Introduction 1Tous les ans, les centres jeunesse du QuĂ©bec, rĂ©partis sur lâensemble du territoire de la province, reçoivent un nombre important de signalements. Les centres jeunesse sont des Ă©tablissements qui ont le mandat dâoffrir des services aux familles oĂč la sĂ©curitĂ© ou le dĂ©veloppement dâun enfant est jugĂ© comme Ă©tant compromis au sens de la Loi sur la protection de la jeunesse LPJ. Les interventions rĂ©alisĂ©es en vertu de la LPJ visent essentiellement Ă protĂ©ger lâenfant, Ă rĂ©pondre Ă ses besoins et Ă soutenir ses parents dans lâexercice de leurs responsabilitĂ©s parentales. Parmi les mesures qui peuvent ĂȘtre mises en place pour protĂ©ger lâenfant, notons le placement dans une famille dâaccueil. 2Ainsi, parmi les jeunes pour lesquels un signalement est retenu et fondĂ©, plusieurs doivent ĂȘtre retirĂ©s de leur famille et placĂ©s dans un milieu substitut parce que leur famille nâoffre pas les conditions de vie nĂ©cessaires Ă leur sĂ©curitĂ© et Ă leur dĂ©veloppement. Bien que le placement soit considĂ©rĂ© comme une mesure exceptionnelle, on constate quâil sâagit dâune mesure frĂ©quemment appliquĂ©e lorsquâil est nĂ©cessaire de retirer un enfant de son milieu. Ainsi, en 2013-2014, au QuĂ©bec, sur les 21 138 enfants pris en charge par les services de protection de la jeunesse, 12,2 % Ă©taient placĂ©s chez un tiers significatif ex. grands-parents, 12,6 % dans des ressources intermĂ©diaires et des centres de rĂ©adaptation tandis que 27,8 % Ă©taient confiĂ©s Ă des ressources de type familial Association des centres jeunesse du QuĂ©bec, 2014. 3Lâorientation privilĂ©giĂ©e dans les interventions en protection de la jeunesse Ă©tant le maintien ou la rĂ©intĂ©gration de lâenfant dans son milieu dâorigine, les mesures de placement se veulent gĂ©nĂ©ralement temporaires MSSS, 2010. De plus, les ressources de type familial sont souvent favorisĂ©es, car elles reprĂ©sentent le modĂšle de prise en charge qui se rapproche le plus de la famille dâorigine Conseil permanent de la jeunesse, 2004a. Dans un tel contexte, le placement est une forme dâintervention de nature psychosociale permettant de travailler sur la relation entre lâenfant et ses parents dâorigine Carignan et al., 2009. Il sâinscrit dans la mission fondamentale des centres jeunesse qui est de permettre aux jeunes en difficultĂ© ainsi quâĂ leur famille de se reprendre en main afin de retrouver un mieux-ĂȘtre sur le plan personnel, familial ou social » ACJQ, 2013 9. Ă cette Ă©tape, les besoins de lâenfant et la capacitĂ© des parents Ă exercer leur rĂŽle et leurs responsabilitĂ©s sont minutieusement Ă©valuĂ©s. La motivation des parents Ă rĂ©aliser les changements nĂ©cessaires Ă la rĂ©solution des problĂšmes est examinĂ©e, ainsi que la prĂ©sence ou non de ressources susceptibles de venir en aide Ă lâenfant et ses parents. Cette Ă©valuation vise Ă dĂ©terminer un plan dâintervention visant la fin de la situation de compromission. Toutefois, au-delĂ dâun certain dĂ©lai tableau 1, si la situation ne sâamĂ©liore pas suffisamment pour permettre Ă lâenfant de retourner Ă la maison, un projet de vie alternatif permanent est envisagĂ© Gouvernement du QuĂ©bec, 2010. Ce projet de vie permanent a alors pour but dâassurer Ă lâenfant la continuitĂ© des soins et la stabilitĂ© des liens et des conditions de vie appropriĂ©es Ă ses besoins et Ă son Ăąge » Gouvernement du QuĂ©bec, 2010 8. Parmi ces projets de vie figure le placement jusquâĂ majoritĂ© en famille dâaccueil. Tableau 1. DĂ©lais de placements prĂ©vus depuis 2007 par la LPJ Ăge de lâenfant Moins de 2 ans De 2 Ă 5 ans 6 ans et plus DurĂ©e maximale de placement 12 mois 18 mois 24 mois Gouvernement du QuĂ©bec, 2010 13 4Le premier avantage du placement est de protĂ©ger lâenfant. Lorsque le placement se transforme en placement Ă majoritĂ©, il permet aussi dâoffrir une stabilitĂ© Ă lâenfant tout en favorisant lâengagement Ă long terme des parents dâaccueil. Les jeunes qui ont Ă©tĂ© retirĂ©s de leur milieu dâorigine en raison de problĂšmes importants parlent des avantages Ă vivre en famille dâaccueil, notamment sur les plans scolaire, affectif et de la transmission de valeurs Robin, 2010 47. Toutefois, le placement peut aussi accroĂźtre la vulnĂ©rabilitĂ© de lâenfant en lâisolant de son rĂ©seau primaire Peirson et al., 2001. Cet isolement oblige les enfants Ă crĂ©er de nouvelles relations, Ă sâadapter Ă un autre mode de vie, Ă se soumettre Ă de nouvelles rĂšgles, Ă se confier Ă des inconnus, etc. Conseil permanent de la jeunesse, 2004a ; Groupe de travail sur la politique de placement en famille dâaccueil, 2000. Le placement risque aussi dâaccentuer les difficultĂ©s de ces jeunes sur les plans scolaire et psychologique p. ex. anxiĂ©tĂ©, dĂ©pression, etc. Carignan et al., 2009 ; Rutter, 2000. En outre, mĂȘme si ce ne sont pas tous les jeunes ayant vĂ©cu une expĂ©rience de placement qui ont des problĂšmes dâadaptation Ă lâĂąge adulte, des Ă©tudes rĂ©vĂšlent que les problĂšmes vĂ©cus par plusieurs dâentre eux avant et pendant le placement se poursuivent au-delĂ de lâĂąge de 18 ans Courtney et al., 2010 ; Goyette et Royer, 2009 ; Griffin, 2004. 5La prĂ©sente Ă©tude cherche Ă documenter la rĂ©alitĂ© familiale de 12 jeunes placĂ©s dans une famille dâaccueil Ă la suite dâune ordonnance de placement jusquâĂ leur majoritĂ© 18 ans, et ce, afin de dĂ©crire la composition de leur rĂ©seau familial, de cerner lâimportance des liens familiaux dâorigine et dâaccueil dans leur vie adulte et dâidentifier des Ă©lĂ©ments du contexte personnel, familial, social et culturel qui pourraient influencer le maintien ou non de ces liens. LâhypothĂšse formulĂ©e dans cette Ă©tude sous-entend que la reprĂ©sentation que les jeunes se font de leur rĂ©seau familial pourrait influencer la qualitĂ© des liens maintenus ou créés Ă la suite dâun placement jusquâĂ majoritĂ©. En outre, prĂ©cisons quâil nâa pas Ă©tĂ© demandĂ© aux jeunes de dĂ©finir leur rĂ©seau familial, mais plutĂŽt dâexpliquer qui fait partie de leur famille. Ătant donnĂ© que leurs reprĂ©sentations de la famille dĂ©passent la dĂ©finition traditionnelle fondĂ©e sur les liens biologiques ou dâadoption, la notion de rĂ©seau familial a Ă©tĂ© privilĂ©giĂ©e. Ainsi, la dĂ©finition de DĂ©coret 1998 oĂč une famille est constituĂ©e de toute personne se considĂ©rant comme faisant partie dâune famille a Ă©tĂ© retenue. Cette dĂ©finition de la famille, fondĂ©e davantage sur une appartenance symbolique que biologique, sous-tend alors quâun jeune peut sâaffilier Ă plus dâune famille Wendland et Gaugue-Finot, 2008 et ĂȘtre partie intĂ©grante dâun rĂ©seau familial plus vaste que celui imposĂ© par les liens dâorigine. Cette affiliation multiple du jeune Ă son rĂ©seau familial nâest pas sans rappeler lâimportance, dans un tel contexte, de la pluriparentalitĂ©, oĂč lâexercice de lâĂ©ducation et des soins dâun jeune peuvent notamment ĂȘtre partagĂ©s entre plus de deux adultes Marquet, 2010. 6Pour comprendre ces rĂ©alitĂ©s familiales, le vĂ©cu des jeunes a Ă©tĂ© documentĂ© par lâintermĂ©diaire dâune entrevue semi-dirigĂ©e ainsi que par la constitution de deux gĂ©nogrammes familiaux, lâun reprĂ©sentant leur rĂ©seau familial actuel et lâautre leur rĂ©seau familial pendant leur placement. Recension des Ă©crits 7Lorsque le retour de lâenfant auprĂšs de ses parents nâest pas possible, le directeur de la protection de la jeunesse DPJ, qui a pour rĂŽle dâassurer la protection des enfants dont la sĂ©curitĂ© ou le dĂ©veloppement est compromis, dĂ©termine, avec les parents et lâenfant, un projet de vie alternatif selon lâintĂ©rĂȘt et les besoins de lâenfant » Gouvernement du QuĂ©bec, 2010 17. Dans les cas oĂč le projet de vie alternatif consiste Ă placer lâenfant dans une famille dâaccueil jusquâĂ sa majoritĂ©, il nây a pas pour autant absence de contact entre lâenfant et sa famille dâorigine. Le droit de contact entre un parent et son enfant est inscrit dans la Loi sur la protection de la jeunesse ; seul le tribunal peut limiter ou retirer ce droit QuĂ©bec, 2014. Des recherches ont dâailleurs soulignĂ© le besoin des jeunes de conserver des liens avec leur famille dâorigine mĂȘme si celle-ci sâavĂšre dysfonctionnelle Beaudry et al., 2004, et dâautres Ă©tudes ont montrĂ© quâelle demeure une source de soutien pour plusieurs dâentre eux Courtney et Heuring, 2005. 