lasso pour toi tes ennemis dans leurs liens. ... — Paul Barguet, Livre des Morts, extraits du chap. 173 Horus l’EnfantConception posthume d’Horus D’après le mythe osirien rapporté par Plutarque au IIe siècle av. le jeune Horus est le fils posthume d’Osiris, conçu par Isis lors de son union avec la momie de son époux. Cet enfant serait né prématuré et imparfait car faible des membres inférieurs . Dans la pensée pharaonique, les années bénéfiques du règne d’Osiris ne sont qu’une sorte de prélude destiné à justifier la proclamation d’Horus en tant que juste possesseur du trône. La transmission de la royauté depuis Osiris le père assassiné, via Seth le frère usurpateur, vers Horus le fils attentionné, n’est possible que grâce à l’action efficace de la rusée Isis, une magicienne hors norme. Après l’assassinat et le démembrement de son époux, Isis retrouve les membres épars et reconstitue le corps dépecé en le momifiant. Grâce à son pouvoir magique, la déesse parvient à revivifier la dépouille du dieu défunt, juste le temps d’avoir une relation sexuelle avec lui, afin de concevoir Horus. Selon Plutarque, la seule partie du corps d’Osiris qu’Isis ne parvint pas à retrouver est le membre viril car jeté dans le fleuve et dévoré par les poissons pagres, lépidotesn et oxyrhynques. Pour le remplacer, elle en fit une imitation . Cette affirmation n’est cependant pas confirmée par les écrits égyptiens pour qui le membre fut retrouvé à Mendès. L’accouplement mystique d’Osiris et Isis est déjà connu des Textes des pyramides où il s’intègre dans une dimension astrale. Osiris est identifié à la constellation Sah Orion, Isis à la constellation Sopedet Grand Chien et Horus à l’étoile Soped Sirius. Dans l’iconographie, le moment de l’accouplement posthume n’apparaît qu’au Nouvel Empire. La scène figure gravée sur les parois de la chapelle de Sokar dans le [1] en Abydos. Sur l’un des bas-reliefs, Osiris est montré éveillé et couché sur un lit funéraire. À l’image d’Atoum lorsqu’il émergea des eaux primordiales afin de concevoir l’universn 4, Osiris stimule manuellement son pénis en érection afin de provoquer une éjaculation. Sur la paroi d’en face, un second bas-relief montre Osiris, en érection, s’accouplant avec Isis transformée en oiseau rapace et voletant au-dessus du phallus. La déesse est figurée une seconde fois, à la tête du lit funéraire tandis qu’Horus est lui aussi déjà présent, aux pieds de son père, sous l’apparence d’un homme hiéracocéphale. Les deux divinités étendent leurs bras au-dessus d’Osiris en guise de protection. Dans ces deux fresques mythologiques qui se déroulent à l’intérieur même du tombeau d’Osiris, présent et futur se confondent en montrant l’accouplement et en anticipant la réalisation de la future triade divine par la présence conjointe d’Osiris, Isis et Horus. Horus contre Seth Deux épisodes majeurs ponctuent le mythe de la lutte d’Horus et Seth. Le premier est la naissance de Thot, le dieu lunaire, né de la semence d’Horus et issu du front de Seth. Le second est la perte momentanée de l’œil gauche d’Horus, endommagé par Seth. Cet œil est le symbole du cycle lunaire et des rituels destinés à revivifier les défunts. Aventures d’Horus et SethPapyrus Chester Beatty I Le mythe de l’affrontement d’Horus et Seth est attesté dans les plus anciens écrits égyptiens que sont les Textes des pyramides. Cet ensemble de formules magiques et d’hymnes religieux se trouve gravé dans les chambres funéraires des derniers pharaons de l’Ancien Empire. Il ne s’agit toutefois là que d’allusions éparses, ces écrits étant des liturgies destinées à la survie post mortem et non pas des récits mythologiques. Par la suite, ce conflit est évoqué tout aussi allusivement dans les Textes des sarcophages et le Livre des Morts. Dans l’état actuel des connaissances égyptologiques, il faut attendre la fin du Nouvel Empire et la Période ramesside XIIe siècle pour voir rédigé un véritable récit suivi des péripéties des deux divinités rivalesn 6. Le mythe est consigné sur un papyrus en écriture hiératique trouvé à Deir el-Médineh Thèbes dans les restes d’une bibliothèque familiale. Après sa découverte, le papyrus intègre la collection de l’industriel millionnaire Alfred Chester Beatty et demeure depuis conservé à la Bibliothèque