8Le maintien des liens entre lâenfant et sa famille dâorigine aprĂšs le placement nâapporte cependant pas que des bĂ©nĂ©fices. Leathers 2003 a menĂ© des entrevues tĂ©lĂ©phoniques auprĂšs de la famille dâaccueil et du travailleur social de 199 enfants placĂ©s depuis prĂšs de quatre ans en moyenne. Elle souhaitait documenter les conflits dâaffiliation potentiels chez les jeunes ayant des contacts frĂ©quents avec leurs parents dâorigine. Ses rĂ©sultats montrent la difficultĂ© pour certains jeunes de conserver une bonne relation Ă la fois avec leurs parents dâorigine et leur famille dâaccueil. En effet, les enfants ayant une relation de qualitĂ© avec leurs parents dâorigine avaient une moins bonne relation avec leur famille dâaccueil, alors que ceux qui Ă©taient parvenus Ă dĂ©velopper de bonnes relations avec les deux familles Ă©taient plus Ă risque de vivre des conflits de loyautĂ©. De plus, plusieurs auteurs sâaccordent pour affirmer que lâimpact du placement sur le dĂ©veloppement des jeunes repose en grande partie sur la qualitĂ© des relations avec leurs familles dâorigine et dâaccueil Kufeldt et al., 2000 ; Potin, 2009 ; Stott et Gustavsson, 2010, ce qui nâest pas sans rappeler lâimportance que peut revĂȘtir la notion de pluriparentalitĂ© lors du placement Le Gall, 2010. Le maintien des liens entre lâenfant et son milieu dâorigine facilite lâadaptation de lâenfant Ă la situation de placement, le dĂ©veloppement de son identitĂ© et, Ă©ventuellement, le succĂšs de la rĂ©unification familiale Davis et al., 1996 ; Fanshell et Shinn, 1978 ; Gallaway et al., 1994 ; Simard et al., 1991 ; White et al., 1996, tous citĂ©s dans Beaudry et al., 2004 alors que le dĂ©veloppement de bonnes relations avec les parents dâaccueil favorise lâancrage dans la communautĂ© et la stabilitĂ© du placement Stott et Gustavsson, 2010. 9Par ailleurs, il sâavĂšre parfois difficile de maintenir lâimplication des parents auprĂšs de leur enfant lorsque ce dernier leur a Ă©tĂ© retirĂ© Poirier, 2000. Les visites se font plus frĂ©quentes en dĂ©but de placement, puis elles diminuent avec le temps. Plusieurs facteurs amĂšnent les parents Ă rĂ©duire la frĂ©quence des visites ou mĂȘme Ă cesser tout contact. Parmi ces facteurs, mentionnons une relation hostile ou critique avec la famille dâaccueil Oyserman et Benbenishty, 1992 ainsi que des problĂšmes financiers, de santĂ© physique et de santĂ© mentale Poirier, 2000. Des auteurs ajoutent que la distance gĂ©ographique contraint plusieurs parents Ă ne plus se dĂ©placer ou Ă diminuer la frĂ©quence des dĂ©placements Oyserman et Benbenishty, 1992 ; Poirier, 2000. Le temps de transport, les frais qui y sont associĂ©s ou encore lâimpossibilitĂ© de se dĂ©placer influencent leur dĂ©cision de diminuer ou mĂȘme de rompre les contacts avec leur enfant. Browne et Moloney 2002 indiquent Ă©galement que les promesses non tenues des parents dâorigine quant au fait de visiter leur enfant provoquent de la dĂ©ception et de la confusion chez ce dernier, sentiments avec lesquels la famille dâaccueil doit ensuite composer. Pourtant, mĂȘme si les jeunes ne maintiennent pas toujours une relation proximale ou de qualitĂ© avec leurs parents lors du placement, plusieurs conservent des liens avec leur famille dâorigine une fois quâils atteignent lâĂąge adulte Rutman et al., 2007 ; Wade, 2008. 10Selon la dĂ©finition du Conseil permanent de la jeunesse 2004b 59, une famille dâaccueil est constituĂ©e dâune ou deux personnes accueillant Ă leur domicile un maximum de neuf enfants en difficultĂ©. Son rĂŽle est de recrĂ©er un milieu de vie se rapprochant [âŠ] du milieu naturel, en ce sens quâil sâagit de recrĂ©er un milieu familial et des relations de type parental. » Dans cet esprit, elle sâassure de rĂ©pondre adĂ©quatement aux besoins de lâenfant et de favoriser son dĂ©veloppement ainsi que sa sĂ©curitĂ© Conseil permanent de la jeunesse, 2004b. La famille dâaccueil agit quotidiennement auprĂšs de lâenfant, ce qui la rend trĂšs influente auprĂšs de ce dernier Potin, 2009. Dâune part, elle peut faciliter lâinsertion de lâenfant en le considĂ©rant comme partie intĂ©grante de la famille Tremblay, 2007, dâautre part, elle peut provoquer un sentiment de diffĂ©renciation chez le jeune placĂ© en le comparant aux autres enfants de la famille Chapon-Crouzet, 2005. En ce sens, une famille dâaccueil exprimant des sentiments dâamour, de chaleur et dâempathie favorise davantage lâintĂ©gration des jeunes Conseil permanent de la jeunesse, 2004b. Au-delĂ de ces considĂ©rations, la capacitĂ© quâauront les jeunes Ă dĂ©velopper des liens significatifs avec leur famille dâaccueil jouera un rĂŽle important dans lâancrage de leur rĂ©seau de soutien futur Ahrens et al., 2011 ; Perry, 2006 ; Stott et Gustavsson, 2010 ; Wade, 2008. Rutman et ses collaborateurs 2007 soulignent quâun nombre important de jeunes mentionnent pouvoir compter sur leur famille dâaccueil afin de recevoir de lâaide matĂ©rielle ou du soutien Ă la fin du placement. Dans son analyse du parcours de placement de 53 adolescents, Tremblay 2007 indique que 68 % dâentre eux affirment que leur famille dâaccueil est leur famille de rĂ©fĂ©rence. Ce statut confĂ©rĂ© amĂšne plusieurs jeunes Ă demeurer en contact avec leur famille dâaccueil Ă lâĂąge adulte. 11Au moment de la transition Ă lâĂąge adulte, les jeunes qui ont Ă©tĂ© hĂ©bergĂ©s en famille dâaccueil jusquâĂ leur majoritĂ© sâavĂšrent plus vulnĂ©rables sur le plan des problĂ©matiques liĂ©es Ă la scolarisation, Ă lâemployabilitĂ© et aux habiletĂ©s de la vie quotidienne en gĂ©nĂ©ral Goyette et Turcotte, 2004. De plus, la sortie du systĂšme de protection Ă 18 ans les oblige Ă se prendre en charge de maniĂšre accĂ©lĂ©rĂ©e » par rapport aux jeunes de la population gĂ©nĂ©rale Richard, 2012. En outre, ces jeunes manquent souvent de prĂ©paration Ă la vie autonome ou ont des difficultĂ©s Ă crĂ©er des liens sociaux Collins et al., 2010. La consolidation du rĂ©seau familial des jeunes avant leur sortie des services sâavĂšre donc un Ă©lĂ©ment essentiel pour leur assurer de bonnes conditions de vie Ă lâĂąge adulte Collins et al., 2010 ; Poirier, 2000 ; Simard, 2007. Dans une Ă©tude oĂč il a examinĂ© le rĂ©seau social des jeunes placĂ©s, Perry 2006 a conceptualisĂ© la notion de soutien social en identifiant ses trois sources principales les acteurs gravitant autour des services sociaux intervenants, familles dâaccueil, la famille dâorigine parents, fratrie et les mentors adultes adultes significatifs, mais externes Ă la famille. Les jeunes bĂ©nĂ©ficiant des trois sources de soutien sâen sortiraient globalement mieux que ceux nâayant quâune seule source de soutien. MĂ©thodologie 12LâĂ©tude prĂ©sentĂ©e ici sâintĂ©resse au rĂ©seau familial de jeunes QuĂ©bĂ©cois ayant Ă©tĂ© placĂ©s jusquâĂ leur majoritĂ©. Ainsi, ce rĂ©seau a Ă©tĂ© explorĂ© par rapport Ă deux pĂ©riodes distinctes de leur parcours 1 pendant le placement en famille dâaccueil, de maniĂšre rĂ©trospective, et 2 au moment de lâentrevue, soit Ă partir de leur majoritĂ© jusquâĂ dix ans aprĂšs lâavoir atteinte. LâĂ©tude vise Ă mieux comprendre la place quây occupent leurs familles dâorigine et dâaccueil, principalement dans les premiĂšres annĂ©es suivant la fin du placement. La recherche sâappuie sur une mĂ©thodologie qualitative permettant dâaccĂ©der au sens que donnent les jeunes adultes Ă leur expĂ©rience familiale et aux processus relationnels qui sâopĂšrent avec leurs familles dâorigine et dâaccueil Deslauriers et KĂ©risit, 1997. 13La population Ă lâĂ©tude est composĂ©e de jeunes adultes de 18 ans et plus qui ont reçu une ordonnance de placement en famille dâaccueil jusquâĂ leur majoritĂ© 18 ans. Cette ordonnance a Ă©tĂ© prononcĂ©e en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse, soit lâune des lois qui rĂ©gissent les centres jeunesse du QuĂ©bec. Au cours de leur pĂ©riode de placement, les jeunes ont pu vivre dans une ou plusieurs familles dâaccueil ou passer dâune famille dâaccueil Ă un centre de rĂ©adaptation. 14Le recrutement des participants sâest effectuĂ© Ă lâaide dâun courriel envoyĂ© Ă lâensemble des Ă©tudiants et des employĂ©s de lâUniversitĂ© Laval n = 3. La FĂ©dĂ©ration des familles dâaccueil et des ressources intermĂ©diaires du QuĂ©bec FFARIQ a aussi participĂ© au recrutement en ciblant des familles dâaccueil pouvant nous mettre en contact avec des jeunes intĂ©ressĂ©s Ă participer n = 2. Des intervenants dâun organisme communautaire de la rĂ©gion de QuĂ©bec nous ont Ă©galement rĂ©fĂ©rĂ© des jeunes correspondant au profil recherchĂ© n = 3. Enfin, des participants ont Ă©tĂ© recrutĂ©s Ă partir dâun effet boule de neige n = 4. 15La collecte de donnĂ©es sâest appuyĂ©e sur un questionnaire sociodĂ©mographique permettant de dresser un profil gĂ©nĂ©ral des participants, ainsi que sur une entrevue individuelle semi-dirigĂ©e dâune durĂ©e approximative de 60 minutes. Les principaux thĂšmes abordĂ©s dans lâentrevue ont portĂ© sur lâimportance relative des liens familiaux dâorigine et dâaccueil dans le rĂ©seau familial des jeunes, sur les Ă©lĂ©ments qui ont facilitĂ© ou nui au maintien de ces liens, ainsi que sur la nature et la qualitĂ© du soutien que les jeunes reçoivent ou souhaiteraient recevoir de la part de leur famille dâorigine ou dâaccueil. Au cours des entrevues, nous avons construit deux gĂ©nogrammes avec chacun des participants. La construction du premier a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e Ă la suite de la question suivante pouvez-vous nommer les personnes qui font partie de votre famille actuelle ? Le deuxiĂšme Ă©tait Ă©laborĂ© en demandant aux participants de penser Ă ceux qui faisaient partie de leur famille entre le dĂ©but et la fin de leur placement. Ă partir de ces gĂ©nogrammes, nous avons discutĂ© de la composition du rĂ©seau familial des jeunes en identifiant les personnes qui y sont incluses, et celles qui en sont exclues. Ces personnes pouvaient tout autant provenir du milieu dâorigine des jeunes interrogĂ©s que de leur milieu dâaccueil, des organismes quâils ont frĂ©quentĂ©s ou encore de leur cercle dâamis. Pour McGoldrick et Gerson 1990 19, le gĂ©nogramme est une façon de dresser lâarbre gĂ©nĂ©alogique dâune famille. Il contient des informations sur les membres de cette famille et sur leurs relations ». PrĂ©cisons toutefois que dans le cadre de la prĂ©sente Ă©tude, le gĂ©nogramme sâest avĂ©rĂ© ĂȘtre davantage un outil permettant de faciliter la discussion et de schĂ©matiser des liens parfois complexes Ă saisir. 16Quant Ă lâanalyse des donnĂ©es, elle a Ă©tĂ© effectuĂ©e en respectant les principes de lâanalyse de contenu telle que prĂ©sentĂ©e par Mayer et Deslauriers 2000. Une premiĂšre catĂ©gorisation du matĂ©riel a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par une professionnelle de recherche, pour ĂȘtre ensuite validĂ©e par une seconde professionnelle de recherche et la chercheuse principale. Lâanalyse a cherchĂ© Ă dĂ©gager des tendances ou des trajectoires particuliĂšres permettant dâexpliquer le sens que donnent les jeunes aux liens familiaux quâils ont maintenus ou non et ceux quâils ont créés au fils du temps. Tous les membres de lâĂ©quipe de recherche ont Ă©tĂ© activement impliquĂ©s dans les Ă©tapes entourant lâanalyse des donnĂ©es et les rĂ©sultats ont Ă©tĂ© discutĂ©s afin de sâassurer quâils correspondent prĂ©cisĂ©ment au sens donnĂ© par les participants. 17Pour cette Ă©tude, un Ă©chantillon de 12 jeunes adultes volontaires trois garçons, neuf filles ĂągĂ©s de 18 et 28 ans a Ă©tĂ© recrutĂ©. Tous ont Ă©tĂ© hĂ©bergĂ©s en famille dâaccueil Ă la suite dâune ordonnance de placement jusquâĂ leur majoritĂ© et quatre ont aussi expĂ©rimentĂ© un ou des passages en centre de rĂ©adaptation. La section qui suit prĂ©sente une brĂšve description des participants. Description des participants 1 La famille dâaccueil spĂ©cifique, ou de proximitĂ©, exerce ses activitĂ©s auprĂšs dâun enfant qui lui ... 2 Tous les prĂ©noms ont Ă©tĂ© changĂ©s afin de prĂ©server la confidentialitĂ© des propos et lâanonymat des ... 18Durant le placement, deux jeunes ont Ă©tĂ© hĂ©bergĂ©s dans une famille dâaccueil spĂ©cifique1 AnaĂŻs2 et Juliette. Dans le cas dâAnaĂŻs, la derniĂšre famille dâaccueil Ă©tait celle de sa cousine maternelle alors que Juliette a Ă©tĂ© confiĂ©e Ă une tante maternelle durant toute la durĂ©e de son placement. Pour sa part, Emrick a Ă©tĂ© adoptĂ© un peu avant ses deux ans et il considĂšre cette famille adoptive comme Ă©tant sa famille dâorigine. Depuis la fin du placement, deux jeunes ont donnĂ© naissance Ă un enfant Clara et Ălisabeth, trois ont connu des Ă©pisodes de vie dans la rue Clara, Ălisabeth et Guillaume et un a Ă©tĂ© incarcĂ©rĂ© pendant plus dâun an Guillaume. Le tableau suivant prĂ©sente une description sommaire des participants. Tableau 2. Description des participants de lâĂ©tude Nom Ăge au moment de lâĂ©tude Ăge au moment du placement Nombre de familles dâaccueil Passage en centre de rĂ©adaptation AmĂ©lia 25 7 4 Non AnaĂŻs 23 12 3 Non Ariane 23 10 6 Non Clara 23 9 3 Oui Ălisabeth 23 6 10 Oui ĂloĂŻse 28 14 5 Oui Emrick 18 6 1 Non Florence 26 15 1 Non Guillaume 20 13 6 Oui Juliette 20 11 1 Non Myriam 18 6 1 Non Nathan 18 Ne sait pas 3 ou 4 Non RĂ©sultats 19La reprĂ©sentation que les jeunes se font de leur rĂ©seau familial actuel sâavĂšre particuliĂšrement diversifiĂ©e. Si certains continuent dâidentifier leurs parents dâorigine comme faisant partie de leur cellule familiale, dâautres nâont pas cherchĂ© Ă reprendre contact avec eux aprĂšs leur sortie des services. Les donnĂ©es permettent aussi dâexplorer le soutien que ces jeunes reçoivent au moment de leur Ă©mancipation de la part de leurs familles dâaccueil et dâorigine. La perception des diffĂ©rents types de soutien reçus et des personnes leur apportant ce soutien lors du passage Ă la vie adulte apparaissent Ă©galement trĂšs diversifiĂ©es. PrimautĂ© des liens dâorigine? 20Bien que le rĂ©seau familial actuel des jeunes interrogĂ©s diffĂšre, leur discours laisse entrevoir quâil se construit Ă partir du sens quâils donnent Ă leurs liens dâorigine. La moitiĂ© des jeunes ont parlĂ© spontanĂ©ment de vraie » famille ou de lâimportance symbolique des liens biologiques ou dâorigine. Maman, câest maman, on en a une maman. On nâen a pas 10 des mamans, on en a une. Une vraie. Ălizabeth, 23 ans ; placĂ©e Ă 6 ans, elle a vĂ©cu environ 10 placements diffĂ©rents, dont un en centre de rĂ©adaptation. Je lui [pĂšre] ouvrirais sĂ»rement [la porte], par rapport que ça reste que câest ta vraie famille [âŠ]. Florence, 26 ans ; elle se signale elle-mĂȘme Ă lâĂąge de 15 ans, moment Ă partir duquel elle vivra en famille dâaccueil. 21Aujourdâhui, 5 des 12 jeunes interrogĂ©s Myriam, Clara, Nathan, Emrick et AnaĂŻs incluent leur pĂšre ou leur mĂšre dâorigine dans leur rĂ©seau familial. Cependant, la plupart les avaient exclus pendant la pĂ©riode du placement. Pour plusieurs, la fin du placement a favorisĂ© ou permis la reprise des contacts, de mĂȘme que le dĂ©veloppement des liens avec leurs vrais » parents, câest-Ă -dire leurs parents dâorigine. 