Chester Beatty à Dublin. Son premier traducteur est l’égyptologue britannique Alan Henderson Gardiner publié en 1931 par l’Oxford University Press. Depuis lors ce récit est connu sous le titre des Aventures d’Horus et Seth en anglais The Contendings of Horus and Seth. Ce savant a porté un regard assez condescendant sur ce récit qu’il jugeait appartenir à la littérature populaire et ribaude, sa morale puritaine désapprouvant certains épisodes comme les mutilations d’Isis et Horus décapitation, amputation, énucléation ou les penchants homosexuels de Seth. Depuis cette date, les Aventures ont été maintes fois traduites en langue française ; la première étant celle de Gustave Lefebvre en 1949. Dans les travaux égyptologiques récents, on peut se borner à citer la traduction livrée en 1996 par Michèle Broze. Cette analyse poussée a démontré la richesse littéraire et la cohérence subtile d’une œuvre élaborée par un scribe érudit, très habile dans une narration non dénuée d’humour. Résumé du mythe Après la disparition d’Osiris, la couronne d’Égypte revient de droit au jeune Horus, son fils et héritier. Mais son oncle Seth, le jugeant trop inexpérimenté, désire ardemment se faire proclamer roi par l’assemblée des dieux. Horus, appuyé de sa mère Isis, fait convoquer le tribunal des dieux à toute fin de régler ce contentieux. Rê préside, tandis que Thot tient le rôle du greffier. Quatre-vingts ans s’écoulent sans que le débat progresse. Le tribunal est partagé entre les tenants de la royauté légitime revenant à Horus, et Rê qui voit en Seth son perpétuel défenseur contre Apophis le monstrueux serpent des origines. Les débats tournent en rond et nécessitent un avis extérieur. C’est donc à Neith, déesse de Saïs, réputée pour son infinie sagesse, que Thot adresse une missive. La réponse de la déesse est sans ambiguïté la couronne doit revenir à Horus. Cependant, pour ne pas pénaliser Seth, Neith propose de lui offrir les déesses Anat et Astarté comme épouses. Le tribunal se réjouit de cette solution, mais Rê, lui, reste sceptique. Horus ne serait-il pas un peu jeune pour assumer la direction du royaume ? Après quelques heurts entre les deux parties et excédé par tant de tergiversations, Rê ordonne le déplacement des débats vers l’Île-du-Milieu. Furieux contre Isis, Seth demande que les débats se poursuivent en son absence. La requête est acceptée par Rê qui ordonne à Anti d’en interdire l’accès à toute femme. Mais c’était compter sans la ténacité de la déesse. Elle soudoie Anti et se réintroduit dans l’enceinte du tribunal sous les traits d’une belle jeune femme. Rapidement, elle ne manque pas d’attirer l’attention de Seth. Tous deux finissent par converser et, troublé par tant de beauté, Seth s’égare dans des propos compromettants en reconnaissant sous cape la légitimité filiale d’Horus ! La rusée Isis se dévoile alors. Le coup de théâtre laisse Seth sans voix. Quant à Rê, il ne peut que juger de l’imprudence de Seth qui s’est confié, sans prendre garde, à une inconnue. Dépité, il ordonne le couronnement d’Horus et punit Anti pour s’être laissé corrompre par Isis. Mais le colérique Seth n’est pas décidé à en rester là. Il propose à Horus une épreuve aquatique où les deux dieux se transforment en hippopotames. Celui qui restera le plus longtemps sous l’eau pourra devenir roi. Mais Isis, qui suit de près les mésaventures de son fils, perturbe la partie. Elle s’attire finalement le mécontentement d’Horus qui fou de rage la décapite et la transforme en statue de pierre. Mais Thot lui redonne la vie en lui fixant au cou une tête de vache. Après son méfait, Horus, prend la fuite vers le désert. Mais, poursuivi par Seth il est rapidement rattrapé. Prestement, Seth jette Horus à terre et lui arrache les deux yeux qu’il enterre. La déesse Hathor, émue par le triste sort d’Horus, le guérit grâce à un remède de lait d’antilope. Apprenant cette histoire et lassé de ces sempiternelles chamailleries, Rê ordonne la réconciliation des deux belligérants autour d’un banquet. Mais une fois encore, Seth décide de troubler la situation. Il invite son neveu à passer la soirée chez lui, ce que ce dernier accepte. La nuit, Seth s’essaye à féminiser Horus lors d’une relation homosexuelle afin de le rendre indigne du pouvoir royal. Toutefois, Horus