22Plusieurs participants ont choisi dâexclure leurs parents dâorigine de leur rĂ©seau familial actuel n=7. Parmi ces derniers, cinq ont refusĂ© dĂšs leur enfance ou leur adolescence de les considĂ©rer. Par contre, mĂȘme si certains de ces jeunes excluent leurs parents dâorigine de leur rĂ©seau familial actuel, cela ne veut pas dire quâils nâont pas de contact avec eux. Câest le cas de Juliette, qui a Ă©tĂ© placĂ©e dans la mĂȘme famille dâaccueil spĂ©cifique de 11 Ă 18 ans, et qui a dĂ©cidĂ© de rencontrer sa mĂšre aprĂšs neuf annĂ©es sans aucun contact. Elle explique quâelle nâa que trĂšs peu dâestime pour sa mĂšre, mais quâelle est prĂȘte Ă la rencontrer dans ce qui sâapparente Ă une dĂ©marche de pardon. Elle ne la considĂšre pas pour autant comme un membre de sa famille actuelle, mais elle est ouverte Ă la rencontrer et Ă Ă©couter son point de vue. Notons quâelle pourrait, dit-elle, envisager une dĂ©marche similaire auprĂšs de son pĂšre. Toutefois, il est possible de se demander pourquoi, malgrĂ© lâexclusion de sa mĂšre de son rĂ©seau et la relation tendue, les contacts se maintiennent. Le sens donnĂ© aux liens dâorigine ou de sang ou leur importance symbolique peuvent-ils expliquer en partie cette situation ? Dâautres Ă©tudes seront nĂ©cessaires pour rĂ©pondre clairement Ă cette question. 23Par ailleurs, certains des jeunes rencontrĂ©s rappellent que les liens dâorigine ne sont pas les seuls Ă ĂȘtre importants. Parmi eux, AmĂ©lia a connu quatre familles dâaccueil diffĂ©rentes, dont une qui lâa accueillie de 12 Ă 18 ans. Pour elle, sa famille est dâabord celle-ci, qui lâa Ă©levĂ©e. Nâayant plus de contact avec sa famille dâorigine, elle considĂšre aujourdâhui ses parents et sa fratrie dâaccueil comme Ă©tant sa seule famille. Quoiquâil y en a qui pensent ah, câest ta mĂšre biologique, les liens du sang, câest plus fort que tout », moi je ne suis pas dâaccord avec ça, câest ma famille [dâaccueil] qui mâa Ă©levĂ©e, câest elle ma famille. AmĂ©lia, 25 ans ; placĂ©e de 7 Ă 18 ans dans 4 familles dâaccueil diffĂ©rentes, dont la mĂȘme famille de 12 Ă 18 ans. 24Si plusieurs excluent leurs parents dâorigine de leur rĂ©seau familial, il semble que ce soit diffĂ©rent pour ce qui est de la fratrie. En effet, bien que certains jeunes nâaient pas Ă©tĂ© placĂ©s avec leur fratrie Juliette et Ariane ou que celle-ci nâait pas Ă©tĂ© placĂ©e du tout Clara, Emrick, Florence, il ressort de nos rĂ©sultats que la force de ces liens rĂ©siste Ă lâabsence de contact durant le placement et mĂȘme, pour une participante, Ă des abus perpĂ©trĂ©s par un membre de sa fratrie. Aujourdâhui, tous ces participants sont en contact avec leur fratrie et la considĂšrent comme partie intĂ©grante de leur famille. Mentionnons aussi quâInternet sâest avĂ©rĂ© un outil de retrouvailles efficace pour plusieurs des jeunes rencontrĂ©s, notamment pour Emrick, qui a profitĂ© de la levĂ©e de lâinterdit de contact avec sa famille dâorigine pour renouer avec elle. Jâai toujours voulu les retrouver, câest juste que jâavais un interdit de contact, jusquâĂ tant que jâaie 18 ans. Jâai attendu longtemps, pis Ă un moment donnĂ©, je suis allĂ© sur le site oĂč tout le monde va, je suis allĂ© sur Facebook, pis jâai tapĂ© [leur] nom. Emrick, 18 ans ; placĂ© de 6 Ă 18 ans. 25Parmi les six jeunes qui mentionnent avoir des frĂšres et sĆurs Myriam, Juliette, Ariane, Clara, Emrick, Florence, tous incluent au moins lâun dâentre eux dans leur rĂ©seau familial. En outre, si la plupart affirment que le lien a Ă©tĂ© difficile Ă maintenir Ă lâadolescence Clara, Ariane, Florence, Juliette, Emrick, ils sont unanimes quant Ă lâimportance de les intĂ©grer aujourdâhui Ă leur quotidien. Toutefois, la forme, la qualitĂ© et la quantitĂ© des contacts varient dâun jeune Ă lâautre, et ce, Ă lâintĂ©rieur dâune mĂȘme fratrie. Par exemple, le lien est vraiment fort pour Ariane alors que pour Juliette, le lien qui existe se limite Ă des contacts sur les mĂ©dias sociaux. Pour les demi-fratries, il en va tout autrement. Les trois participants ĂloĂŻse, Guillaume, Ălizabeth qui ont dĂ©clarĂ© avoir une demi-fratrie ne lâincluent pas dans leur rĂ©seau familial, et ce, mĂȘme sâils ont des contacts occasionnels avec elle. Quant Ă ceux qui nâont pas de fratrie ou de demi-fratrie Nathan, AmĂ©lia, AnaĂŻs, ils intĂšgrent tous Ă leur rĂ©seau familial des membres de leur famille dâorigine, sans que ce soit nĂ©cessairement leurs parents. Il peut sâagir dâune tante, dâun grand-parent, dâun cousin, etc. 26Les propos que tiennent les jeunes ne sont donc pas sans rappeler la primautĂ© des liens dâorigine sur toute autre forme de liens quâils incluent ou excluent leur famille dâorigine dans le rĂ©seau familial, ils en parlent tous comme dâun idĂ©al, que cet idĂ©al soit Ă leur portĂ©e ou non. MĂȘme lorsque les membres de leur famille dâorigine sont absents de leur vie actuelle, les participants semblent garder une porte entrouverte pour eux. QualitĂ© des liens créés 27Lorsque lâon examine lâimportance quâaccordent les jeunes adultes Ă leur famille dâaccueil, on sâaperçoit que lâexpĂ©rience de chacun est marquĂ©e par sa propre histoire. Si cinq jeunes Myriam, Nathan, AmĂ©lia, Ălizabeth, AnaĂŻs incluent encore des membres de leur famille dâaccueil dans leur rĂ©seau familial actuel, sept Florence, Emrick, Juliette, Ariane, Clara, ĂloĂŻse, Guillaume ont choisi de les maintenir Ă lâextĂ©rieur de ce rĂ©seau. Lâabsence des parents dâorigine ou leur prĂ©sence limitĂ©e pourrait inciter les jeunes Ă trouver une alternative familiale » auprĂšs de personnes quâils Ă©lisent et Ă crĂ©er des liens de confiance avec eux. Câest le cas dâAmĂ©lia et dâĂlizabeth, qui accordent Ă leur famille dâaccueil une place quasi exclusive dans leur rĂ©seau familial. En fait, Ă son rĂ©seau familial, AmĂ©lia nâajoute quâune tante biologique, et Ălizabeth ajoute son conjoint et leur bĂ©bĂ© placĂ© lui-mĂȘme en famille dâaccueil. 28En outre, un Ă©lĂ©ment qui semble influencer le choix des jeunes dâinclure ou dâexclure des membres de leur famille dâaccueil dans leur rĂ©seau familial est liĂ© Ă la qualitĂ© du lien créé. Les jeunes qui considĂšrent ne pas avoir dĂ©veloppĂ© de relations de qualitĂ© avec eux ou qui ne se sont jamais sentis comme faisant partie de leur famille dâaccueil ont plutĂŽt exclu ces personnes de leur rĂ©seau familial. Ă lâopposĂ©, deux jeunes venant tout juste dâatteindre leur majoritĂ© Myriam et Nathan mentionnent demeurer attachĂ©s Ă leur famille dâaccueil, principalement Ă leur mĂšre dâaccueil. Pour eux, cette famille reprĂ©sente la stabilitĂ© dans leur vie et inclut des personnes qui, croient-ils, seront toujours lĂ pour les soutenir. Dâautres Ă©tudes seront toutefois nĂ©cessaires afin de vĂ©rifier dans quelle mesure ces liens forts Ă©volueront dans le sens attendu par ces deux jeunes. Ma famille dâaccueil, ce nâest pas nâimporte laquelle ! Tâen as que tâas pas le droit de sortir, tâas pas le droit de voir personne, il y a beaucoup de restrictions. [Ma mĂšre dâaccueil] en avait des restrictions, mais dans la maison, puis elle avait quand mĂȘme une certaine ouverture. Moi je trouve que câĂ©tait parfait, parfait, parfait, parce que je serais pas oĂč je suis rendu prĂ©sentement si jâavais pas rencontrĂ© cette personne-lĂ . Comme on dit, il nâarrive jamais rien pour rien non plus. Mais câest grĂące Ă elle que jâai eu mon permis de conduire, que jâai eu une job stable, pis elle est avec moi Ă 100 %. Nathan, 18 ans ; placĂ© tĂŽt dans lâenfance. 29Certains jeunes, comme Ălizabeth, ont pu inclure des membres dâune de leurs familles dâaccueil dans leur rĂ©seau familial aprĂšs avoir fait la rencontre de LA personne qui leur a permis de se sentir bien. Ălizabeth explique que tout au long de son enfance, elle est passĂ©e dâune famille dâaccueil Ă lâautre. Selon sa perception, personne ne voulait rĂ©ellement la garder sous son toit. Or, Ă 14 ans, lorsquâelle est arrivĂ©e chez France, elle a senti quâenfin, elle pouvait appartenir Ă une famille. Depuis ce jour, France fait figure de mĂšre pour cette jeune femme. AussitĂŽt que je suis rentrĂ©e chez France, je me suis sentie bien. Jâavais jamais fait ça dans une famille dâaccueil, mais chez elle, jâĂ©tais dĂ©jĂ rendue dans le frigidaire [Rires] [âŠ] [Pendant mon placement chez France], je sortais, je fuguais, je rentrais. Tu comprends? [Rires] Mais ce nâĂ©tait pas pour faire chier France! Je nâĂ©tais tellement pas habituĂ©e dâĂȘtre aimĂ©e par quelquâun que dans ma tĂȘte, ĂȘtre aimĂ©e lĂ , jâĂ©tais en train de virer folle. Je ne savais plus quoi faire, sĂ©rieux. Ălisabeth, 23 ans ; placĂ©e Ă 6 ans, elle a vĂ©cu environ 10 placements diffĂ©rents, dont un en centre de rĂ©adaptation. 30Ă lâinverse, les jeunes ĂloĂŻse, Juliette, Emrick, Ariane, Clara, Guillaume qui considĂšrent ne pas avoir créé de relations de qualitĂ© avec des membres de leur famille dâaccueil, ou qui ne sây sont jamais sentis Ă lâaise, ont plutĂŽt exclu ces personnes de leur rĂ©seau familial. Câest le cas notamment dâĂloĂŻse. Non, en fait, je nâai pas gardĂ© de liens avec aucune de mes familles [dâaccueil]. Je suis sĂ»re que je verrais nâimporte qui, de nâimporte quelle famille, on ne serait pas fĂąchĂ©s de se voir, mais non, jâai pas gardĂ© de liens. Pour toutes les familles dâaccueil oĂč jâĂ©tais, jâĂ©tais plus comme une Ă©trangĂšre. Moi jâai Ă©tĂ© placĂ©e dans des familles dâaccueil temporaires [et rĂ©guliĂšres, mais elle Ă©tait dĂ©placĂ©e en raison de ses comportements], puis il y a dâautres personnes qui Ă©taient lĂ en permanence. ĂloĂŻse, 28 ans ; placĂ©e Ă 14 ans, elle a vĂ©cu dans cinq familles diffĂ©rentes et dans un centre de rĂ©adaptation. 31Quatre jeunes ĂloĂŻse, Clara, Guillaume et Ălisabeth, aprĂšs avoir frĂ©quentĂ© plusieurs familles dâaccueil, ont vĂ©cu une partie de leur placement en centre de rĂ©adaptation. Pour la plupart, ils ne gardent pas de souvenirs positifs de ces familles, sauf pour Ălisabeth qui en conserve quelques-uns, mais uniquement de sa derniĂšre famille dâaccueil. Dâautres, sans nĂ©cessairement garder de mauvais souvenirs, nâont pu sâattacher ni sâidentifier Ă leur famille dâaccueil. Les multiples placements et dĂ©placements ont pu teinter le vĂ©cu de certains ni ĂloĂŻse ni Ariane ne peuvent sâidentifier Ă lâune de leurs familles dâaccueil. Ariane explique quâelle ne sâest jamais sentie chez elle et les nombreuses transitions ont fait en sorte quâaucun lien nâa Ă©tĂ© maintenu avec personne. En ce sens, elle ajoute Jâavais lâhabitude de dire que les familles dâaccueil, câest comme du lait en poudre ça fait la job, mais câest pas trĂšs bon. [Rires] On ne sent pas quâils nous aiment. On ne sent pas quâil y a de lâaffection envers nous pis on ne comprend pas⊠Ariane, 23 ans ; placĂ©e Ă 10 ans, elle a vĂ©cu dans six familles dâaccueil diffĂ©rentes. 32Les parcours des jeunes de lâĂ©tude laissent entrevoir que divers Ă©lĂ©ments comme le fait dâavoir quittĂ© rĂ©cemment ou non les services dâhĂ©bergement ou la distance gĂ©ographique de leur lieu dâaccueil influencent au fil du temps la relation avec la famille dâaccueil. Nos rĂ©sultats suggĂšrent Ă©galement trois scĂ©narios lorsque les contacts avec la famille dâorigine reprennent Ă la sortie des services comme câest le cas pour Nathan et Myriam 1 les liens avec la famille dâorigine pourraient prendre toute la place ; 2 les liens avec la famille dâaccueil pourraient demeurer intacts malgrĂ© les retrouvailles avec la famille dâorigine ou 3 les deux familles pourraient conserver une place importante dans le rĂ©seau familial. Les rĂ©sultats de lâĂ©tude ne permettent pas dâavancer ce qui contribuera Ă choisir un scĂ©nario plutĂŽt quâun autre. Cependant, il semble ressortir des rĂ©sultats que la qualitĂ© des liens Ă©tablis avec les membres de la famille dâaccueil favorise lâinclusion de cette derniĂšre dans le rĂ©seau familial des jeunes interrogĂ©s, bien que ces liens puissent prendre diverses formes selon les parcours de vie des jeunes. Soutien lors de la transition Ă lâĂąge adulte 33Le soutien social et familial lors de la transition Ă la vie adulte est essentiel Ă la rĂ©ussite de cette Ă©tape Crost et al., 2010 ; Dumaret et al., 2011. Les jeunes de lâĂ©tude ont parlĂ© du soutien quâils ont reçu lors de cette transition, ainsi que de celui quâils reçoivent encore aujourdâhui. Le type de soutien lors de leur Ă©mancipation prend plusieurs formes. Si les parents dâaccueil sont particuliĂšrement prĂ©sents au moment de la transition vers la vie adulte n=7, la famille dâorigine parent, fratrie, famille Ă©largie y participe Ă©galement n=3. Un jeune a pu se tourner vers des organismes communautaires, deux ont prĂ©fĂ©rĂ© se dĂ©brouiller seuls au moment de cette Ă©tape charniĂšre. De plus, mĂȘme si les parents dâorigine sont exclus du rĂ©seau familial de certains jeunes, ils semblent tout de mĂȘme offrir un soutien Ă©motionnel Ă©coute, conseils, suggestions, etc. n=9 et instrumental aide concrĂšte, matĂ©rielle, financiĂšre, etc. n=6 important. Par exemple, Guillaume considĂšre nâavoir aucun lien significatif avec sa mĂšre dâorigine et elle ne fait pas partie de son rĂ©seau familial. Pourtant, il voit sa mĂšre Ă lâoccasion et reçoit du soutien de sa part. Question Est-ce quâil y a [dâautres personnes vers lesquelles] tu peux te tourner ? RĂ©ponse Non. Pas grand monde, Ă part ma mĂšre, quand jâpeux la voir. Q Tu as encore le droit de la voir? R Ouais. Ben, on se voit en cachette, mettons [parce quâil y a un interdit de contact]. Q Pis quâest-ce quâelle fait pour toi, ta mĂšre, quand vous vous voyez ? R Elle mâapporte une paire de souliers, on sâen va manger au restaurant, on fait des petites affaires de mĂȘme, on va chez Costco, on sort un peu dans les boutiques, des affaires de mĂȘme... Guillaume, 20 ans ; entre 13 et 15 ans, il a vĂ©cu dans six familles diffĂ©rentes avant de se retrouver en centre de rĂ©adaptation de 15 Ă 18 ans. 34Les propos des jeunes rencontrĂ©s suggĂšrent quâau moment de la transition, les parents dâaccueil apportent un soutien instrumental et Ă©motionnel qui participe, dans certains cas, Ă renforcer leurs liens avec les jeunes. Parmi ces derniers, sept Juliette, Myriam, Nathan, AmĂ©lia, Ălisabeth, Emrick, Florence pensent spontanĂ©ment Ă leur famille dâaccueil lorsquâil est question de soutien. Dâailleurs, mis Ă part Ălisabeth, qui nâa pas de domicile fixe, tous se sont tournĂ©s vers leurs parents dâaccueil lorsquâest venu le temps de trouver un endroit oĂč se loger Ă la sortie des services dâaccueil. En effet, lors de la transition vers lâĂąge adulte, ces jeunes ont pu bĂ©nĂ©ficier de lâappui de leurs parents dâaccueil, principalement de la mĂšre, qui sâest assurĂ©e quâils ne manquent de rien. Par exemple, AmĂ©lia a trouvĂ© chez ses parents dâaccueil un appui solide, un soutien sur lequel elle peut toujours compter. Ils mâont tout le temps soutenue. JâĂ©tais en appartement, il y a des bouts que câĂ©tait pas facile, parce que je devais travailler. Jâavais des prĂȘts et bourses, pis jâavais mon revenu dâemploi. Je me souviens quâĂ un moment donnĂ© jâavais des mĂ©dicaments, jâĂ©tais malade et Luce avait payĂ© mes mĂ©dicaments. Elle mâavait achetĂ© un manteau dâhiver, elle a continuĂ© [âŠ] Question Puis quand tu as besoin dâun conseil, quand tâas besoin de soutien Ă©motionnel, vers qui tu vas te tourner ? RĂ©ponse Maman [mĂšre dâaccueil] [âŠ]. AmĂ©lia, 25 ans ; placĂ©e de 7 Ă 18 ans dans 4 familles dâaccueil diffĂ©rentes, dont la mĂȘme famille de 12 Ă 18 ans. 35Enfin, certains jeunes ont un rĂ©seau de soutien beaucoup plus Ă©laborĂ© que dâautres. Aux trois plus jeunes Nathan, Myriam et Emrick, les membres de leurs familles dâaccueil et dâorigine offrent un soutien complĂ©mentaire. Pour les plus ĂągĂ©s, le conjoint, les amis et leur famille ainsi que les services sociaux ou organismes communautaires peuvent ĂȘtre sollicitĂ©s pour prendre le relais lorsque la famille dâorigine ou dâaccueil est peu ou moins disponible. Enfin, le soutien des familles dâaccueil et dâorigine semble Ă©voluer avec la situation personnelle et familiale des jeunes. En effet, le soutien offert par la famille dâaccueil peut diminuer si la relation sâeffrite avec le temps, tandis que celui de la famille dâorigine peut augmenter avec la reprise des contacts et le resserrement