parvient à éviter l’assaut et recueille la semence de son oncle entre ses mains. Le jeune dieu accourt vers sa mère. Horrifiée, elle coupe les mains de son fils et les jette dans le fleuve pour les purifier. Par la suite, elle masturbe son fils, recueille sa semence et la dépose sur une laitue du jardin de Seth. Insouciant, Seth mange la laitue et se trouve engrossé. Devant tous les dieux, il donne naissance au disque lunaire qui s’élance hors de son front. Seth veut le fracasser à terre mais Thot s’en saisit et se l’approprie. Après une ultime épreuve aquatique, proposée par Seth et remportée par Horus, Osiris, resté jusqu’alors silencieux, intervient depuis l’au-delà et met directement en cause le tribunal qu’il juge trop laxiste. En tant que dieu de la végétation, il menace de couper les vivres à l’Égypte et de décimer la population par la maladie. Les dieux, bousculés par tant d’autorité, ne tardent pas à rendre un verdict favorable à Horus. Mais Seth n’est pas oublié. Placé aux côtés de Rê, il devient celui qui hurle dans le ciel », le très respecté dieu de l’orage. Mythe de l’Œil d’HorusHorus aveuglé par Seth Dans le papyrus des Aventures d’Horus, Seth pour se départager d’Horus propose qu’ils se transforment tous deux en hippopotames et qu’ils plongent en apnée dans les eaux du fleuve. Celui qui remonte avant trois mois révolus, ne sera pas couronné. Les deux rivaux se jettent dans le Nil. Mais Isis, craignant pour la vie de son fils, décide d’intervenir. Elle confectionne une lance magique afin de harponner Seth pour l’obliger à émerger hors des eaux. Elle lance son harpon mais celui-ci touche malheureusement Horus. Sans s’interrompre, la déesse lance une seconde fois son harpon et touche Seth. Ce dernier l’implore piteusement de lui retirer l’arme hors son corps ; ce qu’elle fait. En constatant cette clémence, Horus se met en colère et décapite sa mère. Aussitôt, Isis se transforme en statue de pierre acéphale Rê-Harakhty poussa un grand cri et dit à l’Ennéade Hâtons-nous et infligeons-lui un grand châtiment ». L’Ennéade grimpa dans les montagnes pour rechercher Horus, le fils d’Isis. Or, Horus était couché sous un arbre au pays de l’oasis. Seth le découvrit et s’empara de lui, le jeta sur le dos sur la montagne, arracha ses deux yeux Oudjat de leur place, les enterra dans la montagne pour qu’ils éclairassent la terre ... Hathor, Dame du sycomore du sud, s’en alla et elle trouva Horus, alors qu’il était effondré en larmes dans le désert. Elle s’empara d’une gazelle, lui prit du lait et dit à Horus Ouvre les yeux, que j’y mette du lait ». Il ouvrit les yeux, et elle y mit le lait elle en plaça dans le droit, elle en plaça dans le gauche, et ... elle le trouva rétabli. » — Aventures d’Horus et Seth extraits. Traduction de Michèle Broze Durant la période gréco-romaine, soit plus d’un millénaire après la rédaction des Aventures d’Horus et Seth, le Papyrus Jumilhac, une monographie consacrée aux légendes anubiennes de la Cynopolitaine, ne manque pas d’évoquer le mythe de la perte des yeux d’Horus. Seth ayant appris que les yeux étaient enfermés dans deux lourds coffrets en pierre ordonne à des complices de les voler. Une fois en ses mains, il charge les coffrets sur son dos, les dépose au sommet d’une montagne et se transforme en gigantesque crocodile pour les surveiller. Mais Anubis transformé en serpent se glisse auprès des coffrets, prend possession des yeux et les dépose dans deux nouveaux coffrets en papyrus. Après les avoir enterrés plus au nord, Anubis s’en retourne auprès de Seth afin de le consumer. À l’endroit où Anubis enterra les yeux émergea un vignoble sacré où Isis établit une chapelle pour rester au plus près d’eux. BibliographieArchitecture Nathalie Baum, le Temple d’Edfou À la découverte du Grand Siège de Rê-Harakhty, Monaco, le Rocher, coll. Champollion », 2007, 366 p. ISBN 9782268057958 S. Aufrère, Golvin, Goyon, L’Égypte restituée Tome 1, Sites et temples de Haute Égypte, Paris, Errance, 1991, 270 p. ISBN 2-87772-063-2 Daniel Soulié, Villes et citadins au temps des pharaons, Paris, Perrin, 2002, 286 p. ISBN 2702870384Généralités Jan Assmann, Mort et au-delà dans l’Égypte ancienne, Monaco, Éditions du Rocher, 2003, 685 p. 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