des liens. Entraves au soutien 36Les rĂ©sultats de lâĂ©tude laissent entrevoir que les multiples dĂ©placements en famille dâaccueil, tout comme les difficultĂ©s dâintĂ©gration et dâattachement Ă ces familles, pourraient ĂȘtre des entraves au soutien. En effet, parmi ceux qui nâont jamais rĂ©ussi Ă crĂ©er de liens avec leur famille dâaccueil ou qui ont Ă©tĂ© dĂ©placĂ©s Ă plusieurs reprises, trois ĂloĂŻse, Guillaume, Ălisabeth ont tout particuliĂšrement de la difficultĂ© Ă demander de lâaide. Sur le plan relationnel, ils sont plus isolĂ©s et disent avoir peur de dĂ©ranger leur entourage. Tous les trois rapportent sâaider par eux-mĂȘmes et ne pas vouloir faire appel Ă quiconque. Cependant, il semble se dĂ©gager une certaine souffrance lorsquâils abordent le sujet. [Silence, longue rĂ©flexion] Je suis quelquâun qui parle beaucoup et qui est trĂšs sociable, mais je ne suis pas quelquâun qui tient des liens serrĂ©s en amitiĂ©. [Silence] Câest peut-ĂȘtre plus que jâai peur de⊠peur de dĂ©ranger [Silence] Tu mâexcuses si je pleure. [âŠ] Je sais que les gens autour de moi, si je leur demandais de lâaide, ils mâaideraient. Mais, je ne veux pas profiter. Je veux essayer de mâen sortir par moi-mĂȘme. [Pleurs] Dans le fond, Ă chaque fois que je me dis que jâaurais besoin dâaide, au lieu de le demander, je me dis toujours que mon cas nâest pas si pire que ça, que je suis sĂ»re dans le fond, quâil y a des gens qui ont plus de difficultĂ© que moi. Pas comme si je ne mĂ©ritais pas de me faire aider, mais plus comme si ma situation le mĂ©ritait pas⊠ĂloĂŻse, 28 ans ; placĂ©e Ă 14 ans, elle a vĂ©cu dans cinq familles diffĂ©rentes et dans un centre de rĂ©adaptation. 37Pour ce qui est de Guillaume, il prĂ©fĂšre se dĂ©brouiller seul et ne dĂ©pendre de personne. Toutefois, il identifie quelques organismes communautaires pouvant rĂ©pondre Ă certains besoins de base alimentation, hĂ©bergement. Ă [nom de lâorganisme communautaire], câest dur un peu, mais pas trop dur pour moi lĂ . Je suis avec du monde qui sont comme moi, je suis bien entourĂ©. [âŠ] [Les intervenants] sont capables de parler, sont capables de jaser, sont capables de communiquer, sont capables de te dĂ©brouiller, si tâas besoin de quelque chose, tu viens ici pis tout va bien. Guillaume, 20 ans ; entre 13 et 15 ans, il a vĂ©cu dans 6 familles diffĂ©rentes avant de se retrouver en centre de rĂ©adaptation de 15 Ă 18 ans. 38Par ailleurs, cette hĂ©sitation Ă demander de lâaide aprĂšs la sortie des services est constatĂ©e mĂȘme chez des jeunes qui ont dĂ©veloppĂ© des liens avec leurs parents dâaccueil. En fait, les jeunes ne semblent pas tout Ă fait Ă lâaise de demander du soutien Ă des personnes autres que leurs parents dâorigine, comme si le soutien devait nĂ©cessairement provenir de ces derniers. Par exemple, mĂȘme si Ariane identifie sa sĆur ou son conjoint comme pouvant lâĂ©pauler, elle prĂ©fĂšre se dĂ©brouiller seule et ne dĂ©pendre de personne. Quand je me retourne vers ma sĆur, câest un dĂ©placement de problĂšme, parce quâelle nâa pas plus de ressources que moi. Mais en mĂȘme temps, au fil des annĂ©es, on a toutes les deux lâimpression dâĂȘtre trop demandantes pour notre entourage. Tu leur demandes des choses que câest pas le genre de choses que tu devrais leur demander. Ăa te met mal Ă lâaise, comme avec mon dernier chum, avec qui je ne suis plus, mais qui mâa dĂ©mĂ©nagĂ©e Ă maintes et maintes reprises. Ăa me met mal de lui demander parce que je sais que ça serait supposĂ© ĂȘtre mes parents qui sâoccupent de ça. Tu te retrouves dans des situations oĂč tâes tout le temps mal Ă lâaise⊠Ariane, 23 ans ; placĂ©e Ă lâĂąge de 10 ans, elle a vĂ©cu dans six familles dâaccueil diffĂ©rentes. 39Ă travers ces propos, on constate que malgrĂ© la prĂ©sence de ressources, les jeunes interrogĂ©s peuvent avoir de la difficultĂ© Ă demander de lâaide. Certains ont dĂ©veloppĂ© un discours qui valorise leur autonomie, alors que dâautres semblent regretter lâabsence de parents » dâorigine dans leur vie puisque, selon certains, ce sont eux qui devraient naturellement » leur apporter du soutien. Discussion 40Des Ă©tudes rĂ©alisĂ©es dans des contextes familiaux diffĂ©rents Le Gall et Bettahar, 2001 ; Ouellette, 1998 ; Ouellette et al., 2001 ; Parent et Robitaille 2005 ; Parent et al., 2007 ; 2008 ; 2012 soulignent quâil demeure difficile pour des Occidentaux de concevoir quâil puisse exister plus de deux figures parentales pour un mĂȘme enfant. Dans la prĂ©sente Ă©tude, nous Ă©mettons lâhypothĂšse selon laquelle cette conception pourrait influencer la qualitĂ© des liens qui sont maintenus ou créés par les jeunes Ă la suite dâun placement jusquâĂ majoritĂ©. Dans des situations de double affiliation, cette conception des liens familiaux peut avoir une influence sur la qualitĂ© des liens construits entre un enfant et ses figures parentales ainsi que sur les attentes rĂ©ciproques en termes de soutien Parent et al., 2008 ; 2012. DualitĂ© des liens ou supplĂ©ance? 41Le Gall 2010 75 mentionne que le placement en famille dâaccueil amĂšne les jeunes Ă vivre dans une situation de supplĂ©ance familiale et donc de vivre avec deux familles lâune avec laquelle ils ont un lien filial, et quâils voient ponctuellement ou rĂ©guliĂšrement selon les cas, et une autre qui leur est Ă©trangĂšre, mais devient avec le temps leur famille sociale, celle-ci sâadditionnant Ă la premiĂšre, en raison de la supplĂ©ance quâelle assure ». Dans un tel contexte, la pluriparentalitĂ© est dĂ©crite comme Ă©tant le partage entre plus de deux adultes de la responsabilitĂ© et de lâexercice de lâĂ©ducation et des soins envers un enfant » Marquet, 2010 62. En outre, la pluriparentalitĂ© faciliterait lâadaptation des jeunes lors dâun placement Le Gall, 2010 et serait le rĂ©sultat de la crĂ©ation de liens positifs entre les jeunes et leurs parents dâaccueil Chapon-Crouzet, 2005. Bien que la notion de pluriparentalitĂ© apparaisse comme un idĂ©al Ă atteindre dans un contexte de placement, les rĂ©sultats de notre Ă©tude montrent quâelle ne se transpose pas facilement dans le quotidien des participants. Les jeunes de notre Ă©chantillon semblent adhĂ©rer davantage Ă une logique de substitution, et ce, non seulement lors du placement, mais Ă©galement aprĂšs leur sortie des services. Ainsi, AmĂ©lia est la seule Ă nommer ses parents dâaccueil et dâorigine comme faisant partie de sa famille durant son placement, alors quâelle ne retient que ses parents dâaccueil dans son rĂ©seau familial actuel. Cadoret 2001 explique que les enfants hĂ©bergĂ©s en famille dâaccueil sont placĂ©s au centre dâune rivalitĂ© familiale qui oppose les parents dâorigine et dâaccueil, ce qui ne favorise pas le dĂ©veloppement dâune complĂ©mentaritĂ© parentale. Il peut donc ĂȘtre difficile pour eux de concevoir la possibilitĂ© dâune pluriparentalitĂ© ou dâespĂ©rer quâelle soit mise en place dans un tel contexte. Les notions de vraie » famille et de vrais » parents 42Le discours sur la famille tenu par les jeunes rencontrĂ©s illustre lâidĂ©e quâil existerait une vraie » famille, celle quâils dĂ©finissent Ă partir des liens de sang ou dâorigine. La plupart des entretiens rĂ©alisĂ©s dans le cadre de lâĂ©tude viennent en effet remettre en question lâidĂ©e selon laquelle la notion de famille Ă©voluerait aujourdâhui vers la famille Ă©lective Le Gall, 2010. Citant les travaux de Fine 1998, Le Gall 2010 suggĂšre que les enfants sont de plus en plus amenĂ©s Ă choisir leurs parents en raison des nouvelles structures familiales qui ont fait apparaĂźtre les parents sociaux. Marquet 2010 avance aussi lâidĂ©e voulant que la sociĂ©tĂ© considĂšre de plus en plus que le vrai » parent puisse ĂȘtre celui qui Ă©lĂšve lâenfant. Cette idĂ©e ramĂšne dâailleurs Ă la dĂ©finition de la famille que donne DĂ©coret 1998, oĂč une famille est constituĂ©e de toute personne qui se considĂšre comme en faisant partie. Lâune des participantes appuie ces idĂ©es lorsquâelle mentionne considĂ©rer ses parents dâaccueil comme ses seuls parents. Toutefois, la plupart des participants semblent davantage adhĂ©rer Ă la notion selon laquelle les parents dâorigine demeurent, au moins symboliquement, les vrais parents ». Par exemple, une jeune de lâĂ©tude indique quâelle voulait Ă tout prix ĂȘtre reconnue comme un membre Ă part entiĂšre de sa famille dâaccueil jusquâĂ ce quâelle rĂ©alise quâelle avait une famille bien Ă elle ». QualitĂ© des liens créés avec la famille dâaccueil 43Les rĂ©sultats de lâĂ©tude suggĂšrent que la transition Ă lâĂąge adulte fragilise les liens créés avec les familles dâaccueil bien que celles-ci offrent un soutien aux jeunes lors des premiers temps suivant la fin des services. En effet, si des jeunes ont gardĂ© des liens avec leurs familles dâaccueil, certains nâen ont conservĂ© aucun, alors que dâautres les ont vus se dissiper avec le temps. Les rĂ©sultats de lâĂ©tude montrent que les Ă©vĂ©nements de la vie dĂ©mĂ©nagement, crĂ©ation dâune nouvelle famille, retrouvailles avec la famille dâorigine, etc. peuvent influencer le maintien ou non des liens qui se sont créés durant lâenfance et lâadolescence des jeunes placĂ©s. Certains jeunes Ă©voquent la distance physique et leur emploi du temps chargĂ© combinant travail et Ă©tudes pour expliquer lâeffritement de leur relation avec leur famille dâaccueil, et ce, mĂȘme si elle demeure trĂšs importante Ă leurs yeux. Pour dâautres, cette pĂ©riode de vie sâarrime au dĂ©sir de connaĂźtre leurs origines Goyette, 2010 et de sâinvestir dans cette relation au dĂ©triment de celle avec la famille dâaccueil. Par contre, comme il a Ă©tĂ© mentionnĂ© prĂ©cĂ©demment, bien que les liens avec la famille dâorigine puissent ĂȘtre rĂ©activĂ©s aprĂšs la fin du placement, cela ne garantit pas que ces liens vont perdurer. Enfin, le sens que les jeunes donnent Ă leur relation avec leurs parents dâorigine et dâaccueil semble les amener Ă maintenir ou non une relation avec eux. Ă ce sujet, plusieurs Ă©tudes font ressortir lâimportance de la qualitĂ© des liens maintenus ou créés entre un jeune et les membres de ses familles dâorigine et dâaccueil dans la constitution dâun rĂ©seau familial capable de le soutenir Ă lâĂąge adulte Carignan et al., 2009 ; Gardner, 2004a ; 2004b ; Leather et Testa, 2006 ; Ouellette et al., 2001 ; Poirier, 2000 ; Potin, 2009 ; Simard, 2007 ; Wade, 2008. Soutien de la famille dâaccueil et dâorigine 44Au moment de la sortie des services, les liens familiaux et sociaux, de mĂȘme que le soutien que les jeunes reçoivent de leur famille, sont importants pour eux. Ainsi, ils ont tendance Ă considĂ©rer comme leur famille les gens qui leur offrent du soutien, et ce, spĂ©cialement lorsque les liens avec les parents dâorigine sont rompus. Les rĂ©sultats de lâĂ©tude laissent voir Ă©galement que le soutien que reçoivent les jeunes, entre autres lors de la transition vers leur autonomie, peut provenir autant de leur famille dâorigine parents, fratrie et famille Ă©largie que de leur famille dâaccueil, et ce, bien que certains nâaient eu que des contacts sporadiques avec leur parent dâorigine durant le placement. 45Les jeunes rencontrĂ©s ont bĂ©nĂ©ficiĂ©, Ă quelques exceptions prĂšs, du soutien de leur famille dâaccueil Ă la fin des services ou durant la pĂ©riode du passage Ă la vie adulte entre 18 et 20 ans environ. Le soutien des familles dâaccueil envers les jeunes reflĂšte leur engagement envers eux et les jeunes qui ont inclus leurs familles dâaccueil dans leur rĂ©seau familial disent avoir apprĂ©ciĂ© cet appui et se sentir proches dâelles. Toutefois, il ne semble pas que le soutien offert au moment de la transition Ă lâĂąge adulte garantisse que les jeunes gardent contact avec elles ou continuent de les considĂ©rer comme de la famille avec le temps. Des Ă©tudes Gardner, 1996, 2004a, 2004b ; Rutman et al., 2007 ; Tremblay, 2007 avancent que les jeunes maintiennent souvent des contacts avec leurs familles dâaccueil ou les considĂšrent comme des personnes-ressources sur qui ils peuvent compter Ă lâĂąge adulte. En accord avec une rĂ©cente Ă©tude Jones, 2013, nos rĂ©sultats suggĂšrent que si cette rĂ©alitĂ© sâavĂšre fondĂ©e pour la pĂ©riode de la transition Ă la vie adulte, elle ne se perpĂ©tue pas automatiquement Ă long terme. 46La famille dâorigine, qui revient dans le rĂ©seau des jeunes dans plusieurs cas, est vue par certains jeunes comme devant naturellement apporter de lâaide. Cette vision dâun soutien inconditionnel des parents envers les enfants est partagĂ©e par plusieurs Occidentaux pour qui la responsabilitĂ© des parents Ă lâĂ©gard de leurs enfants est indĂ©niable, indĂ©fectible, inconditionnelle [âŠ] ; quoi quâil arrive, les parents doivent subvenir aux besoins de leurs enfants et prendre en charge leur Ă©ducation » Marquet, 2010 54. Cette vision va de pair avec la conception de la vraie » famille prĂ©sentĂ©e prĂ©alablement. Des jeunes rencontrĂ©s ont rĂ©pondu que dans lâidĂ©al, ce serait leur famille dâorigine qui devrait les soutenir. Mais la famille dâorigine nâest pas lâunique rĂ©fĂ©rent ; certains la voient comme complĂ©mentaire aux amis, aux organismes communautaires, aux conjoints. Cependant, les deux familles origine et accueil ne sont gĂ©nĂ©ralement pas mentionnĂ©es de pair quant Ă la provenance idĂ©ale du soutien. Limites de lâĂ©tude 47DâemblĂ©e, si lâĂ©chantillon a permis de bien dĂ©crire la composition du rĂ©seau familial des participants et de cerner lâimportance relative des familles dâaccueil et dâorigine pour eux, la taille restreinte de lâĂ©chantillon et la diversitĂ© des parcours ont limitĂ© la possibilitĂ© dâidentifier clairement les Ă©lĂ©ments du contexte social et culturel ainsi que les caractĂ©ristiques des jeunes et de leurs familles influençant le maintien des liens. Nos conclusions sâappuient sur un nombre limitĂ© de cas et nous ne pouvons exclure quâun plus grand Ă©chantillon nous aurait permis dâĂ©tudier davantage les traits communs des participants. 48Par ailleurs, la diversitĂ© des parcours de vie des jeunes a complexifiĂ© la crĂ©ation des gĂ©nogrammes en fonction dâune mĂȘme pĂ©riode de rĂ©fĂ©rence pour lâensemble des jeunes. Ă cela sâajoute parfois une incohĂ©rence entre le discours et le gĂ©nogramme des jeunes, rendant lâanalyse encore plus complexe. Quant Ă la grille dâentrevue, elle suggĂ©rait des exemples concrets de situations oĂč les jeunes ont pu recevoir du soutien ex. le logement. Or, dâaprĂšs Goyette 2010, les parents dâorigine sont trĂšs prĂ©sents dans la sphĂšre du logement lors de la transition Ă la vie adulte, mais beaucoup moins dans les sphĂšres professionnelle et familiale. Les rĂ©sultats qui traitent du soutien reçu par les jeunes devraient donc ĂȘtre interprĂ©tĂ©s en tenant compte de cette limite. 49Outre ces limites, il Ă©merge de lâanalyse des entrevues et des gĂ©nogrammes des rĂ©sultats intĂ©ressants et prometteurs. Toutefois, les rĂ©sultats doivent ĂȘtre considĂ©rĂ©s en fonction du contexte de lâĂ©tude et ainsi faire lâobjet dâĂ©tudes plus approfondies. Des Ă©tudes supplĂ©mentaires permettraient notamment de vĂ©rifier les similitudes entre certains Ă©lĂ©ments des parcours afin de voir si des trajectoires de vie spĂ©cifiques peuvent Ă©merger et expliquer la nature des liens familiaux de ces jeunes ayant fait lâobjet dâun placement jusquâĂ leur majoritĂ©. Il serait Ă©galement intĂ©ressant de poursuivre lâexamen des liens potentiels entre soutien et rĂ©seau familial des jeunes adultes qui ont Ă©tĂ© hĂ©bergĂ©s. Conclusion 50La prĂ©sente Ă©tude cherchait Ă documenter la rĂ©alitĂ© familiale des jeunes ayant Ă©tĂ© placĂ©s dans une famille dâaccueil jusquâĂ leur majoritĂ©, et ce, afin de dĂ©crire la composition de leur rĂ©seau familial, de cerner lâimportance des liens familiaux dâorigine et dâaccueil dans leur vie adulte et dâidentifier des Ă©lĂ©ments du contexte personnel, familial, social et culturel qui influencent le maintien ou non de ces liens. A priori, les jeunes interrogĂ©s accordent une importance symbolique Ă leur famille dâorigine quâils qualifient de vraie » famille. LâĂ©tude montre tout de mĂȘme que leurs reprĂ©sentations familiales sont diversifiĂ©es et spĂ©cifiques au vĂ©cu de chacun. La complĂ©mentaritĂ© entre les familles dâaccueil et dâorigine existe pour quelques jeunes, mais la tendance va plus dans le sens de lâexclusivitĂ© de lâune ou lâautre, bien que des liens entre elles puissent exister dans la rĂ©alitĂ© quotidienne. 51Par ailleurs, le maintien des contacts avec des personnes significatives de la famille dâorigine parents ou famille Ă©largie et fratrie semble un prĂ©requis pour assurer aux jeunes un ancrage familial dans la sociĂ©tĂ© dâaujourdâhui oĂč la pluriparentalitĂ© nâest pas encore acceptĂ©e lĂ©galement et rarement acceptĂ©e socialement. Ă cet effet, les rĂ©sultats de lâĂ©tude appuient les nouvelles dispositions de la LPJ instaurĂ©es en 2007. Ces mesures favorisent le maintien des liens avec la famille dâorigine et la stabilitĂ© des placements qui, bien quâelle ne garantisse pas une affiliation avec la famille dâaccueil, permet minimalement aux jeunes dâavoir des conditions favorables pour sâenraciner et dĂ©velopper des liens favorables Ă la rĂ©ussite de la transition Ă la vie adulte et tout au long de celle-ci. Bien que la qualitĂ© du lien soit essentielle pour quâun placement soit positif pour les jeunes, elle nâassure pas nĂ©cessairement le maintien du lien aprĂšs la fin des services ni un soutien social durable. 52Enfin, lâĂ©tude a permis de cerner une nouvelle rĂ©alitĂ© Ă prendre en compte dans lâintervention lâusage dâInternet et des mĂ©dias sociaux pour retrouver des membres de la famille dâorigine ou pour maintenir des liens familiaux. Plusieurs jeunes ont soulignĂ© avoir fait usage de ces outils qui sont Ă la portĂ©e de tous. Ces outils favorisent sans doute un plus grand nombre de retrouvailles entre jeune et famille dâorigine que par le passĂ© ou assurent le maintien de liens familiaux qui autrement ne pourraient survivre Ă la distance et aux nombreuses occupations des jeunes adultes. Il faut donc rĂ©flĂ©chir non seulement Ă la maniĂšre de prĂ©parer les jeunes Ă ces retrouvailles qui surviennent souvent aprĂšs la fin du placement, mais aussi Ă comment utiliser Internet dans un processus dâintervention pour favoriser le maintien de liens de fratrie lorsque le placement dans une mĂȘme famille est impossible. Ces nouveaux outils ouvrent un monde de possibilitĂ©s et permettront peut-ĂȘtre le dĂ©veloppement dâun nouveau rapport aux liens familiaux oĂč les familles dâorigine et dâaccueil cohabitent dans la vie des jeunes.
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Partir en sĂ©jour linguistique en famille dâaccueil aux USA en sĂ©duira plus dâun, mais comment trouver la famille idĂ©ale ? Celle qui sâoccupera de son invitĂ© comme si câĂ©tait un membre de la famille, voire avec encore plus dâattention. Voici quelques rĂšgles dâor pour sĂ©duire la famille dâaccueil qui fera de votre sĂ©jour aux USA une expĂ©rience inoubliable. Avant tout, vous devez choisir le type de sĂ©jour qui vous correspond Plusieurs solutions existent pour accĂ©der aux familles dâaccueil amĂ©ricaines. La plupart sont bĂ©nĂ©voles et sont ravies dâaccueillir un petit frenchy. Elles sont recrutĂ©es par des correspondants locaux des organismes de sĂ©jours linguistiques, ou bien elles accueillent un Ă©tranger car elles font partie dâun rĂ©seau ou dâune communautĂ© qui le propose. Pour trouver une famille dâaccueil aux USA, vous avez donc 3 options que nous avons dĂ©taillĂ©es dans dâautres articles acheter un sĂ©jour linguistique Ă un organisme avec un hĂ©bergement en famille dâaccueil utiliser les rĂ©seaux dâĂ©changes de sĂ©jours et agences spĂ©cialisĂ©es sur lâaccueil rĂ©ciproque dâun enfant sâinscrire sur les plateformes de mise en relation de familles qui recherchent des Ă©changes linguistiques Le bon profil pour ĂȘtre choisi par la famille dâaccueil de vos rĂȘves Dans un premier temps il faut que la famille choisisse le dossier de votre enfant parmi ceux quâon lui proposera. Câest notamment le cas dans les pays oĂč les familles dâaccueil sont bĂ©nĂ©voles le correspondant local de lâorganisme du sĂ©jour linguistique leur propose plusieurs dossiers correspondant du mieux possible Ă leurs attentes, afin quâil choisisse celui qui leur semble le plus adaptĂ©. Pour cela, les organismes vous demandent la plupart du temps de remplir un dossier en joignant des photos et une lettre de motivation. Soignez ce dossier, prenez des photos pour lâoccasion, mettez en avant les attraits de votre rĂ©gion sâil sâagit dâun Ă©change, et rĂ©digez une belle lettre de motivation, Ă la fois sincĂšre et rassurante pour la famille dâaccueil. Rappelez Ă votre enfant les us et coutumes du pays quâil va visiter, et encore plus important, expliquez-lui les lois qui sont diffĂ©rentes de la France. Si vous allez aux Etats-Unis par exemple, rappelez-vous que les jeunes nâont pas le droit de boire avant 21 ans, quâils ne fument dans aucun lieu public ou collectif ni mĂȘme dans les parcs dans certaines villes comme New York ou San Francisco, et que dans certaines rĂ©gions loin des grandes agglomĂ©rations, le puritanisme amĂ©ricain pourrait faire passer nos ados pour de grands dĂ©lurĂ©s surtout sâils profitent de leurs vacances pour se lĂącher⊠Il est normal que les parents craignent une mauvaise influence pour leurs enfants sâils accueillent un jeune qui ne respecte pas leurs rĂšgles de bonne conduite. Alors mettez en avant dans votre prĂ©sentation des exemples concrets qui illustrent les valeurs que vous avez transmises Ă votre enfant a tâil participĂ© Ă des programmes dâentraide, donne tâil des cours de soutien, aime tâil la nature? Bref soyez honnĂȘtes mais largement positifs⊠à lâamĂ©ricaine ! Ătre Ă son tour lâinvitĂ© idĂ©al La 2e Ă©tape de sĂ©duction sera une fois sur place⊠lâidĂ©al serait quâau bout de quelques jours la famille adore tellement votre enfant quâelle lâemmĂšnerait dans des endroits incroyables, lui prĂ©senterait ses meilleures relations, et garderait contact avec vous pour de futurs Ă©changes ! Voici 3 conseils vivement recommandĂ©s pour sĂ©duire ses hĂŽtes Passons rapidement sur le petit cadeau typique de votre rĂ©gion que votre enfant apportera dans ses bagages, pour dĂ©marrer son sĂ©jour sur une note polie et amicale. Quels parents restent insensibles Ă un enfant serviable et plein de bonnes intentions pour participer Ă la vie de famille ? Il nâest pas question de revoir les bonnes maniĂšres de votre enfant ou de changer son caractĂšre, mais si besoin, expliquez-lui ce que signifie le win-win »⊠au-delĂ dâapprendre une expression en anglais, il comprendra vite lâintĂ©rĂȘt du donnant-donnant pour passer un sĂ©jour enrichissant. Racontez-leur la France ! Les familles qui accueillent un enfant Ă©tranger seront contents dâentendre de sa bouche des histoires qui leur feront dĂ©couvrir ce pays qui leur semble parfois si lointain. Certains connaissent dĂ©jĂ beaucoup de choses sur la France et aimeront apprendre des anecdotes ou des dĂ©tails qui rendent notre culture so chic », dâautres en sont au B-A-BA et seront ravis dâen apprendre plus sur Paris, la cĂŽte dâAzur et le Mont Saint-Michel⊠Alors si besoin, profitez-en pour offrir Ă votre enfant une antisĂšche Ă potasser dans lâavion du genre Lâhistoire de France pour les Nuls », et dites-lui de ne pas hĂ©siter Ă Ă©taler ses connaissances mĂȘme si câest de la culture-confiture ! Cela le fera parler dans la langue du pays et nâen sera que plus bĂ©nĂ©fique. Nul doute quâen suivant ces quelques rĂšgles dâor votre adolescent aura vite sĂ©duit sa famille dâaccueil qui lui offrira des excursions incroyables quâil vous racontera avec entrain en langue Ă©trangĂšre peut-ĂȘtre! Ă son retour.
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